Le Canada et trois alliés critiquent la pression de Pékin sur Hong Kong

OTTAWA — Le Canada a joint sa voix, jeudi, à ses principaux alliés et condamné la Chine pour avoir imposé à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale, au lendemain d’une décision judiciaire en Colombie-Britannique dans l’affaire Meng Wanzhou qui irrite déjà Pékin au plus haut point.

La déclaration commune de «profonde inquiétude» des États-Unis, de l’Australie, de la Grande-Bretagne et du Canada intervient alors que des experts préviennent que les deux Canadiens emprisonnés en Chine depuis décembre 2018 pourraient faire l’objet de nouvelles représailles dans l’affaire Meng.

L’ambassade de Chine à Ottawa a dénoncé avec véhémence la décision de la juge en chef adjointe de la Cour suprême de Colombie-Britannique, Heather Holmes, dans la cause d’extradition de la directrice financière de Huawei, que les États-Unis voudraient juger pour fraude. La juge Holmes a conclu que les allégations contre la femme d’affaires chinoise pourraient constituer un crime au Canada, et cette décision ouvre la voie à la poursuite des procédures d’extradition. Pékin a demandé à nouveau la libération immédiate de la directrice financière du géant chinois.

Cette «affaire Meng», qui a considérablement envenimé les relations sino-canadiennes, n’a pas dissuadé le Canada de signer jeudi cette déclaration commune qui critique la Chine pour avoir imposé une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong. Depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, le territoire est censé jouir d’une semi-autonomie en vertu du principe «un pays, deux systèmes».

«Hong Kong s’est épanouie comme un bastion de la liberté, lit-on dans la déclaration commune des quatre pays. La communauté internationale a un très grand intérêt de longue date dans la prospérité et la stabilité de Hong Kong. L’imposition directe par Pékin à Hong Kong de sa législation en matière de sécurité nationale, outrepassant les institutions de Hong Kong et au mépris de l’article 23 de la Loi fondamentale, réduirait les libertés du peuple de Hong Kong et, ce faisant, éroderait considérablement l’autonomie et le système qui l’a rendu si prospère.

«La décision de la Chine d’imposer la nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong est en conflit direct avec ses obligations internationales en vertu des principes juridiquement contraignants de la Déclaration commune sino-britannique enregistrée par les Nations unies, ajoute-t-on. La proposition de loi minerait le cadre « Un pays, deux systèmes ».»

Deux Canadiens emprisonnés

Cette franche critique survient alors que le gouvernement Trudeau fait face à sa propre crise en Chine depuis décembre 2018.

Michael Kovrig, un ancien diplomate, qui travaillait maintenant pour l’International Crisis Group, et Michael Spavor, un entrepreneur qui faisait des affaires en Corée du Nord, sont emprisonnés en Chine, sans accès à des avocats ou à leurs proches, depuis leur arrestation neuf jours après celle de Mme Meng à Vancouver le 1er décembre 2018. À cause de la COVID-19, les deux Canadiens, accusés d’avoir violé les intérêts de la sécurité nationale de la Chine, n’ont même plus droit depuis janvier à la visite mensuelle de diplomates canadiens.

Certains analystes affirment que leur traitement pourrait s’aggraver, si l’on se fie au ton adopté par le gouvernement chinois avant même le jugement de mercredi en Colombie-Britannique. «Lorsque Pékin évoque les conséquences d’un « préjudice continu » si Mme Meng n’est pas renvoyée immédiatement en Chine, cela suggère qu’il y aura de nouvelles représailles», estime Charles Burton, un expert de la Chine à l’Institut Macdonald-Laurier et ancien diplomate à Pékin.

«Je crains fort que MM. Kovrig et Spavor ne soient forcés de faire de faux aveux à la télévision chinoise, suivis d’un simulacre de procès à huis clos et d’éventuelles condamnations à mort, généralement suspendues pendant deux ans puis commuées en réclusion à perpétuité.»

David Mulroney, ancien ambassadeur du Canada en Chine entre 2009 et 2012, croit lui aussi que «malheureusement, deux Canadiens innocents (…) porteront le poids de cette colère» de Pékin. «Il est probable que les détentions seront prolongées jusqu’à ce que la Chine ait une meilleure idée du sort qui attend Mme Meng. Malheureusement, cela pourrait prendre un certain temps.» Et en attendant, «la Chine cherchera également à s’en prendre au Canada», croit l’ex-ambassadeur.

Fen Hampson, expert en sécurité mondiale à la Norman Paterson School of International Affairs de l’Université Carleton d’Ottawa, croit même que le gouvernement canadien devrait songer sérieusement à intervenir politiquement pour mettre un terme à l’affaire Meng, plutôt que de laisser le processus judiciaire suivre son cours, pendant des années.

«Deux Canadiens sont en prison dans des circonstances assez périlleuses, compte tenu de la COVID-19, sans compter les considérations plus larges qui sont en jeu en termes de relations commerciales et d’investissements du Canada avec la Chine», a expliqué M. Hampson. «Quoi qu’il arrive, cela finira sur le bureau du ministre de la Justice — c’est lui qui devra décider si Mme Meng doit être extradée ou non. D’une certaine manière, vous retardez l’inévitable: le gouvernement devra un jour prendre cette décision de toute façon.»

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