Le BAPE rejette l’actuel projet de tramway de la Ville de Québec

QUÉBEC — Le maire de Québec, Régis Labeaume, dénonce un rapport «tronqué, biaisé et rempli d’incohérences» du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le projet de tramway de la capitale.

Lundi, le BAPE a rendu public un rapport de plus de 400 pages dans lequel il recommande de rejeter l’actuel projet de tramway et de continuer d’explorer d’autres avenues.

Québec est une des seules grandes villes au Canada à ne pas avoir de réseau de transport collectif structurant.

«C’est parce que ça fait 40 ans que la Ville de Québec regarde, a fulminé M. Labeaume en conférence de presse. Il y a eu quatre études de faisabilité depuis 17 ans. (…) On nous dit: « Regardez donc de nouveau ». Non. Ça a tout été regardé.»  

Il s’agit d’après lui d’un «très mauvais rapport», «franchement gênant» qui «nie la science» et qui oublie de mentionner que 68 % des mémoires qui ont été présentés sont favorables au projet, alors que 100 millions $ d’argent public ont déjà été engagés.

«Ça veut dire que tout le monde aurait tort: les deux gouvernements qui ont investi, (…) tous les ministères, (…) tous les experts internationaux qui travaillent avec nous, tous les groupes écologistes qui appuient le projet?» a ironisé le maire de Québec.

«Moi je ne le crois pas. Alors nous allons (…) continuer», a-t-il martelé, soulignant que le BAPE avait déjà rendu un avis défavorable au Réseau express métropolitain (REM) à Montréal, mais que cela n’avait pas empêché le gouvernement Couillard d’autoriser le projet.

Critiques du BAPE

Même si le projet de tramway constitue une amélioration du réseau de transport collectif de la ville, sa capacité à répondre de manière optimale aux défis de mobilité n’est pas démontrée, soutiennent les commissaires du BAPE.

Selon eux, le tramway proposé n’améliorerait pas significativement la mobilité des personnes dans les banlieues, qui connaissent pourtant la plus forte croissance.

Ils calculent qu’après l’implantation d’un tel tramway, la proportion de citoyens qui utiliseraient le transport en commun y resterait sensiblement la même qu’avant, ce qui apparaît bien «modeste» en regard des investissements prévus de 3,3 milliards $.

Le BAPE recommande de réévaluer les options qui pourraient le mieux répondre aux défis de mobilité de la région, par exemple le métro léger ou le service rapide par bus.

Car, selon lui, «certaines options qui s’offraient à la Ville de Québec n’auraient pas dû être écartées et méritent d’être étudiées à leur juste valeur».

Il note aussi plus globalement que la contribution du projet de tramway aux objectifs de lutte aux changements climatiques, de réduction des inégalités sociales ou encore de densification «s’avère incertaine, voire limitée». 

«Pour l’ensemble de ces raisons, la commission (…) recommande donc que le projet ne soit pas autorisé en l’état», peut-on lire dans le rapport de 439 pages.

«La commission est toutefois convaincue que (…) Québec doit se doter d’un réseau performant de transport collectif. (…) Elle convie le gouvernement du Québec à confirmer son soutien à un tel réseau et à maintenir son engagement financier tout en précisant ses intentions quant au projet du troisième lien.»

Le gouvernement Legault analyse le rapport

Au bureau du ministre des Transports, on affirme que le gouvernement «procède actuellement à l’analyse du rapport du BAPE» et donnera «une réaction officielle cette semaine».  

En août dernier, lors d’une conférence de presse à Thetford Mines, le premier ministre François Legault s’était déclaré «très enthousiaste» à l’égard du projet de tramway de Québec, répondant ainsi aux inquiétudes du maire Labeaume, qui redoutait un désaveu par le gouvernement caquiste de son projet.

Le maire de Québec réclamait alors un appui ferme et clair du gouvernement Legault, qui s’était pourtant engagé à hauteur de 1,8 milliard $ sur les 3,3 milliards $ que requiert le projet.

M. Legault a tout de même exigé ce jour-là que le tramway soit mieux arrimé au projet phare de son gouvernement pour la région de la capitale: le troisième lien, soit le futur tunnel Québec-Lévis, qui comportera une voie pour le transport en commun et qui aboutira au centre-ville de Québec.

Le premier ministre avait également exigé que les banlieues soient mieux desservies par le tramway, alors que Québec avait plus tôt abandonné le «trambus» qu’elle devait déployer en banlieue. Il s’était dit prêt à entreprendre le chantier «demain matin», mais ces conditions devaient être satisfaites.

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