Le Canada imposera des contre-tarifs aux États-Unis

OTTAWA — Le Canada imposera dans 30 jours des contre-tarifs d’une valeur de 3,6 milliards $ aux États-Unis en réponse aux tarifs américains sur l’aluminium.

«Pour chaque dollar imposé par les États-Unis sur les importations canadiennes, nous imposerons en retour une taxe équivalente», a déclaré la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland, en conférence de presse à Toronto vendredi matin.

«Nous n’allons pas aggraver la situation, mais nous n’allons pas reculer non plus.»

Le président américain Donald Trump a signé un décret jeudi pour prélever des droits de 10 % sur les importations d’aluminium primaire en provenance du Canada.

«Le Canada a profité de nous, comme d’habitude. Nos alumineries sont décimées par le Canada. C’est injuste pour nos emplois et nos formidables travailleurs de l’aluminium», a-t-il soutenu dans une usine de la société Whirlpool située dans l’État stratégique de l’Ohio.

Le gouvernement canadien juge que ces tarifs sont «inutiles, injustifiés et inacceptables» et qu’ils nuiront à l’économie américaine déjà affaiblie par la pandémie de COVID-19.

Espoir pour un recul

Pendant ces 30 jours, le gouvernement consultera l’industrie pour dresser une liste des produits contenant de l’aluminium.

Mme Freeland affirme qu’il «faut toujours avoir espoir» que les Américains reculent avant l’imposition prévue des tarifs, le 16 août.

«En même temps, on est prêts pour les tarifs et on est prêts à réagir», a-t-elle indiqué.

La vice-première ministre n’a pas précisé si le gouvernement s’attendait à ce que les Américains imposent d’autres tarifs, notamment sur l’acier, comme ils l’ont fait par le passé.

«C’est une question pour l’administration américaine», a-t-elle répété.

Elle n’a pas voulu non plus se prononcer sur le contexte particulier de l’annonce du président Donald Trump, qui tente de se faire réélire en vue de l’élection présidentielle de novembre prochain.

De nouveaux tarifs

Ce n’est pas la première fois que l’administration Trump s’en prend à l’industrie canadienne de l’aluminium.

En mai 2018, Washington avait décrété des tarifs de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur les importations d’aluminium en faisant valoir qu’elles représentaient une menace à la sécurité nationale des États-Unis et en évoquant la section 232 de la loi américaine sur le commerce. Ils avaient été levés un an plus tard.

Au moment où l’on renégociait l’accord de libre-échange avec Ottawa et Mexico, le gouvernement Trudeau avait répliqué en taxant plus de 70 produits américains comme le bourbon et le ketchup.

Impact de l’ACEUM

Depuis ce temps, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACÉUM) est entré en vigueur en date du 1er juillet, mais cela ne protège pas le Canada d’éventuels tarifs, notamment sur l’acier, selon Richard Ouellet, professeur de droit à l’Université Laval.

«L’acier dispose de certaines dispositions qui le protègent un peu mieux que l’aluminium quant aux règles d’origine applicables dans les pièces automobiles», a-t-il expliqué dans un courriel.

«Mais cela n’a pas d’impact sur la protection à l’égard de futurs droits de douane punitifs imposés par l’administration Trump. Doug Ford a raison d’être inquiet.»

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a dit qu’il s’attendait à ce que le président Donald Trump impose des tarifs sur l’acier également.

Appuis au gouvernement fédéral

L’annonce du gouvernement fédéral a été accueillie de façon positive par plusieurs milieux.

Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est dit satisfait par la décision d’Ottawa.

«Notre gouvernement collaborera à l’élaboration de la liste de produits américains touchés. Nous allons continuer de défendre nos travailleurs québécois», a-t-il écrit sur Twitter.

De son côté, la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) a aussi «appuyé fermement» l’approche du gouvernement Trudeau.

«Nos travailleuses et travailleurs sont épuisés de voir le gouvernement américain changer les règles de façon unilatérale. Nous vivons dans l’incertitude», a déploré le président du Syndicat national des employés de l’aluminium de Baie-Comeau-CSN, Michel Desbiens.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a aussi applaudi la décision.

«Alors que le monde se mobilise pour relancer l’économie, l’impact de nouveaux tarifs sur l’aluminium canadien arrive à contrecourant et n’est pas dans l’esprit de l’ACEUM récemment entré en vigueur», a déclaré son président et chef de la direction, Karl Blackburn.

Le syndicat des Métallos a quant à lui demandé au gouvernement fédéral d’investir les fonds recueillis avec les tarifs dans le secteur de l’aluminium.

«Les fonds qui seront recueillis cette fois-ci doivent servir à donner un nouveau souffle à l’aluminium québécois, déjà qu’il a été mal protégé dans l’accord de libre-échange, en plus de l’actuelle crise des tarifs», a souligné le directeur québécois des Métallos, Dominic Lemieux.

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