Le Bloc québécois est parvenu à faire appel à la fierté québécoise

MONTRÉAL — Yves-François Blanchet est tout simplement «formidable».

Et ce n’est pas une souverainiste pur et dur qui l’affirme, c’est une partisane libérale de longue date.

Élyse Bodnar a écouté le chef du Bloc québécois lors de son passage dans sa résidence pour personnes âgées de Montréal, cette semaine. Le voir au cours du premier débat en français avait été comme une sorte de révélation.

«Il a en quelque sort attiré mon attention, a raconté la dame âgée de 68 ans au sujet de ce débat. Et puis, j’ai vu le respect que les autres avaient pour lui au cours du débat. Je l’ai respecté moi aussi.»

L’allocution prononcée par M. Blanchet entendue jeudi par Mme Bodnar et une cinquantaine d’autres électeurs était un reflet fidèle du type de campagne menée par lui. Il a mis sur la glace sa rhétorique souverainiste, cherchant plutôt à miser sur la fierté québécoise.

La stratégie a fort bien réussi, si bien que le Bloc, qui semblait à la dérive, il y a un an à peine, a remonté dans les sondages et pourrait rafler lundi un grand nombre de circonscriptions. Le parti pourrait même se retrouver en position de force si un gouvernement minoritaire était porté au pouvoir.

Pas un vote stratégique

Un professeur de droit de l’Université McGill, Daniel Weinstock, dit que le soutien au Bloc n’est pas un calcul stratégique.

Selon lui, les électeurs francophones aiment M. Blanchet parce qu’il s’adresse à leur fierté. M. Weinstock avait prédit une montrée du Bloc dès les premiers jours de la campagne. Deux mots prononcés par le chef libéral Justin Trudeau l’ont mis sur la piste: «pour l’instant».

On a demandé à M. Trudeau s’il comptait participer à une contestation judiciaire de la loi québécoise sur la laïcité. Sa réponse? Un gouvernement libéral réélu ne contestera pas la loi, «pour l’instant».

«M. Blanchet s’est accroché à ce ‘pour l’instant’ comme une bouée de sauvetage, souligne M. Weinstock. C’était la stratégie. Le Bloc s’est présenté comme le défenseur fédéral de la loi 21.»

Fortement contestée au Canada anglais, la loi 21 est devenue comme une sorte de symbole de l’autonomie du Québec au sein du Canada.

«Le Québec semble être d’humeur, non à appuyer la souveraineté, mais à défendre l’idée d’affirmation nationale, ajoute le professeur. Le Bloc s’est bien accroché à cela.»

M. Blanchet, un souverainiste convaincu, reconnaît que la montée de son parti dans les intentions de vote n’est pas attribuable à une augmentation soudaine du soutien à l’indépendance du Québec. «Je dois l’avouer: je ne crois pas que les gens ont décidé hier matin qu’ils souhaitaient que le Québec devienne un pays, a-t-il dit jeudi en commentant la popularité croissante de son parti. J’estime toutefois que les Québécois ont de plus en plus le sentiment d’être une nation, que c’est un droit qui leur appartient. Ils n’ont pas besoin de demander la permission à quiconque pour être une nation, pour être fiers de leur langue, de leurs valeurs, de leur territoire et de leurs traditions.»

Mme Bodnar explique que la loi 21 était très importante pour elle. Selon elle, les minorités ne se mélangent plus avec le reste de la population. Elle croit que cette mesure législative pourrait aider les diverses communautés à mieux s’intégrer à la société québécoise.

Micheline Paquette, une électrice âgée de 73 ans, soutient que le Bloc québécois défendra les intérêts du Québec et veillera à ce qu’aucun gouvernement extérieur ne conteste le projet de loi 21.

«Nous nous sommes battus pour nous débarrasser des prêtes, déclare-t-elle. C’est notre génération qui s’est battue pour cela. Nous nous sommes battus pour séparer l’Église de l’État. Nous sommes en train de régresser.»

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

Commentaires
Laisser un commentaire