Le Canada doit encadrer la publicité alimentaire visant les enfants, selon un groupe

MONTRÉAL — Dans le cadre de la Journée nationale de l’enfant, la Coalition Poids, qui vise l’adoption de politiques publiques à l’égard des problèmes reliés au poids, revendique une loi fédérale pour encadrer la publicité d’aliments et de boissons riches en sucre, sel ou gras saturés destinée aux jeunes.

L’organisme affirme avoir déposé des plaintes auprès de l’Office de protection du consommateur contre une dizaine de publicités qui semblaient contrevenir à la Loi de protection du consommateur dans la dernière année, touchant entre autres Coca-Cola, St-Hubert, Slush Puppie et Yum Yum.

Si la Loi sur la protection du consommateur interdit la publicité visant les enfants de moins de 13 ans depuis 1980, des exceptions dans son application permettent à l’industrie alimentaire de la contourner, explique Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon, nutritionniste et porte-parole de la Coalition Poids. Au Québec, les emballages alimentaires, les présentoirs et les vitrines ne sont ainsi pas réglementés.

Ces exceptions permettent aux entreprises d’user du marketing de marque, une stratégie qui met de l’avant une marque plutôt qu’un produit en misant sur un ou plusieurs éléments distinctifs de la marque, comme son logo, sa couleur, sa mascotte ou son slogan. Ces entreprises s’installent souvent dans des endroits  associés à des émotions fortes pour les enfants, par exemple les glissades d’eau, les parcs d’attractions et les événements sportifs, ce qui crée un lien affectif avec la marque dès un jeune âge.

«Le meilleur exemple, ce sont même les adultes qui sont encore attachés à la mascotte de céréales à déjeuner de leur enfance, comme Toucan Sam ou le bonhomme des Lucky Charms», soutient Mme Rossier-Bisaillon. 

Une loi canadienne se fait attendre

Dans le reste des provinces canadiennes, aucune loi fédérale ne vient encadrer la publicité qui cible les enfants et les adolescents à l’heure actuelle, mais un projet de loi déposé en novembre 2021 par la députée libérale de St-Léonard—St-Michel, Patricia Lattanzio, pourrait venir corriger le tir.

Aussi appelée Loi sur la protection de la santé des enfants, celle-ci vise à interdire la publicité de produits riches en sucre, sel ou gras saturés destinée aux enfants. Le projet de loi étant actuellement à l’examen en comité à la Chambre des communes, la Coalition Poids estime que le Canada est «sur la bonne voie».

«On veut que le gouvernement fédéral continue sur cette belle lancée-là et que ce projet de loi soit vraiment adopté; pas comme le projet S-228 qui est mort au feuilleton», souligne Mme Rossier-Bisaillon

En 2018, le projet de loi S-228 avait été déposé dans le but de restreindre la publicité de produits alimentaires et de boissons riches en sel, en gras saturés et en sucre auprès des enfants de 12 ans et moins, mais n’avait jamais vu le jour en raison des élections de 2019.

Des effets dommageables sur la santé 

Pour illustrer l’ampleur de la situation, la Coalition Poids a aussi mené des études de cas sur les publicités de marque de produits ultra-transformés souvent promus auprès des jeunes, soit les boissons sucrées, les restaurants rapides, les céréales à déjeuner pour enfants et les boissons énergisantes.

Selon Stéphanie Côté, nutritionniste, conférencière et autrice, ces produits viennent façonner les goûts et les habitudes alimentaires des enfants, en plus de les habituer à la consommation d’aliments toujours plus sucrés.

«Les boissons sucrées et énergisantes contribuent aux problèmes de surpoids chez les enfants et augmentent le risque de caries et d’érosion dentaire, affirme-t-elle. Même chose pour les “céréales bonbons”, dont le sucre est souvent en tête des ingrédients».

Une étude de 2017 révèle que 57 % des jeunes Canadiens de 12 à 14 ans ont déjà consommé des boissons énergisantes, un phénomène «dangereux» aux yeux de Mme Côté en raison de leur haute teneur en caféine. Ce genre de boisson amplifierait l’anxiété, les troubles du sommeil et les troubles de comportement, en plus d’engendrer chez certains des palpitations cardiaques. 

La nutritionniste ajoute que les comportements alimentaires des enfants restent une «responsabilité partagée» entre les instances gouvernementales et les parents, notamment.

«Le fait d’amener les enfants dans un fast food pour les récompenser ou célébrer, ça entretient aussi chez eux ce souvenir positif et ce désir d’y retourner, car c’est associé à un sentiment de bien-être et de bonne humeur», explique Mme Côté.

Elle souligne qu’en plus d’interdire certains types de publicité, le gouvernement doit également valoriser les choix alimentaires plus sains pour assurer des comportements équilibrés à long terme chez les enfants.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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