Le «Canada Inc.» pressé d’en faire plus pour appuyer l’ALÉNA

OTTAWA — Malgré tous les efforts déployés au Canada pour promouvoir l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) aux yeux des États-Unis, certains s’inquiètent qu’une voix demeure particulièrement discrète: celle des entreprises canadiennes.

Les dirigeants de deux importants regroupements d’entreprises, un de chaque côté de la frontière, croient que les entreprises du Canada pourraient en faire plus pour stimuler l’enthousiasme des États-Unis par rapport à l’ALÉNA. Plus particulièrement maintenant, alors que la négociation entre dans sa phase critique.

Des politiciens de tous les ordres de gouvernement ont joint leur voix à des membres de la communauté d’affaires pour donner un élan à l’ALÉNA du côté américain dans le cadre d’une soi-disant opération charme.

Mais le Conseil canadien des affaires affirme que, malgré cette opération de séduction, beaucoup trop de dirigeants d’entreprises gardent profil bas par peur de mettre en évidence leur statut d’entités «non américaines».

Selon le président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires, John Manley, la meilleure chose à faire est d’aller sur le terrain et de cogner aux portes dans les communautés rurales.

Une démarche que le gouvernement canadien a déjà mise en branle, mais qui est absente du côté des entreprises d’après l’ex-ministre fédéral des Finances sous Jean Chrétien.

«Je crois qu’elles craignent une montée du sentiment protectionniste aux États-Unis et qu’elles préfèrent ne pas attirer l’attention en tant qu’entreprises étrangères», analyse M. Manley.

Du même avis, Maryscott Greenwood, présidente du Conseil des affaires canadiennes-américaines à Washington, ne s’étonne pas de voir les entreprises demeurer discrètes.

Elle reconnaît que de participer à la mission en faveur de l’ALÉNA représente un défi en raison du sentiment «anti-libre-échange» alimenté par le président Donald Trump qui menace de déchirer l’accord.

Maryscott Greenwood croit cependant qu’il est temps pour les entreprises canadiennes de s’engager et de mettre à profit toute l’influence qu’elles peuvent avoir en termes de relations d’affaires et de créations d’emplois aux États-Unis.

Du même coup, elle reconnaît aussi que la crainte de parler publiquement pour appuyer l’ALÉNA est aussi observable chez les entreprises américaines.

En campagne électorale, Donald Trump a promis de rapatrier les emplois manufacturiers aux États-Unis. Depuis sa victoire, les multinationales, dont les constructeurs automobiles, ont pris d’importantes décisions qui semblent vouloir éviter d’attiser la colère du président.

Par exemple, Fiat Chrysler qui vient d’annoncer qu’elle déménage sa production de camionnettes Ram aux États-Unis en 2020, alors que ces véhicules sont présentement assemblés au Mexique.

Peu avant l’assermentation de Donald Trump, en janvier 2017, Ford avait annulé son projet de construction d’une usine de 1,6 milliard $ US au Mexique.

Maryscott Greenwood compare le comportement des entreprises au fait que personne ne veut «attraper le javelot».

Selon elle, plusieurs firmes américaines ont probablement préféré demeurer loin des projecteurs en présumant que le discours protectionniste allait s’essouffler et que la menace allait passer.

Elle dit garder espoir que plus en plus d’entreprises vont commencer à se tenir debout, surtout si l’avenir de l’accord de libre-échange commence à avoir l’air particulièrement sombre.

«Une crise a tendance à mobiliser l’attention des gens et l’ALÉNA vient d’atteindre un point où c’est le temps de passer à l’action», insiste Mme Greenwood.

D’autres leaders de la communauté d’affaires ne sont pas d’accord pour dire que les entreprises canadiennes n’en ont pas fait assez pour l’ALÉNA.

Perrin Beatty, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada, assure qu’il n’a jamais entendu parler d’un manque d’ardeur des entreprises canadiennes pour faire la promotion de l’ALÉNA auprès des Américains.

Pas plus qu’il n’a eu connaissance de craintes de la part d’entreprises d’être identifiées aux États-Unis comme étant canadiennes.

Perrin Beatty estime par contre qu’Ottawa pourrait en faire plus pour aider à organiser et à fournir des ressources pour que les PDG du Canada effectuent plus de visites du côté des usines américaines afin de promouvoir l’accord auprès de politiciens et de journalistes.

Du côté de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, un porte-parole soutient que la communauté d’affaires représente une aide importante dans l’offensive pro-ALÉNA.

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