Le Canada se demande si l’on ne pourrait pas retarder la deuxième dose des vaccins

OTTAWA — Comme plusieurs autres pays aux prises avec une deuxième vague de COVID-19 particulièrement virulente, le Canada étudie actuellement comment étendre le plus possible ses stocks de vaccins, qui ne sont pas considérables pour l’instant. 

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la docteure Theresa Tam, a précisé mardi qu’elle avait demandé au Comité consultatif national de l’immunisation s’il serait judicieux de retarder la seconde dose de vaccins, afin d’administrer plus rapidement la première dose à un plus grand nombre de gens.

Car le tableau est sombre, avec plus de 7500 nouveaux patients diagnostiqués chaque jour au pays, plus de 77 700 cas actifs et plus de 4000 personnes hospitalisées à cause de la COVID-19, a rappelé la docteure Tam lors de sa conférence de presse quotidienne, mardi à Ottawa. Au cours de la dernière semaine, 122 Canadiens sont morts, en moyenne, chaque jour de la COVID-19, a-t-elle dit.

Selon la docteure Tam, il existe des preuves prometteuses selon lesquelles une dose unique de vaccins qui sont pourtant conçus pour être administrés en deux doses est tout de même efficace pendant un certain temps — mais ces preuves sont pour l’instant limitées. Elle a souligné que le Canada reste déterminé à administrer les deux doses des vaccins, mais qu’elle a demandé au comité consultatif de lui fournir une analyse sur ce que l’on sait actuellement des scénarios posologiques et de ce qui devrait être pris en compte pour décider de retarder ou non l’administration de la deuxième dose.

Santé Canada a approuvé en décembre deux vaccins contre la COVID-19 et environ 150 000 personnes ont maintenant reçu au moins la première dose. Lundi, certaines personnes ont commencé à recevoir leur deuxième dose du vaccin Pfizer-BioNTech, 21 jours après avoir reçu la première, le 14 décembre.

Ce calendrier de vaccination suit les recommandations de Pfizer et BioNTech, qui ont déclaré que leur vaccin était efficace à 95 % pour prévenir les symptômes de la COVID-19 dans les sept jours suivant la réception de la deuxième dose. 

La société de biotechnologie américaine Moderna, dont le vaccin a été approuvé au Canada le 23 décembre, demande que deux doses soient administrées à 28 jours d’intervalle. Le vaccin d’AstraZeneca, qui a été approuvé au Royaume-Uni mais pas encore au Canada, nécessite également une deuxième dose après 28 jours.

Ailleurs dans le monde 

Plusieurs pays étudient actuellement — ou autorisent déjà — le report de ces secondes doses, afin de vacciner davantage de personnes avec les premières doses.

Le Danemark a ainsi autorisé un délai de six semaines. Le Royaume-Uni, qui a enregistré mardi un record de 58 784 nouveaux cas en une journée, repousse cette deuxième dose de 12 semaines pour ses deux vaccins approuvés — le Pfizer-BioNTech et l’AstraZeneca. L’Allemagne songe également à retarder l’administration de la deuxième dose.

Pfizer a indiqué à La Presse Canadienne qu’elle n’approuvait pas un scénario à dose différée. Les rapports examinés par des pairs sur l’essai clinique de son vaccin ont révélé qu’il était efficace à environ 52 % pour prévenir la maladie après la première dose. Mais comme la plupart des patients ont reçu la deuxième dose après 21 jours, il n’y a pas de données sur l’efficacité d’une dose unique au-delà de ces trois semaines.

Moderna a également indiqué qu’elle ne pouvait pas dire si son vaccin était efficace en dehors du calendrier à deux doses de 28 jours. Moderna a déclaré que deux doses égales administrées à 28 jours d’intervalle ont fourni une réponse immunitaire plus forte qu’une double dose administrée en une seule injection.

L’Organisation mondiale de la santé a déclaré mardi que le report des secondes doses de Pfizer à six semaines pourrait être acceptable dans des circonstances exceptionnelles.

Aux États-Unis, l’agence des aliments et des médicaments (FDA) a déclaré qu’il valait la peine d’enquêter sur l’idée de retarder les doses ou d’injecter des demi-doses, mais qu’à l’heure actuelle, il n’y a aucune preuve qui permettrait d’autoriser tout changement de posologie.

Le docteur David Fisman, épidémiologiste à Toronto, croit qu’il pourrait exister des preuves qui permettraient de retarder la deuxième dose à six semaines, plutôt qu’à 21 ou 28 jours. «Pour de nombreux vaccins, une deuxième dose est administrée à six semaines et cela fonctionne bien», a-t-il dit, notant que parfois, le «coup de pouce» de la deuxième dose est en fait plus efficace s’il est administré un peu plus tard. Il soupçonne que la fenêtre de six semaines n’a pas été testée car il s’agissait d’une urgence de santé publique.

Le docteur Fisman estime toutefois que le problème du Canada réside davantage dans la lenteur de l’opération vaccination. «À l’heure actuelle, la vaccination est plus lente que les livraisons», a-t-il déclaré.

Le Canada a reçu jusqu’à présent 424 050 doses des vaccins Pfizer et Moderna, mais les dossiers indiquent qu’environ un tiers seulement ont été administrées.

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