Vaccins: Justin Trudeau tente de se montrer rassurant après les consignes du CCNI

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a tenté de se montrer rassurant sur l’efficacité des quatre vaccins approuvés par Santé Canada, un jour après que le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) eut déclaré qu’il était préférable de se faire vacciner avec Pfizer-BioNTech ou Moderna.

Lors d’une conférence de presse, mardi, M. Trudeau s’est adressé aux Canadiens qui auraient des craintes au sujet du vaccin d’AstraZeneca ou de celui de Johnson & Johnson (Janssen) à venir. 

«Santé Canada a approuvé tous les vaccins qui sont utilisés au Canada comme étant sécuritaires et efficaces. Nous allons toujours écouter les experts, les scientifiques qui nous donnent des recommandations, mais l’important c’est de se faire vacciner le plus rapidement possible sachant que les vaccins sont sécuritaires et efficaces», a-t-il insisté. 

M. Trudeau et son épouse, Sophie Grégoire Trudeau, ont d’ailleurs reçu leur première dose du vaccin d’AstraZeneca, il y a quelques jours, dans une pharmacie d’Ottawa. 

Le premier ministre ne regrette rien. «Je suis très, très heureux d’avoir eu ma première dose et j’encourage tout le monde à se faire vacciner, parce que c’est ce qui est nécessaire pour passer au travers (de la pandémie), selon  Santé Canada et tous les experts», a-t-il insisté.

Les dirigeants de l’Agence de la santé publique du Canada se sont bien gardés de critiquer la prise de position du CCNI, mais ont voulu rappeler l’importance des vaccins en pleine troisième vague.

«Les vaccins ont sauvé des vies. (…) Ils sont efficaces, ils sont autorisés par Santé Canada et ils ont protégé contre les conséquences graves de la maladie et les décès», a réitéré le Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique, en conférence de presse mardi. 

Le Dr Njoo avait également un message pour tous ceux qui ont bien voulu recevoir le vaccin d’AstraZeneca: «Merci, vous avez bien fait. Vous êtes protégés contre la COVID-19, mais vous avez aussi protégé votre famille, vos amis et les autres membres de votre communauté».

Confusion et craintes

Le CCNI, un comité d’experts indépendant, est sous le feu des critiques depuis qu’il a semblé contredire, lundi, les recommandations que les Canadiens reçoivent depuis des semaines: c’est-à-dire de prendre le premier vaccin contre la COVID-19 qui leur sera offert, sans attendre.

Le comité a indiqué qu’en principe, il était préférable de se faire vacciner avec le Pfizer-BioNTech ou le Moderna, à ARN messager (ARNm), plutôt qu’avec un vaccin à vecteur viral, comme l’AstraZeneca ou le Johnson & Johnson. Tout dépend, en fait, des risques que pose la COVID-19 dans son milieu.

«Depuis le début, on a toujours dit que les vaccins à ARN messager étaient préférentiels par rapport aux vaccins à vecteur viral», soutenait lundi la docteure Caroline Quach, présidente du CCNI. 

Certains médecins se sont immédiatement tournés vers les réseaux sociaux pour dénoncer cette récente recommandation du CCNI, qui sème selon eux la confusion et ne fait rien pour encourager la vaccination chez les «hésitants». L’Association des pharmaciens du Canada a quant à elle affirmé que cette prise de position était inutile et risque de rendre plus difficile l’atteinte de l’immunisation collective. 

Les personnes qui ont reçu l’AstraZeneca se sont également tournées vers les réseaux sociaux pour exprimer leur colère d’avoir été «trompées» par les autorités avec ce «vaccin de second ordre». D’autres se sont demandé s’ils devraient annuler leur rendez-vous pour la première dose d’AstraZeneca ou refuser la deuxième dose.

Le CCNI devait également se pencher sur la possibilité d’offrir une deuxième dose d’un vaccin différent à ces individus, et devrait faire part de ses recommandations sous peu. 

Entre-temps, les doses d’AstraZeneca vont continuer à entrer au pays. La ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, a déclaré que le gouvernement fédéral s’attend à recevoir 655 000 doses de l’initiative COVAX dans les prochaines semaines et un million de doses d’AstraZeneca en juin.

Des discussions sont toujours en cours avec les États-Unis pour en obtenir davantage. L’administration Biden est prête à exporter 60 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, dont elle n’a plus besoin, à d’autres pays dans les semaines à venir. 

Un effet secondaire extrêmement rare 

Le risque de caillots sanguins, connu sous le nom de thrombocytopénie thrombotique immunitaire induite par le vaccin (TTIV), est estimé entre un cas sur 100 000 doses administrées et un cas sur 250 000. Mais cet effet secondaire est si nouveau que l’on sait encore peu de choses sur le risque réel, les raisons pour lesquelles il se produit et les personnes les plus susceptibles de développer des caillots.

Sept cas ont été signalés à ce jour au Canada, tous chez des personnes qui avaient reçu l’AstraZeneca; environ 1,7 million de doses avaient été distribuées au 24 avril. Aux États-Unis, 17 cas avaient été confirmés sur plus de huit millions de doses du vaccin Johnson & Johnson administrées au 23 avril.

Santé Canada a approuvé l’utilisation du vaccin Johnson & Johnson au Canada, mais aucun Canadien ne l’a encore reçu, car le premier lot livré la semaine dernière fait toujours l’objet d’une enquête à la suite de rapports de violations de la sécurité et du contrôle de la qualité dans l’usine américaine impliquée dans sa production.

Le CCNI suggère que les provinces et les territoires pourraient vouloir donner la priorité à ce Johnson & Johnson, seul vaccin à injection unique approuvé au Canada, pour les personnes qui ont de la difficulté à programmer une deuxième dose. Le comité recommande que le Johnson & Johnson, comme l’AstraZeneca, ne soit administré qu’aux personnes de plus de 30 ans.

L’AstraZeneca et le Johnson & Johnson sont des vaccins à vecteur viral, une technologie qui prend un virus du rhume commun, le manipule afin qu’il ne puisse pas se répliquer et rendre quelqu’un malade, puis lui attache la protéine de pointe du virus SRAS-CoV-2 qui cause la COVID- 19. En voyant la protéine de pointe, le système immunitaire développe déjà une réponse qui sera utile si l’organisme rencontre un jour le vrai virus SRAS-CoV-2.

Les vaccins Pfizer et Moderna utilisent la technologie de l’ARNm: on attache la protéine de pointe du coronavirus à une molécule qui délivre des messages au corps pour exécuter certaines tâches. Dans ce cas-ci, le message est de développer une réponse immunitaire contre le SRAS-CoV-2.

Jusqu’à présent, 12,8 millions de Canadiens ont reçu au moins une dose d’un des vaccins autorisés: environ les deux tiers ont reçu le Pfizer, 20 % le Moderna et les autres l’AstraZeneca.

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