Le bilan de la COP27 montre que le Canada reste un pays pétrolier, selon des groupes

MONTRÉAL — À l’issue de la COP27, tenue du 6 au 18 novembre en Égypte, des groupes environnementaux soutiennent que la contribution du gouvernement fédéral aux négociations n’a pas été à la hauteur de la crise climatique, et que le Canada reste «un pays pétrolier qui défend les intérêts pétroliers».

Malgré de bons coups, comme la création d’un Fonds de pertes et dommages pour soutenir les pays en développement affectés par les effets catastrophiques des changements climatiques, le Canada ne s’est pas montré particulièrement ambitieux dans ses mesures et ses objectifs lors de la convention.

«On sait que le Canada a été vocal sur cette question-là, c’est un bon coup et on le salue, reconnaît Andréanne Brazeau, analyste politique chez Équiterre. Par contre, on déplore le fait que les pays développés, dont le Canada, continuent de nourrir le problème à la source de la crise climatique, soit les énergies fossiles».

Selon Équiterre, les représentants canadiens n’auraient fait «aucune annonce significative» pour rattraper son retard climatique, et auraient plutôt mis de «l’huile sur le feu».

«Pour la première fois en 27 Conférences des parties, le Canada avait son pavillon, c’est-à-dire qu’il pouvait mettre de l’avant des discussions et des événements. Il a choisi d’inviter des représentants de l’industrie des énergies fossiles canadienne ; c’est simplement inacceptable», soutient Mme Brazeau.

Elle ajoute que ce geste n’a fait que donner une vitrine à de «fausses solutions» d’une industrie qui prétend être de plus en plus propre en se basant sur des moyens technologiques qui n’ont «pas fait leurs preuves».

«On vient mettre de l’avant les solutions technologiques plutôt de la réduction à la source, c’est-à-dire les changements profonds qu’on doit faire dans notre économie et notre société pour sortir du pétrole», précise-t-elle.

Quatrième producteur mondial de pétrole

Sans mâcher ses mots, l’analyste politique d’Équiterre affirme que le Canada est, encore aujourd’hui, «absolument un pétro-État».

«Le gouvernement canadien s’est engagé à mettre fin au financement public des énergies fossiles à l’international d’ici la fin de 2022, et chez nous, d’ici la fin de 2023. Il n’y a encore aucune trace de ça et aucune avancée concrète, du moins, aucune qui est publique», souligne Andréanne Brazeau.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, n’était d’ailleurs pas présent à la COP27. L’Indice de performance dans la lutte aux changements climatiques, un rapport publié pendant la COP27, place le Canada au 58e rang mondial sur 63 pays et entités gouvernementales.

Pour Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie pour Greenpeace Canada, l’effort du gouvernement fédéral en termes de réduction des émissions à effet de serre est un «échec», ajoutant que le Canada n’est actuellement «pas sur la bonne voie».

«Il n’a pas proposé, par exemple, de cibles plus ambitieuses pour la réduction de ses gaz à effet de serre, ni de mesures significatives pour alimenter la lutte contre les changements climatiques, déplore-t-il. […] Il n’y a même pas eu de reconnaissance que les combustibles fossiles doivent être réduits rapidement, alors que la science est très claire en ce sens-là».

À l’inverse, il estime que l’Union européenne s’est démarquée en s’engageant à fixer des objectifs de réduction des GES plus ambitieux, contrairement au Canada qui a «beaucoup hésité avant de reconnaître l’insertion des mots “combustibles fossiles” dans le texte final».

«Malheureusement, c’est une performance digne d’un pays pétrolier qui est encore beaucoup trop sous l’influence des lobbys pétroliers et gaziers. […] Le Canada peut et doit faire beaucoup plus que ce qu’on a vu en Égypte, qui sont essentiellement des demi-mesures».

Si les autorités canadiennes visent une réduction des émissions de 40 % d’ici 2030, elles prévoient aussi augmenter la production pétrolière de 5 %, une «incohérence majeure» selon Équiterre.

Patrick Bonin rappelle également que les pays développés n’ont toujours pas respecté leur promesse de fournir un soutien financier de 100 milliards $ par année pour les pays en développement, comme ils l’avaient annoncé en 2009.

Il ajoute que les coûts engendrés par les effets de la crise climatique devraient friser les 200 à 500 milliards $ d’ici 2030 et que la création du Fonds pour les pertes et dommages était essentielle pour «éponger» les catastrophes qui continueront de s’abattre sur les pays plus vulnérables.

Quelque 30 000 personnes ont participé à la COP27, dont des représentants de gouvernements, d’entreprises, d’ONG et de groupes de la société civile.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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