Le Canada milite pour qu’on allège la dette de l’Afrique pendant la pandémie

OTTAWA — Le gouvernement canadien milite auprès des acteurs internationaux afin d’alléger la dette de l’Afrique et d’autres continents moins développés pour combattre la faim, la misère économique et le terrorisme provoqués par la pandémie de COVID-19, a indiqué la ministre du Développement international du Canada.

Karina Gould a mentionné à La Presse canadienne que le nombre de diagnostics positifs au nouveau coronavirus est en hausse en Afrique, ce qui est préoccupant compte tenu du fait que le continent n’a pas de filet de sécurité pour atténuer les effets d’une crise socio-économique imminente qui sera accompagnée d’une urgence sanitaire.

Mme Gould a souligné que la pandémie touche 53 des 54 pays africains, et si certains travailleurs gagnaient bien leur vie avant l’arrivée de la COVID-19, plusieurs d’entre eux ont depuis perdu leur emploi et n’anticipent aucune aide de leur gouvernement respectif.

Elle a ajouté qu’elle fait partie d’une coalition gouvernementale qui milite en faveur de l’aide sur divers forums internationaux, dont le G7, le G20 et les principales organisations économiques mondiales.

Mme Gould a mentionné que le premier ministre Justin Trudeau, le ministre des Finances Bill Morneau, le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne et l’ambassadeur du Canada aux Nations Unies, Marc-André Blanchard, sont tous impliqués dans le projet.

Les gouvernements libéraux passés ont milité pour alléger la dette des pays au tournant du XXIe siècle, une mesure qui a permis à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI) d’alléger le fardeau des remboursements dus par les pays sous-développés.

«Le Canada est très actif auprès du G7, du G20 et du club de Paris pour faire la promotion de l’aide aux pays sous-développés, particulièrement au chapitre de l’allégement de la dette», a évoqué Mme Gould dans un entretien accordé vendredi. Le club de Paris est un groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement de pays endettés.

Jeudi, les Nations Unies ont accru leur contribution financière à la lutte contre la pandémie de 2 à 6,7 milliards $US, au moment où le secrétaire général adjoint des Nations Unies chargé des affaires humanitaires, Mark Lowcock, a prévenu que le pic de la pandémie pourrait survenir dans trois à six mois dans les pays les plus pauvres de la planète.

«Nous analyserons ceci, et le Canada y répondra sans aucun doute», a dit Mme Gould, qui a ajouté qu’elle devait discuter avec M. Lowcock vendredi afin d’obtenir plus de détails.

«Ce n’est pas une question de chaîne d’approvisionnement. C’est à propos des gens qui se débrouillaient bien, mais qui habitent dans des pays où il n’existe aucun filet de sécurité, a-t-elle expliqué. L’un des enjeux les plus préoccupants touche la faim, la malnutrition, mais aussi la perspective que des groupes paramilitaires ou d’autres groupes terroristes profitent de cette situation de vulnérabilité.»

Mme Gould faisait référence à un récent rapport stipulant que des rebelles de la ceinture sahélienne de l’Afrique de l’Ouest sont en train d’exploiter la pandémie pour recruter de nouveaux adeptes.

Il y a un mois, le Canada a annoncé un investissement supplémentaire de 159 millions $ en aide étrangère pour lutter contre la pandémie, mais Mme Gould a souligné que ce n’était qu’un début.

M. Trudeau a visité l’Éthiopie en janvier et assuré un accroissement de la coopération avec les pays de l’Union africaine.

Le 23 mars, en pleine pandémie, M. Trudeau a discuté avec le premier ministre d’Éthiopie, Abiy Ahmed, et ils se sont «entendus sur l’importance de renforcer les systèmes de santé, financiers et économiques de la région», avait même précisé son cabinet.

Vendredi, M. Trudeau a discuté avec le président du Ghana, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, de la nécessité de préserver la chaîne d’approvisionnement afin d’éviter l’insécurité alimentaire et de permettre l’accès au matériel médical.

«Ils ont également convenu de l’importance de la coordination internationale afin de lutter contre la maladie et de relancer l’activité économique dans le monde. De plus, ils ont discuté des mesures nécessaires pour soutenir les systèmes de santé et économiques en Afrique», pouvait-on lire dans un communiqué du cabinet du premier ministre.

La pression de procéder à un allégement de la dette est aussi valable pour d’autres régions du globe, dont les Caraïbes, où le tourisme — la principale source de revenus de leur économie — s’est totalement effondré en raison des restrictions sur les voyages imposées pour lutter contre la COVID-19, a souligné Mme Gould.

Le Canada a aussi parlé en faveur des pays «qui ne répondent habituellement pas aux critères d’aide de la Banque mondiale et du FMI».

Cette initiative a même rejoint l’Asie, où le premier ministre du Pakistan Imran Khan a remercié M. Trudeau lors d’un entretien téléphonique pour le soutien du Canada afin que son pays fasse partie des bénéficiaires du fonds d’aide du G20.