Le Canada entend accueillir 1200 réfugiés yézidis d’ici la fin de 2017

OTTAWA – Quelque 1200 personnes considérées comme faisant partie des réfugiés les plus vulnérables au monde seront accueillies au Canada d’ici la fin de l’année, a annoncé mardi le gouvernement Trudeau — un geste salué par la députée conservatrice Michelle Rempel, qui y voit un message au reste du monde selon lequel la population yézidie persécutée se doit d’être davantage une priorité pour les pays d’accueil.

Près de 400 réfugiés yézidis et d’autres survivants des islamistes violents en Irak ont déjà été acceptés au cours des quatre derniers mois, a indiqué le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, en annonçant l’initiative, qui devrait coûter 28 millions $.

Comparativement aux milliers de réfugiés fuyant les violences en Syrie qui avaient été accueillis par une multitude de médias et des citoyens d’un peu partout au pays, les yézidis sont entrés au Canada sans grand bruit. Cela ne devrait pas changer, ont affirmé des responsables gouvernementaux qui protègent l’identité des demandeurs d’asile en raison de leur grande vulnérabilité.

«Certaines de ces femmes n’ont même pas dit à leur propre famille ce qu’elles ont vécu (aux mains de leurs persécuteurs)», a affirmé la sous-ministre adjointe déléguée pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, en conférence de presse au côté de M. Hussen.

D’autres craignent que, si leur identité devait être révélée, des membres de leur famille et des amis puissent subir des représailles, a-t-elle souligné.

M. Hussen n’a pas voulu entrer dans les détails des souffrances des yézidis, invitant les journalistes à consulter les informations dans les rapports des Nations unies ayant brossé un portrait de leur sort entre les mains des extrémistes.

Mais Mme Rempel, qui a salué les libéraux pour avoir accueilli les yézidis après que le précédent gouvernement conservateur eut échoué sur ce plan, a dit avoir été ébranlée par les récits entendus et impressionnée par la résilience des survivants de viol, de torture et d’autres atrocités.

«La réalité est que si la communauté internationale ne se réveille pas quant au sort de ces gens, ils seront rayés de la surface de la Terre», a déclaré Mme Rempel.

«Et c’est pourquoi il est si important de s’attarder à la réinstallation de ces gens comme simplement l’un des très petits morceaux d’un casse-tête beaucoup plus grand», a-t-elle poursuivi.

Un génocide

En plus des 1200 réfugiés parrainés par le gouvernement, Ottawa prévoit aussi faciliter le parrainage privé de réfugiés yézidis.

Cette annonce survient quatre mois après que la Chambre des communes eut unanimement appuyé une motion présentée par les conservateurs pour appeler le gouvernement à accorder l’asile à des femmes et des filles yézidies — le nombre n’avait pas été précisé.

La motion reconnaissait que Daech (le groupe armé État islamique) commet un génocide contre les yézidis et que le groupe utilise plusieurs femmes et filles comme esclaves sexuelles.

Bien que la motion mentionnait spécifiquement les femmes et les filles, des hommes feront aussi partie des 1200 réfugiés qui seront accueillis au Canada.

Le ministre de l’Immigration a expliqué que le gouvernement avait appris que Daech ciblait aussi les jeunes hommes yézidis «donc, ainsi, aider à rétablir tout enfant survivant de Daech est essentiel».

Il a aussi soutenu que de garder les familles unies aidera les réfugiés à s’adapter à la vie au Canada et à guérir du traumatisme dont ils ont souffert.

Le gouvernement ne se contentera pas d’aider les yézidis; il cherchera également à protéger les survivants de Daech «hautement vulnérables», a indiqué le ministre.

Tout de même, il a indiqué qu’une «majorité significative» de ces 1200 réfugiés seraient des yézidis en raison du «degré élevé de violence» dont ils ont souffert.

Environ les trois quarts des 400 réfugiés qui sont venus au Canada jusqu’à maintenant dans le cadre de cette initiative sont des yézidis, ont affirmé des responsables.