Le Canada n’est pas un modèle dans ses relations avec les Autochtones

WASHINGTON — L’une des plus anciennes équipes professionnelles de football des États-Unis remet enfin son identité en question, après avoir fait pendant des décennies l’objet de critiques voulant que celle-ci soit raciste.

Des experts estiment toutefois que le Canada ne doit pas croire qu’il peut se comparer avantageusement avec son voisin du sud en ce qui a trait à sa propre histoire trouble avec les peuples autochtones.

Les Redskins de Washington, dans la Ligue nationale de football, ébranlés par le mouvement de dénonciation des injustices raciales qui bouleverse les institutions et les traditions à travers les États-Unis depuis deux mois, ont annoncé cette semaine qu’ils abandonnaient leur nom et leur logo vieux de 87 ans, considérés depuis longtemps comme offensants pour les communautés autochtones.

Les Canadiens pourraient être tentés de penser qu’ils sont plus avancés que les États-Unis en ce qui concerne les droits des Autochtones.

Dix des 338 députés du Canada sont autochtones, un de moins que le record de 11 en 2015. Seuls quatre des 535 membres du Congrès américain peuvent en dire autant. Des questions comme les droits issus de traités, le mouvement Idle No More et le bien-être des enfants autochtones ont dominé les manchettes au Canada, mais ont fait couler bien peu d’encre au sud de la frontière.

Et alors que le premier ministre Justin Trudeau a fait des priorités autochtones une pierre angulaire du programme de son gouvernement libéral, recevant toutefois des critiques mitigées à ce sujet, le président américain Donald Trump a donné le surnom de «Pocahontas» à la sénatrice démocrate Elizabeth Warren qui avait déclaré être de descendance autochtone.

Le Canada, cependant, est loin d’être un modèle de vertu en ce qui concerne les peuples autochtones, estime Lynn Gehl, une universitaire et autrice autochtone vivant à Peterborough, en Ontario.

«Nous ne pouvons pas vraiment comparer les États-Unis et le Canada, et placer le Canada sur un piédestal. C’est dangereux, en fait, et cela ne sert pas l’enjeu de la lutte contre le racisme», affirme Mme Gehl, dont le dernier livre s’intitule «Claiming Anishinaabe: Decolonizing the Human Spirit».

Elle a noté que deux enquêtes distinctes — l’examen des pensionnats autochtones par la Commission de vérité et réconciliation, qui a publié son rapport final en 2015, et l’enquête publique sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, qui s’est terminée l’année dernière — ont conclu que le Canada était engagé depuis longtemps dans des campagnes de génocide envers les Autochtones.

Des noms insensibles, voire offensants

Le Canada ne s’est pas empêché non plus de baptiser des équipes sportives avec des noms insensibles ou carrément offensants.

Les Eskimos d’Edmonton, l’une des franchises les plus populaires de la Ligue canadienne de football, subissent une pression croissante pour abandonner un nom perçu comme étant péjoratif à l’endroit des Inuits. Et à Morden, au Manitoba, une équipe de hockey des ligues mineures s’est fait demander de laisser tomber le même nom qui vient d’être abandonné à Washington.

«Les États-nations utilisent des sports tels que le football, le soccer et le hockey pour façonner la population», avance Mme Gehl. «Les icônes et les symboles sont des outils vraiment puissants pour façonner notre conscience. Et si les États-nations autorisent les sports d’équipe à utiliser ces icônes et noms racistes, alors leurs citoyens seront racistes.»

Les noms d’équipes controversés se retrouvent à plusieurs endroits dans les ligues majeures et mineures des deux pays, notamment les Braves d’Atlanta et les Indians de Cleveland au baseball, les Chiefs de Kansas City dans la NFL et des milliers d’équipes collégiales et universitaires à travers le continent, où des termes tels que «Sauvages» et «Redmen» sont toujours en usage, note Chase Iron Eyes, un militant autochtone américain et avocat principal du Lakota People’s Law Project, établi dans le Dakota du Nord.

«Le Canada s’est fabriqué cette image du « gentil gars du Nord », affirme M. Iron Eyes. Au Canada, le fait que les nations autochtones fassent entendre leur voix et soient aussi mises de l’avant par les médias grand public comme Radio-Canada créera une expérience différente. C’est donc plus convivial, mais c’est toujours aussi insidieux et mortel.»

La lutte n’est pas différente au Canada qu’aux États-Unis, ajoute-t-il.

«Nous essayons tous de réécrire un nouveau contrat social — les nations autochtones, elles veulent leur indépendance.»

«Le Canada est également une économie capitaliste comme les États-Unis. Ils veulent leurs ressources. Et ils sont dirigés par des sociétés. Donc, ce sera une lutte de classes continue, mais dans laquelle nous perdons les différences qui nous ont été attribuées — comme une origine ethnique, une couleur, une croyance, une religion», prédit-il.

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