Le Canada appuie les États-Unis dans leur contestation de pratiques mexicaines

WASHINGTON — Le Canada s’est joint mercredi aux États-Unis dans un effort bilatéral pour contester ce qu’ils qualifient de politiques énergétiques protectionnistes du Mexique, qui violeraient à la fois l’esprit et la lettre du nouvel accord de libre-échange nord-américain. 

La représentante américaine au Commerce, Katherine Tai, a annoncé mercredi que son bureau demanderait l’ouverture de pourparlers de règlement des différends. Washington soutient que le Mexique accorde injustement la priorité à ses sociétés d’État dans le secteur de l’énergie, en excluant les entreprises américaines, y compris les producteurs d’énergie solaire et éolienne.

Quelques heures plus tard, à Ottawa, le cabinet de la ministre du Commerce, Mary Ng, a tenu à peu près le même discours. On a qualifié les politiques du Mexique d’incompatibles avec ses obligations en vertu de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

«Le Canada a constamment fait part de ses préoccupations concernant le changement de politique énergétique du Mexique, a écrit la porte-parole de la ministre, Alice Hansen. Nous nous joindrons aux États-Unis pour prendre des mesures en amorçant nos propres consultations, dans le cadre de l’ACEUM, afin de répondre à ces préoccupations, tout en soutenant les États-Unis dans leur contestation.»

Les producteurs américains d’énergie se plaignent depuis des mois que le Mexique offre des prix préférentiels et fixe des normes d’émissions avantageuses à ses deux principales entreprises dans le secteur de l’énergie: le producteur de pétrole et de gaz Pemex et la Commission fédérale d’électricité.

Non seulement les modifications apportées en 2021 aux lois mexicaines dans le secteur de l’électricité maintiennent les entreprises américaines à l’écart du marché mexicain, mais elles découragent les investissements dans les fournisseurs d’énergie propre et les clients potentiels qui veulent acheter de cette énergie, a soutenu Mme Tai.

«Nous avons essayé de travailler de manière constructive avec le gouvernement mexicain pour répondre à ces préoccupations, mais, malheureusement, les entreprises américaines continuent de subir un traitement injuste au Mexique, a-t-elle déclaré mercredi. Nous chercherons à travailler avec le gouvernement mexicain par le biais de ces consultations pour résoudre ces préoccupations afin de faire progresser la compétitivité nord-américaine.»

Tactiques dilatoires 

La représentante américaine au Commerce accuse aussi le Mexique d’utiliser des tactiques dilatoires pour bloquer l’accès des États-Unis au secteur énergétique mexicain, y compris dans le secteur des énergies renouvelables comme l’éolien ou le solaire.

«Pour atteindre nos objectifs économiques et de développement communs et nos objectifs climatiques, les chaînes d’approvisionnement actuelles et futures ont besoin d’une énergie propre, fiable et abordable.»

La démonstration de solidarité entre le Canada et les États-Unis peut surprendre, compte tenu de leur relation commerciale qui a été largement marquée par des différends depuis que l’accord de libre-échange trilatéral est devenu loi il y a deux ans.

Les deux pays sont régulièrement en désaccord sur la façon dont le Canada utilise les règles de l’ACEUM pour permettre aux producteurs laitiers américains d’accéder au marché canadien, régi par la gestion de l’offre. Et l’administration de Joe Biden n’a accepté qu’au début du mois de lever les tarifs douaniers sur les produits solaires fabriqués au Canada, des tarifs imposés en 2018 par l’administration de Donald Trump.

Le bois d’œuvre résineux demeure également une vieille pomme de discorde entre le Canada et les États-Unis. En novembre 2021, le département américain du Commerce avait doublé les tarifs douaniers sur le bois d’œuvre, pour les fixer à 17,9 %, mais il a finalement décidé plus tôt cette année de les baisser à 11,64 %.

Les émissaires des trois pays signataires de l’ACEUM se sont réunis virtuellement mercredi pour souligner le deuxième anniversaire de l’entrée en vigueur de l’accord commercial. Ils ont souligné le fait que cet accord trilatéral avait fourni un cadre et des règles de conduite cohérents pour ce qui s’est avéré être une ère plutôt tumultueuse au chapitre du commerce mondial.

«Cet accord réfute complètement la vision erronée de certains selon laquelle les accords de libre-échange sont des outils du XXe siècle qui ne devraient plus être au centre de la politique commerciale américaine», a ainsi estimé le représentant républicain du Texas Kevin Brady, qui a contribué à faire adopter l’accord en 2019 en tant que président du puissant comité des voies et moyens de la Chambre. 

M. Brady a par ailleurs salué la décision de Mme Tai de contester les pratiques du Mexique sur l’énergie — bien qu’elle arrive un peu tard, selon lui.

Louise Blais, ancienne ambassadrice du Canada aux Nations unies, a souligné de son côté que le cadre de l’ACEUM avait permis de régler un certain nombre de différends au cours des deux dernières années, «certains plus discrètement que d’autres».

«Il a fourni cette chose intangible, qu’il n’est pas toujours possible de quantifier: la prévisibilité, a-t-elle souligné. Cela a facilité l’entrée des flux d’investissement d’Europe et d’Asie dans nos trois pays.»

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