Trudeau reçoit le nouveau président chilien et salue une «voix forte et progressiste»

OTTAWA — Le monde change, et tous les gouvernements doivent lutter contre la crise climatique et veiller à ce que le développement économique profite à tous, y compris aux peuples autochtones, a déclaré lundi Justin Trudeau, alors que le Chili poursuit les réformes de son secteur minier.

«Vous ne pouvez pas développer une économie forte et résiliente au 21e siècle à moins de protéger également l’environnement, à moins que tout le monde ait la chance de participer, à moins que vous n’incluiez des personnes qui ont été exclues», a déclaré le premier ministre lors de sa conférence de presse conjointe avec le président chilien, Gabriel Boric, en visite à Ottawa lundi.

Interrogé par un journaliste hispanophone sur l’impact des réformes minières sur la vision que se fait le Canada du Chili en tant que lieu d’investissement, M. Trudeau a refusé de commenter les processus démocratiques spécifiques en cours dans ce pays.

Mais il a déclaré que les dirigeants et les démocraties doivent s’assurer qu’ils suivent les changements dans le monde, non seulement pour des raisons morales mais aussi pratiques. «C’est la seule façon de construire un avenir solide et un pays fort», a-t-il dit.

Environ 10 % des actifs miniers canadiens à l’étranger se trouvent au Chili, le premier pays en importance après les États-Unis, selon les chiffres de 2019 du ministère fédéral des Ressources naturelles. En 2020, le ministère a déclaré que les actifs miniers au Chili de 55 entreprises canadiennes atteignaient une valeur d’environ 21 milliards $.

Gabriel Boric, qui est devenu le plus jeune président de l’histoire du Chili lors de son investiture, en mars dernier, est un ancien militant étudiant de gauche qui avait notamment fait campagne pour une plus grande protection de l’environnement, dans un pays qui recèle d’énormes gisements de cuivre.

Le Chili a entamé une réforme de sa Constitution de 1980, à l’époque du dictateur Augusto Pinochet. Le projet de réforme constitutionnelle sera soumis aux Chiliens en septembre.

Le mois dernier, l’assemblée constituante a approuvé une proposition visant à inclure une section qui obligerait les sociétés minières à mettre de l’argent de côté pour faire face aux dommages causés par les activités minières, mais elle a rejeté l’idée de nationaliser certains secteurs de l’industrie.

L’assemblée constituante a également donné son feu vert pour interdire l’exploitation minière dans les glaciers, dans des zones vitales pour la protection de l’approvisionnement en eau et dans d’autres régions protégées du Chili.

Les armes à feu

Le président Boric a salué lundi le gel au Canada sur l’importation, l’achat, la vente ou le transfert d’armes de poing, dont les libéraux ont fait un élément central de leur projet de loi sur le contrôle des armes à feu déposé la semaine dernière. Il a rappelé lundi qu’il voulait présenter dans son pays une loi qui interdirait à tous les citoyens de posséder une arme à feu.

L’objectif du gouvernement chilien est d’éliminer les armes à feu au sein des groupes criminels, et il ne veut pas que ces armes se retrouvent dans la société civile, a expliqué M. Boric en espagnol.

Mais il ne suffit pas d’avoir des réglementations à l’intérieur d’un pays, a-t-il dit: il faut aussi des réglementations internationales pour arrêter le flux transfrontalier d’armes à feu.

M. Trudeau a également déclaré que le Canada coparrainera la «Déclaration de l’Amérique pour la protection de l’océan», une initiative lancée par le Chili pour inciter les pays à collaborer afin de protéger le Pacifique. «Le Canada et le Chili sont tous deux des pays océaniques», a-t-il rappelé.

«Nous savons que des océans sains sont essentiels pour l’emploi des communautés et pour lutter contre le changement climatique. L’annonce d’aujourd’hui porte sur la manière dont nous maintenons l’océan Pacifique en bonne santé, de la protection des routes migratoires des animaux marins à la préservation des écosystèmes côtiers fragiles», a indiqué M. Trudeau.

Le Canada et le Chili ont également signé un accord «pour faire progresser l’égalité des genres» et l’autonomisation des femmes dans les deux pays.

La ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et de la Jeunesse, Marci Ien, a indiqué qu’il s’agissait d’établir un cadre permettant aux deux gouvernements de coopérer sur les politiques publiques visant à promouvoir l’autonomisation des femmes.

Mme Ien a indiqué que les deux pays sont déterminés à se soutenir mutuellement pour éliminer les obstacles socio-économiques, culturels et institutionnels qui empêchent les femmes de participer à l’économie et à la vie publique.

Les deux pays s’engagent aussi à travailler conjointement sur des enjeux comme les efforts de reprise après la COVID-19 ou la violence fondée sur le sexe.

M. Trudeau a rappelé de son côté qu’à une époque où les États autoritaires progressent et où les démocraties reculent, il est important d’accueillir une «voix forte et progressiste» sur la scène mondiale. «C’est une excellente nouvelle pour le Chili, c’est une excellente nouvelle pour le Canada, d’avoir un partenaire aussi solide à l’autre bout du continent.»

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Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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