La campagne sera de longue haleine pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU

OTTAWA – Le gouvernement libéral doit se préparer à une campagne plus longue et plus dure, cette fois sur la scène mondiale, s’il veut décrocher un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le premier ministre Justin Trudeau doit annoncer, mercredi, à New York, que le Canada briguera un siège non permanent au Conseil de sécurité. M. Trudeau sera à New York pour s’entretenir entre autres avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

«Il est important d’avoir un ordre du jour, afin de donner aux gens une raison de vous élire, a fait valoir Paul Heinbecker, ambassadeur du Canada aux Nations unies durant sa dernière période comme membre du conseil en 1999-2000. Ce n’est pas suffisant de dire que nous sommes le Canada, nous sommes gentils et nous sommes de retour pour se faire élire.»

M. Trudeau n’a pas à trop s’avancer, mercredi, à New York, mais son gouvernement devra «bientôt constituer un programme, car il s’agit d’une élection», a souligné M. Heinbecker.

À partir de maintenant, lors de chaque rencontre avec un dirigeant étranger, M. Trudeau devra faire valoir la candidature du Canada, et il en sera ainsi également pour le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, et d’autres ministres avec leurs homologues d’autres pays, a affirmé l’ancien ministre libéral des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy.

«Le Canada a beaucoup à rattraper, a dit M. Axworthy en entrevue. Nous avions perdu beaucoup d’élan au cours des dix dernières années en n’étant pas impliqué politiquement et dans les missions de paix, et en réduisant l’aide étrangère au développement.»

Selon M. Axworthy, l’un des éléments de campagne de M. Trudeau devrait être une réforme faisant en sorte d’abandonner le veto des cinq membres permanents lorsque le conseil délibère sur une «intervention humanitaire» dans un pays.

L’ancien ministre a aussi dit croire qu’il serait tout naturel pour M. Trudeau de soutenir le choix d’une femme comme prochaine secrétaire générale. Le Canada pourrait aussi renouveler ses engagements envers les missions de paix et le développement international.

Au cours du dernier mandat du Canada au Conseil de sécurité en 1999 et 2000, les libéraux avaient mis de l’avant la notion de «sécurité humaine», un principe cher au ministre canadien des Affaires étrangères de l’époque, M. Axworthy.

Les représentants canadiens avaient également participé à l’élaboration de la doctrine R2P ou «responsabilité de protéger», qui a finalement été adoptée en 2005. En vertu de cette doctrine, les États membres de l’ONU ont la responsabilité d’intervenir à l’intérieur d’un État si ses citoyens sont en danger.

Ce principe a été grandement critiqué au cours des dernières années en raison de l’incapacité du Conseil de sécurité d’intervenir pour mettre fin au bain de sang en Syrie, un pays qui est déchiré par la guerre civile depuis cinq ans.

MM. Trudeau et Ban se sont rencontrés à Ottawa le mois dernier et M. Trudeau avait évoqué l’idée que le Canada puisse se lancer dans une campagne pour faire entendre sa voix au sein de la plus haute instance de décision de l’ONU.

On ne sait pas quand le Canada pourra tenter sa chance, puisque la liste des candidats dans le Groupe des États d’Europe occidentale et autres États de l’ONU est complète jusqu’en 2020.

Les campagnes pour obtenir un mandat de deux ans au conseil de sécurité s’étirent souvent sur des années et impliquent un effort diplomatique soutenu.

Le Canada avait échoué à sa dernière tentative pour occuper un siège temporaire au conseil de sécurité en 2010, alors que le gouvernement conservateur de Stephen Harper était au pouvoir. Il s’agissait de la première rebuffade du Canada depuis la création de l’ONU.

M. Trudeau a déjà déclaré qu’un réengagement du Canada au sein des organisations internationales était le fer de lance dans sa politique étrangère.

En février, le premier ministre avait d’ailleurs déclaré qu’il souhaitait que le Canada «reprenne une place» au sein du Conseil de sécurité.

Il avait fait part de ses intentions à M. Ban lors de sa visite au Canada. M. Trudeau avait indiqué que le gouvernement libéral était «en train de regarder les différentes occasions de se réengager dans l’élection pour le Conseil de sécurité dans les années à venir».

En 2010, le Canada avait été défait par le Portugal, qui avait ravi la deuxième chaise laissée vacante autour de la plus importante table de l’ONU. Cet échec avait été interprété comme une répudiation de la politique étrangère du gouvernement conservateur de l’époque.

Le gouvernement Harper avait également été critiqué pour ne pas avoir présenté une candidature solide.

L’année suivante, le premier ministre Stephen Harper avait déclaré que le Canada n’accepterait plus de suivre tout bonnement l’ordre du jour des autres pays. «Le Canada ne tentera plus de plaire à tous les dictateurs qui détiennent un vote aux Nations unies», avait-il scandé.