L’autopsie psychologique pour saisir les mobiles du tueur de la Nouvelle-Écosse

HALIFAX — Alors que la GRC enquête toujours sur l’homme armé qui a tué 22 personnes au cours d’une cavale de 13 heures le mois dernier en Nouvelle-Écosse, une question clé demeure: pourquoi cette tuerie?

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a peu évoqué jusqu’ici les possibles mobiles derrière l’une des pires tueries de l’histoire du Canada. Mais selon des experts, la police pourrait utiliser un outil plutôt inhabituel pour trouver des réponses: l’«autopsie psychologique», une technique d’enquête qui va bien au-delà de l’analyse médico-légale habituelle.

Lorsqu’on lui a demandé si cette approche était une option pour la GRC, la porte-parole, Jennifer Clarke, a déclaré que les policiers fédéraux fourniraient une mise à jour sur leur enquête dès mercredi. Mais elle a admis dans un courriel que la GRC «aimerait aborder» cette méthode, notamment.

Utilisées depuis les années 1950, les autopsies psychologiques servent habituellement à comprendre pourquoi une personne s’est suicidée. Mais ces études psychologiques approfondies peuvent également aider à démêler les motivations des tueurs, y compris les auteurs d’attentats-suicides.

«Ce sont bien plus que des enquêtes policières», explique Antoon Leenaars, psychologue clinicien et médico-légal installé à Windsor, en Ontario. «Ce sont des investigations de l’esprit.»

Cette méthode implique des entretiens approfondis avec la famille, les amis et les collègues de la personne. On examine également les effets personnels, les courriels et tout document pouvant révéler les motifs de la tragédie. L’objectif est de construire un profil psychologique, au-delà de ce que la police est capable de rassembler, et de faire la lumière sur ce qui motive les tueurs ou les personnes qui se sont suicidées.

Un cas idéal pour cette méthode

M. Leenaars croit qu’une telle autopsie psychologique du tueur de la Nouvelle-Écosse apporterait peut-être certains indices sur les raisons pour lesquelles il a tué tant de gens — certains qu’il connaissait, d’autres non — les 18 et 19 avril. «Compte tenu de ce pour quoi cela a été conçu, je pense que ce serait une situation parfaite (…) Ces preuves peuvent être extrêmement utiles pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.»

Simon Sherry, professeur au département de psychologie et de neurosciences à l’Université Dalhousie, à Halifax, croit lui aussi qu’une autopsie psychologique pourrait mettre fin à des spéculations incontrôlées sur les motivations du tueur.

«Plusieurs demandent une enquête publique, et je comprends cela et je l’appuie, mais on devrait aussi procéder à une autopsie psychologique pour aider à comprendre pourquoi cela s’est produit», a-t-il estimé lors d’une récente entrevue. «Il y a tellement de spéculations, selon des scénarios préexistants, qui se résument souvent à: quelqu’un de mentalement troublé qui pète les plombs.» Une fois les motifs clarifiés, des recommandations pour prévenir de telles tragédies peuvent être formulées, rappelle le professeur Sherry.

La semaine dernière, un officier de la police fédérale a confirmé que le tueur, qui portait un uniforme de la GRC et conduisait une réplique d’un véhicule de la GRC, était armé de plusieurs armes de poing semi-automatiques et de deux fusils semi-automatiques lorsqu’il a abattu 13 personnes à Portapique, le samedi 18 avril, puis neuf autres personnes le lendemain dans plusieurs autres localités de la Nouvelle-Écosse.

Parmi ces victimes: une policière de la GRC, deux infirmières, deux agents correctionnels, une famille de trois personnes, une enseignante et certains de ses voisins à Portapique. Gabriel Wortman, âgé de 51 ans, a finalement été tué par un policier dans une station-service à Enfield, à environ 90 km au sud de Portapique, le matin du 19 avril.