L’autisme d’Alek Minassian ne l’a pas amené à tuer dix personnes, dit la Couronne

TORONTO — L’homme qui a tué dix personnes en fauchant délibérément des piétons sur un trottoir de Toronto est un meurtrier en série et il se trouve qu’il est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme, a plaidé la Couronne vendredi.

Le procureur de la Couronne Joe Callaghan a déclaré dans sa plaidoirie finale que le trouble du spectre de l’autisme d’Alek Minassian – ou TSA – n’avait pas poussé l’homme à perpétrer l’attaque du 23 avril 2018.

M. Minassian savait que ce qu’il faisait était mal, a-t-il ajouté.

«La Couronne soutient respectueusement qu’il s’agit d’une personne qui a commis un meurtre de masse qui se trouvait être atteinte d’un TSA; ce n’est pas le TSA qui l’a fait commettre ces meurtres», a-t-il déclaré.

Le procès de six semaines devant une juge seule, qui s’est tenu par visioconférence en raison de la pandémie, s’est achevé vendredi.

La juge Anne Molloy doit rendre son verdict le 3 mars.

M. Minassian a plaidé non coupable à dix chefs d’accusation de meurtre au premier degré et seize de tentative de meurtre.

La défense plaide qu’il n’est pas criminellement responsable de ses actions, en raison d’un trouble du spectre de l’autisme.

Il a admis aux enquêteurs qu’il avait planifié et commis l’attaque au véhicule bélier: son état d’esprit au moment des crimes demeure la seule question en litige au procès.

La question centrale au procès est de déterminer si M. Minassian savait que ce qu’il faisait était contraire à la morale et le critère juridique dans ce cas se concentre sur la question de savoir s’il avait, à l’époque, la capacité de faire un choix rationnel, a-t-on appris devant le tribunal.

Boris Bytensky, l’avocat de M. Minassian, a déclaré jeudi dans sa plaidoirie finale que le trouble du spectre de l’autisme de son client le rendait incapable de faire un choix rationnel à l’époque.

L’avocat a affirmé que le trouble de M. Minassian le rendait incapable de développer de l’empathie, et au final, il n’aurait pas été en mesure de savoir que ce qu’il faisait était mal.

Le procureur de la Couronne a rappelé que l’accusé avait avoué à des professionnels en santé mentale qu’il savait que ses actions étaient moralement répréhensibles.

«C’est mal dans le sens que c’est immoral», avait-il dit.

M. Minassian a confié à de nombreux psychiatres et psychologues qu’il ne se sentait pas obligé de commettre l’attaque et qu’il ne souffrait d’aucune autre maladie ou psychose.

«Fondamentalement, c’est la prétention de la Couronne qu’il avait la capacité de faire un choix», a soutenu Joe Callaghan.

Me Callaghan a indiqué qu’il était important d’écouter M. Minassian, qui s’est exprimé librement avec trois équipes distinctes d’experts en santé mentale.

L’accusé leur a notamment dit qu’il avait une forte volonté de commettre une tuerie de masse, qu’il était seul et qu’il craignait d’échouer dans son prochain emploi. Selon plusieurs, sa motivation principale était la quête de notoriété.

«Certaines des raisons pour lesquelles M. Minassian a commis ces meurtres n’ont rien à voir avec son autisme», a remarqué le procureur.

Le procureur a également noté que M. Minassian pensait à commettre une tuerie de masse depuis des années et qu’il avait une fixation sur les fusillades dans les écoles depuis qu’il était à l’école secondaire.

Le plan a été mis au point à la fin du mois de mars et le 6 avril, M. Minassian a réservé une camionnette de location à Ryder.

Le tribunal a appris que M. Minassian avait ciblé un autre endroit pour l’attaque — le lieu fait l’objet d’un interdit de publication — afin de maximiser «son décompte des morts», où il espérait «établir un record du monde» avec 100 morts.

Mais lorsqu’il s’est retrouvé dans sa camionnette à l’angle de la rue Yonge et de l’avenue Finch, l’accusé a jugé qu’il y avait «assez de gens» sur le trottoir et a changé son plan d’attaque.

Le procureur Callaghan a fait valoir que M. Minassian avait eu des années pour penser à son geste – et des semaines après qu’il eut loué la camionnette – mais qu’il avait quand même choisi de tuer.

À la fin de la journée, la juge a répondu aux préoccupations de la communauté des personnes handicapées.

«Permettez-moi d’être claire, l’autisme n’est pas jugé, Alek Minassian est jugé, il se trouve qu’il est autiste», a déclaré la juge Molloy.

«La question dans ce procès est de savoir si l’impact particulier du TSA sur cette personne en particulier à ce moment précis était tel qu’il ne devrait pas être tenu criminellement responsable de ses actes.»

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