Le Canada n’aura pas son siège non permanent au Conseil de sécurité

OTTAWA — Le Canada a perdu son pari visant à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. Ses concurrents, la Norvège et l’Irlande, ont obtenu les deux sièges disponibles, mercredi.

Le Canada a même perdu au tout premier tour d’un scrutin secret des 193 États membres de l’Assemblée générale des Nations unies.

Déjà, en 2010, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait perdu cette course, aux mains de l’Allemagne et du Portugal. Dès son élection, en octobre 2015, le premier ministre Justin Trudeau avait déclaré que «le Canada était de retour» sur l’échiquier international, et il avait promis de faire campagne pour regagner un siège au Conseil de sécurité.

Le Canada a perdu cette fois contre la Norvège et l’Irlande, pour l’obtention de ces deux sièges non permanents disponibles pour un mandat de deux ans, à compter de l’an prochain.

Le Canada avait besoin de 128 voix — les deux tiers des membres votants. La Norvège a remporté son siège au premier tour avec 130 voix et l’Irlande avec 128. Le Canada a obtenu 108 voix — il en avait obtenu 114 au premier tour en 2010.

Le vote a commencé à 9 h mercredi; les ambassadeurs auprès de l’ONU avaient un accès restreint, en petits groupes, à la grande salle de l’Assemblée générale, à New York, pour respecter les mesures de distanciation.

À la suite du dévoilement du résultat, le premier ministre Justin Trudeau félicité la Norvège, l’Irlande, l’Inde et le Mexique pour leur élection au Conseil de sécurité et a remercié tous les États qui ont offert leur collaboration au cours de la campagne canadienne.

Dans une déclaration transmise par voie de communiqué, M. Trudeau souligne que le Canada voulait obtenir un siège pour contribuer à bâtir «un monde qui favorise une paix durable, lutte contre les effets des changements climatiques, renforce le multilatéralisme et fait la promotion de la sécurité économique et de l’avancement de l’égalité des sexes».

«Le Canada a la capacité de changer les choses, mais nous savons que nous ne pouvons pas y arriver seuls. Au fur et à mesure que nous progressons, nous restons engagés envers les objectifs et les principes que nous avons mis de l’avant pendant cette campagne», a-t-il ajouté en promettant de continuer de promouvoir la coopération mondiale.

La Norvège et l’Irlande ont connu un début de campagne anticipé, car M. Trudeau n’a annoncé l’intention du Canada de demander un siège qu’en 2015, après l’élection des libéraux.

Le premier ministre a rejeté mercredi matin les suggestions selon lesquelles une défaite pour le Canada constituerait un échec politique personnelle, compte tenu de tout le capital qu’il a investi dans cette candidature — à commencer par son fameux «Le Canada est de retour» d’il y a cinq ans.

Le mauvais groupe ?

M. Trudeau a déclaré mercredi que son gouvernement s’était engagé dans un large éventail d’activités et d’organismes multilatéraux parce que c’était dans l’intérêt de tous les Canadiens, qui ont besoin du commerce mondial et de la réussite économique partout dans le monde pour pouvoir réussir chez eux.

«Ce sont des choses que nous continuerons de faire à l’avenir, peu importe ce qui se passera cette semaine (à l’ONU), a déclaré M. Trudeau. Mais il serait certainement agréable d’avoir ce levier supplémentaire d’un siège au Conseil de sécurité.»

La campagne du Canada pour ce siège non permanent au Conseil s’est concentrée en grande partie sur ce que le pays a fait en réponse à la pandémie de COVID-19. M. Trudeau a notamment convoqué d’autres pays aux vues similaires pour garantir la sécurité alimentaire dans les pays en développement, le maintien de chaînes d’approvisionnement vitales à travers le monde et l’élaboration de nouveaux modèles de financement pour aider les pays en difficulté dont les économies ont été décimées par la pandémie.

Les pays européens devaient tout naturellement se rallier derrière la candidature des deux concurrents du Canada, ce qui a forcé le gouvernement Trudeau à se concentrer sur l’Afrique, l’Amérique latine et les pays arabes, ainsi que les petits États insulaires du Pacifique Sud, qui risquent un jour de disparaître à cause de l’élévation du niveau de la mer causée par le changement climatique.

Mais la Norvège et l’Irlande dépensent aussi plus que le Canada pour l’aide internationale et contribuent davantage aux missions de maintien de la paix de l’ONU — deux critères qui étaient largement considérés comme essentiels pour remporter un siège au Conseil.

M. Trudeau a par ailleurs adressé des critiques à peine voilées à la répartition géographique des Nations unies, qui a placé le Canada dans un groupe — «Europe occidentale et autres» — contre les pays européens, qui ne peuvent jamais s’entendre sur deux candidats pour ces sièges temporaires. «Je n’ai que du respect pour nos deux concurrents, l’Irlande et la Norvège, qui ont démontré un engagement dans le monde», a-t-il déclaré. «Il est malheureux que nous soyons dans une situation de devoir rivaliser avec des amis.»

Le sénateur indépendant Peter Boehm, qui a fait campagne auprès des petits États insulaires, se demandait lui aussi en entrevue récemment si la place du Canada était vraiment dans ce groupe hétéroclite, où se retrouvent aussi l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël.

«Ce n’est pas vraiment notre place», estimait M. Boehm, qui était ambassadeur du Canada à Berlin en 2010 lorsque la puissante Allemagne a remporté un siège, aux côtés du Portugal, coiffant au poteau le Canada. Selon M. Boehm, le Canada appartiendrait plus naturellement, d’un strict point de vue géographique, au Groupe des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, qui est par ailleurs moins compétitif, selon lui.