L’autrice Alice Sebold s’excuse auprès de l’homme qui a été innocenté de son viol

NEW YORK — L’autrice Alice Sebold s’est excusée mardi auprès de l’homme qui a été innocenté la semaine dernière d’un viol dont elle a été victime en 1981 et dont elle raconte l’histoire dans le livre «Lucky». Elle a déclaré qu’elle luttait avec le rôle qu’elle avait joué «au sein d’un système qui a envoyé un homme innocent en prison».

Anthony Broadwater, 61 ans, a été reconnu coupable en 1982 du viol d’Alice Sebold alors qu’elle était étudiante à l’Université de Syracuse. Il a purgé 16 ans de prison. Sa condamnation a été annulée le 22 novembre après que les procureurs ont réexaminé l’affaire et déterminé que son arrestation et son procès comportaient de graves lacunes.

Dans une déclaration envoyée à l’Associated Press (AP), Alice Sebold, l’autrice des romans «La Nostalgie de l’ange» et «Noir de lune», a déclaré qu’en tant que «victime de viol traumatisée à l’âge de 18 ans», elle avait choisi de faire confiance au système judiciaire américain.

«Mon objectif en 1982 était la justice – pas de perpétuer l’injustice, a déclaré Alice Sebold. Et certainement pas pour altérer à jamais et de manière irréparable la vie d’un jeune homme par le crime même qui avait altéré la mienne.»

Melissa Swartz, avocate d’Anthony Broadwater, a indiqué qu’il n’avait aucun commentaire à faire sur la déclaration d’Alice Sebold.

Alice Sebold a écrit dans «Lucky», publié en 1999, qu’elle avait été violée puis qu’elle avait repéré un homme noir dans la rue plusieurs mois après l’agression et qu’elle croyait qu’il était son agresseur.

Alice Sebold, qui est blanche, a rapporté la situation à la police. Un officier a déclaré que l’homme dans la rue devait être Anthony Broadwater, qui aurait été vu dans le secteur.

Après l’arrestation d’Anthony Broadwater, Alice Sebold n’a pas réussi à l’identifier lors d’une séance dans laquelle le suspect était présent avec d’autres individus. Elle avait alors désigné un autre homme comme son agresseur parce qu’elle avait peur de «l’expression dans ses yeux».

Mais les procureurs ont quand même traduit en justice Anthony Broadwater. Il a été reconnu coupable en grande partie parce qu’Alice Sebold l’avait identifié comme son violeur à la barre des témoins et également en raison d’une analyse capillaire qui le liait au crime. Ce type d’analyse a depuis été considéré comme de la «science de pacotille» par le département américain de la Justice.

Anthony Broadwater, qui a été libéré de prison en 1998, a déclaré à l’AP la semaine dernière qu’il pleurait «des larmes de joie et de soulagement» après l’annulation de sa condamnation par un juge de Syracuse.

Alice Sebold a déclaré : «Je suis reconnaissante que M. Broadwater ait finalement été innocenté, mais il n’en reste pas moins qu’il y a 40 ans, il était un autre jeune noir brutalisé par notre système juridique défectueux. Je serai toujours désolée pour ce qu’il a subi.»

Anthony Broadwater est demeuré dans le registre des délinquants sexuels de New York après sa sortie de prison et il a travaillé dans la collecte de déchets et la maintenance.

«Il m’a fallu ces huit derniers jours pour comprendre comment cela avait pu se produire», a déclaré Alice Sebold, aujourd’hui âgée de 58 ans. «Je continuerai à avoir de la difficulté à assumer le rôle que j’ai joué sans le vouloir dans un système qui a envoyé un innocent en prison. Je vais également être aux prises avec le fait que mon violeur ne sera, selon toute vraisemblance, jamais connu, qu’il a peut-être continué à violer d’autres femmes et qu’il ne purgera certainement jamais la peine de prison que M. Broadwater a faite.»

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