Le budget doit prioriser l’accès aux médecins de famille, dit l’AMC

OTTAWA — Deux groupes qui représentent des milliers de médecins et d’infirmières demandent aux libéraux fédéraux de soutenir le système de soins de santé du Canada dans leur prochain budget, signalant le manque d’accès aux médecins de famille ainsi que les pénuries chroniques de personnel.

L’Association médicale canadienne (AMC), d’une part, estime qu’environ cinq millions de Canadiens n’ont pas de médecin de famille ou d’équipe de soins de santé familiale, ce qui a des retombées dans d’autres parties du système de soins de santé. Ainsi, note-t-on, des gens se rendent aux urgences, déjà surchargées en raison de la pandémie de COVID-19, pour des problèmes qu’un médecin de famille pourrait très bien traiter.

L’AMC espère voir dans le budget du 19 avril 1,2 milliard $ sur quatre ans pour créer davantage d’équipes de soins de première ligne au Canada. Mais les libéraux ont laissé entendre que les soins de première ligne ne seraient pas une priorité dans leur prochain budget.

La présidente de l’AMC, Ann Collins, a déclaré que ce devrait pourtant être le cas, en particulier à la lumière de la pandémie de COVID-19, et pas seulement parce que les libéraux ont promis de permettre à tous les Canadiens d’avoir accès à un médecin de famille. Elle a ajouté que les personnes qui ont contracté le virus pourraient aussi ressentir des effets à long terme sur leur santé, qu’un médecin de famille pourrait traiter, en particulier pour les personnes présentant des symptômes de «COVID longue».

Il y a aussi ceux qui ont évité de voir un médecin par crainte de contracter le coronavirus et qui, selon la docteure Collins, pourraient avoir des maladies non diagnostiquées qui rendraient plus tard leur traitement beaucoup plus coûteux. «Le traitement de la COVID-19 aiguë est à l’avant-plan en ce moment, mais nous savons que ces problèmes d’accès aux soins primaires existaient bien avant la pandémie», a noté la Dre Collins, médecin de famille depuis plus de 30 ans. «La COVID-19 n’a fait qu’exacerber ce phénomène.»

Les «anges gardiens» poussés à bout 

Les libéraux fédéraux font face à une longue liste de problèmes, allant de la nécessité d’améliorer les soins de longue durée pour les personnes âgées à la résolution des problèmes d’effectifs dans le secteur de la santé, mis à rude épreuve pendant la pandémie. Le gouvernement doit également jouer les équilibristes: continuer à soutenir l’économie tout en surveillant de près les dépenses publiques.

Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers, est bien consciente que les communautés ont été durement affectées économiquement, mais elle rappelle que le système de soins de santé «a été poussé à l’extrême», les travailleurs ressentant une pression sur leur santé physique et mentale.

Selon elle, le budget fédéral devra soutenir une augmentation du nombre de travailleurs de la santé, améliorer les conditions dans les établissements de soins de longue durée et stimuler les transferts aux provinces, comme l’ont demandé les premiers ministres.

Mais elle soutient qu’Ottawa doit mettre ses conditions afin que les provinces ne puissent pas simplement utiliser ces sommes comme elles le souhaitent.

Le gouvernement fédéral transférera cette année environ 42 milliards $ aux provinces pour couvrir les coûts des systèmes de soins de santé, en vertu d’un accord qui verra ce transfert augmenter d’au moins 3 % par année.

Les premiers ministres des provinces soutiennent que les transferts ne suivent pas le rythme des augmentations de coûts annuelles, d’environ 5 %. Ils demandent donc 28 milliards $ de plus cette année pour couvrir un peu plus du tiers des coûts au pays, et environ 4 milliards $ par année ensuite.

Certains de ces coûts sont liés au vieillissement de la population; les plus âgés de la génération des «baby-boomers» atteindront l’âge de 75 ans cette année.

L’Association médicale canadienne attendait également du gouvernement qu’il crée une «prestation pour soins aux aînés», inspirée de l’Allocation canadienne pour enfants, fondée sur le revenu, afin d’aider ceux qui s’occupent d’une personne âgée à payer les dépenses nécessaires.

Le fait de verser des «sommes dédiées» n’est jamais très populaire auprès des provinces, mais le gouvernement fédéral peut désigner où les investissements devraient aller, estime l’ancienne ministre libérale de la Santé Jane Philpott. Le budget pourrait constituer une plate-forme idéale afin d’établir des normes nationales pour les soins de longue durée, liées à un financement supplémentaire, a-t-elle déclaré.

L’Agence de la santé publique 

Mme Philpott serait par ailleurs surprise si le budget n’investissait pas dans la recherche en santé et la bioproduction, afin d’améliorer la capacité nationale de mettre au point et de produire des vaccins. Elle croit aussi que le gouvernement investira davantage dans l’Agence de la santé publique du Canada. Cette agence prélevait habituellement une petite partie du budget de Santé Canada, mais la pandémie a rapidement augmenté ses dépenses.

Le gouvernement avait précédemment estimé que l’agence dépenserait 641,8 millions $, mais des documents montrent que le total dépasse maintenant 21 milliards $. Les plus récentes estimations de dépenses des libéraux pour l’exercice en cours allouent un budget de 8,75 milliards $ à cette agence.

Mme Philpott, aujourd’hui doyenne de la faculté des sciences de la santé à l’Université Queen’s, à Kingston, en Ontario, croit qu’une agence de santé publique plus forte aurait pu rendre le pays plus efficace dans sa gestion de la pandémie, en limitant les impacts sur la santé et l’économie.

«La santé publique a toujours souffert du fait que les gens ne veulent jamais payer pour prévenir, et puis nous finissons par payer le gros prix pour guérir.»

Laisser un commentaire