Le Canada et ses alliés proposent une déclaration contre les détentions arbitraires

OTTAWA — Le Canada et une coalition de 57 autres pays ont appuyé lundi une nouvelle déclaration internationale dénonçant la détention arbitraire, parrainée par l’État, de ressortissants étrangers à des fins politiques.

Cette «Déclaration contre la détention arbitraire dans les relations d’État à État» est née d’une année de diplomatie internationale en coulisses, menée par l’ancien ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne. 

Elle est le fruit de la campagne menée par Ottawa pour recueillir le soutien de la communauté internationale afin d’obtenir la libération des Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, qui passaient lundi leur 798e jour dans des prisons chinoises.

M. Kovrig, un ancien diplomate canadien travaillant pour l’International Crisis Group, et M. Spavor, un entrepreneur spécialisé dans les échanges avec la Corée du Nord, ont été arrêtés par les autorités chinoises neuf jours après que la police fédérale canadienne a arrêté la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou à l’aéroport de Vancouver, en décembre 2018, en vertu d’un mandat d’extradition américain. 

Le Canada et ses alliés considèrent que les accusations de menace à la sécurité nationale portées par la Chine contre MM. Kovrig et Spavor sont fausses. Ils ont dénoncé les détentions qu’ils qualifient d’arbitraires et ont demandé la libération des deux hommes — des demandes qui n’ont pas eu d’échos à Pékin.

Bien que la libération des «deux Michael» demeure la priorité absolue du Canada, la nouvelle déclaration vise aussi à dénoncer plus largement cette pratique dite de «diplomatie des otages» dans d’autres pays, comme la Russie, l’Iran et la Corée du Nord.

Le quotidien chinois «Global Times», un organe du Parti communiste, a aussitôt dénoncé le Canada, lundi, pour cette nouvelle initiative, en citant des «experts», non identifiés, qui parlent d’une «attaque irréfléchie visant à provoquer la Chine» et qui «rebondira de la pire des façons».

«Pratique méprisable» 

En entrevue, le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau, n’a pas nommé de pays en particulier — tout comme la nouvelle déclaration, d’ailleurs. La plupart des dizaines de ministres des Affaires étrangères participant au lancement de deux heures et demie de la déclaration en téléconférence, lundi, ont également évité de nommer des pays spécifiques. 

Mais Kenneth Roth, directeur de l’organisme «Human Rights Watch», ne s’est pas gêné pour montrer du doigt la Chine et cité le cas des «deux Michael» comme un exemple particulièrement flagrant de cette «pratique méprisable». M. Roth a déclaré que la Chine avait également soumis les citoyens australiens à des tactiques similaires. 

«N’oublions pas de mentionner les détentions continues à Guantanamo, les familles de suspects de Daech dans le nord-est de la Syrie, et (des pays) comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie et Israël, qui ont détenu des dissidents pacifiques et des opposants politiques sous de fausses accusations ou sans procès équitable», a soutenu M. Roth.

L’avocate britannique Amal Clooney, militante internationale des droits de la personne qui a représenté des journalistes emprisonnés et d’autres victimes de détention politique arbitraire, a déclaré lundi que les régimes autoritaires masquent la pratique dans les méandres des procédures judiciaires «pour donner un vernis de légitimité à ce geste».

Mme Clooney espère que plus de pays signeront la déclaration et qu’elle se dotera de plus de «dents» pour punir les dirigeants politiques contrevenants avec des interdictions de voyager et des sanctions financières. 

Déclaration non contraignante  

Le ministre Garneau a rappelé qu’il était normal que deux pays aient des divergences d’opinions. «Mais il est totalement inacceptable que des citoyens de notre pays qui se rendent dans un autre pays pour le visiter ou y travailler doivent vivre dans la peur de devenir une monnaie d’échange.»

«C’est illégal. Ça ne respecte pas les droits de la personne», a dit le nouveau responsable de la diplomatie canadienne. 

Le Canada et ses principaux alliés du G7, ainsi que le réseau d’échange de renseignements «Five Eyes» et des pays de tous les continents appuient la nouvelle déclaration, qui n’est pas contraignante, mais qui vise à embarrasser publiquement des pays contrevenants. Selon le ministre Garneau, la Déclaration est dans le même esprit que le «Traité d’Ottawa» sur l’interdiction des mines antipersonnel, parrainé par l’un de ses prédécesseurs aux Affaires étrangères canadiennes, Lloyd Axworthy. 

Le ministre Champagne a précisé que la déclaration s’inspirait aussi de l’article 5 de l’OTAN, qui stipule qu’une attaque contre l’un de ses 30 membres constitue une attaque contre toute l’Alliance atlantique. «Le concept sous-jacent est que si vous deviez prendre l’un de nos ressortissants, nous nous réunirons sur une base volontaire pour nous assurer que ces questions ne restent pas bilatérales.»

M. Champagne a déclaré que le concept avait aussi ses racines dans des discussions avec des responsables britanniques et avait obtenu le soutien des pays membres des «Five Eyes», du G7, de l’Union européenne et d’autres pays ailleurs dans le monde.

«La Déclaration du Canada contre la détention arbitraire est un moment important de leadership international, qui rassemble des alliés partageant les mêmes idées pour prendre position contre cette pratique inacceptable», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, dans un communiqué.

Le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a déclaré de son côté que les États-Unis approuvaient «sans réserve» la Déclaration du Canada.

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