L’avocat de Marc-Yvan Côté en appel pour forcer deux journalistes à témoigner

QUÉBEC — L’avocat de Marc-Yvan Côté, qui veut forcer les journalistes Louis Lacroix et Marie-Maude Denis à témoigner pour identifier leurs sources, a plaidé sa cause en Cour supérieure jeudi.

Au final, le juge Jean-François Émond a évoqué la possibilité que les deux journalistes témoignent à huis clos. Il n’a pas encore rendu de décision dans cette affaire.

Le tribunal s’est montré relativement sensible, jeudi, aux arguments de l’avocat de la défense, Jacques Larochelle, qui prétend que les nombreux reportages médiatiques ont nui à son client et l’empêchent d’avoir un procès juste et équitable.

L’avocat tente à tout prix de savoir qui est à l’origine des fuites dans les médias et de comprendre ses motivations. L’importance de ces renseignements est «incontestable», selon lui.

Il dit avoir recensé 15 épisodes de «coulage» d’information entre avril 2012 et novembre 2017. La «planification», la «logique» et la «finesse» des fuites supposent qu’elles proviennent d’un haut placé, a-t-il soutenu.

«Les procès doivent se dérouler devant les tribunaux» et non dans les médias, a-t-il martelé pendant plus de 90 minutes, jeudi, au palais de justice de Québec. Il a notamment affirmé que la liberté de la presse avait «des limites».

Le procès de Marc-Yvan Côté, un ex-dirigeant de la firme Roche, de l’ex-vice première ministre du Québec Nathalie Normandeau et de quatre coaccusés pour fraude et abus de confiance doit débuter le 9 avril prochain.

Ils ont été arrêtés par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) en mars 2016 dans le cadre d’une enquête portant sur l’octroi de financement politique en échange de contrats publics.

Me Larochelle réclame l’annulation du procès, notamment parce que les fuites auraient «heurté de plein fouet la présomption d’innocence» de son client, une «victime collatérale». 

Le 12 février dernier, le juge de la Cour du Québec André Perreault avait rejeté sa démarche pour forcer les journalistes à témoigner, citant notamment la loi fédérale sur la protection des sources journalistiques, adoptée en octobre 2017. 

«Les requérants (…) n’ont pas démontré que l’intérêt de l’administration de la justice l’emporte sur l’intérêt public à préserver la confidentialité de la source journalistique», avait alors tranché le juge Perreault dans une décision étoffée de 35 pages.

Jeudi, Me Larochelle a plaidé que le jugement comportait deux «erreurs», dont une factuelle: il est faux de prétendre que Marie-Maude Denis ne connaît pas ses sources, car elle les connaît, a-t-il déclaré, tout comme il est malheureux d’avoir minimisé la pertinence des informations détenues par les journalistes.

L’avocat des médias réplique

L’avocat qui défend les journalistes, Christian Leblanc, a répliqué que dévoiler ses sources était un geste «exceptionnel» et «grave».

«Un journaliste qui vient témoigner, c’est terminé, a-t-il illustré. Les sources ne viendront plus lui parler. (…) Ça doit être un dernier, un ultime recours.»

Les avocats de la défense détiennent actuellement assez d’informations pour plaider l’arrêt des procédures, même sans le nom des auteurs des coulages, a-t-il poursuivi. De toute façon, la divulgation du nom des sources ne mènera pas avec certitude à l’origine du coulage. «Ce que je vous plaide, c’est que ce n’est pas essentiel», a affirmé Me Leblanc.

Forcer le témoignage de Louis Lacroix, de Cogeco, et de Marie-Maude Denis, de Radio-Canada, mettrait le journalisme d’enquête «en péril», a-t-il ajouté.

Se disant «intéressé», «interpellé» et posant plusieurs questions, le juge Émond a également évoqué la possibilité, jeudi, que seule Mme Denis puisse témoigner, puisque M. Lacroix a déjà affirmé sous serment ne pas connaître sa source.

Par ailleurs, le juge Perreault devrait rendre sa décision sur la requête en arrêt des procédures le 26 mars prochain.