Le Canada discute avec l’OTAN pour rehausser sa présence en Lettonie

Ottawa discute avec des alliés de la possibilité de renforcer une unité de combat dirigée par le Canada en Lettonie, alors que l’OTAN s’apprête à renforcer son front oriental avec la Russie.

L’ambassadeur de Lettonie au Canada a révélé la nature des discussions dans une entrevue à La Presse Canadienne, lundi, alors que le premier ministre Justin Trudeau se prépare à assister à Madrid au sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), où la Russie et son invasion de l’Ukraine seront au cœur des préoccupations.

L’ambassadeur Kaspars Ozolins a indiqué lundi que l’objectif était d’ajouter plus de soldats et de capacités au groupement tactique de 2000 militaires que le Canada dirige en Lettonie depuis 2017, afin de dissuader Moscou d’une nouvelle agression dans la région.

«Nous tentons de réagir à l’environnement sécuritaire actuel, a expliqué M. Ozolins. Il est important de renforcer la sécurité et de faire progresser notre défense et nos mesures de dissuasion vers le flanc est. Celles-ci devraient être du même niveau que dans tous les pays membres de l’OTAN.»

Le groupement tactique dirigé par le Canada en Lettonie est l’un des quatre groupements tactiques de l’OTAN créés en 2017 dans les pays baltes et en Pologne. L’Allemagne dirige un groupement tactique en Lituanie, le Royaume-Uni en commande un autre en Estonie, et les États-Unis sont responsables d’un groupement en Pologne.

En réaction à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février, les membres de l’OTAN se sont entendus pour créer quatre groupes tactiques supplémentaires en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie, élargissant ainsi le front est de l’alliance de la mer Baltique à la mer Noire.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a confirmé lundi que les huit groupements tactiques seront rehaussés pour atteindre le niveau de «brigade», ce qui implique de doubler le nombre de militaires affectés à chacun pour atteindre 3000 à 5000 soldats.

Un passage au niveau «brigade» entraîne du même coup une bonification de l’équipement déployé, incluant des unités de combat électronique et de défense aérienne, ainsi que de plus grandes capacités d’opération et un inventaire mieux garni en munition et autres ressources. 

«Avec plus d’équipement déployé, incluant beaucoup plus de formations avancées au combat et la tenue d’exercices, nous allons augmenter significativement notre capacité à défendre et à protéger tous nos alliés, dont ceux à l’est de l’alliance», a poursuivi M. Stoltenberg.

L’OTAN s’apprête aussi à rehausser de façon draconienne le nombre de militaires en disponibilité opérationnelle élevée, passant de 40 000 à 300 000 soldats, a précisé M. Stoltenberg, qui veut ainsi pouvoir compter sur un déploiement rapide en cas de guerre.

Pourtant, alors que l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont toutes deux récemment déclaré qu’elles étaient prêtes à diriger des unités de combat plus importantes en Lituanie et en Estonie, le Canada est demeuré muet jusqu’ici sur ses plans en Lettonie. L’ambassadeur Ozolins espère donc que le Canada annoncera quelque chose de similaire lors du sommet de l’OTAN en Espagne cette semaine.

En mars dernier, Justin Trudeau a annoncé que le Canada allait demeurer aux commandes du groupe établi en Lettonie jusqu’en mars 2025, ce que M. Ozolins a décrit comme une première étape nécessaire en vue d’un renforcement des troupes.

Selon l’ambassadeur, le Canada mène en ce moment des pourparlers avec les dix autres États qui fournissent déjà des soldats aux forces de l’OTAN. Cela inclut notamment l’Espagne, l’Italie, l’Albanie, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie.

«On avance dans la bonne direction, assure M. Ozolins. Les Canadiens dirigent le processus. Il y aura une forme de négociation pour déterminer qui fournit quoi» à l’effort concerté.

Depuis l’agression russe en Ukraine, le Canada a déployé davantage de militaires en Lettonie, où se trouvaient déjà 600 soldats avant le conflit. Ottawa a envoyé des unités d’artillerie ainsi qu’une poignée d’officiers, dont un général.

Le Danemark a aussi répondu à l’appel au cours des derniers mois en promettant un bataillon de 800 soldats en réponse à une demande de l’OTAN.

Lundi, le cabinet de la ministre canadienne de la Défense, Anita Anand, n’a pas répondu directement aux questions au sujet de la possibilité de voir le Canada diriger une brigade en Lettonie ni au sujet des discussions avec ses homologues de l’OTAN.

Les groupes de combat étaient initialement décrits comme de simples «systèmes de détection», dont l’objectif était de forcer le Kremlin à réfléchir longuement avant de lancer une attaque sur un pays allié puisque cela entraînerait une réaction immédiate des 30 États membres de l’OTAN.

Mais l’invasion de l’Ukraine a convaincu les leaders de l’alliance d’écouter les avis d’experts qui prévenaient que ces «détecteurs» n’auraient pas d’autre effet que celui d’un dos d’âne sur le passage de l’armée russe à travers les pays baltes avant que l’OTAN ne puisse réagir.

Au cours d’une visite du premier ministre letton, en mai, Justin Trudeau avait reconnu le besoin de «réévaluer» les positions précédentes de l’OTAN et ce qui était considéré comme acceptable en cas d’une éventuelle attaque sur les États baltes. Il avait alors rappelé les atrocités commises par l’armée russe à Boutcha et à Marioupol, en Ukraine.

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