Le Canada se porterait moins bien avec Justin Trudeau, selon un sondage

OTTAWA — Un nouveau sondage mené par la firme Léger pour La Presse canadienne suggère que les libéraux de Justin Trudeau auront du pain sur la planche, en cette année électorale, pour convaincre les Canadiens que le pays se porte mieux depuis leur accession au pouvoir.

À l’échelle du pays, 46 pour cent des répondants affirment que le Canada se porte moins bien depuis l’élection du gouvernement libéral en 2015, alors que seulement 22 pour cent estiment que le pays va mieux; 27 pour cent des répondants soutiennent que les choses n’ont pas sensiblement changé depuis 40 mois.

Le vice-président exécutif et associé de Léger, Christian Bourque, constate que les Canadiens entretiennent ces doutes malgré des indicateurs qui montrent pourtant que l’économie du pays se porte mieux qu’en 2015.

Les préoccupations régionales, en particulier dans l’Ouest concernant l’industrie pétrolière et gazière, ont une incidence sur la façon dont les électeurs perçoivent l’état général du pays, estime M. Bourque. «En Alberta, par exemple, nous constatons que 59 pour cent des personnes interrogées pensent que le Canada se porte moins bien, alors il existe des enjeux régionaux qui expliquent ce chiffre, par ailleurs assez impressionnant.»

Ce taux d’insatisfaits atteint 41 pour cent au Québec, 46 pour cent en Ontario et 35 pour cent dans les provinces de l’Atlantique.

Le sondage suggère également que les Canadiens sont avant tout préoccupés par l’économie et les impôts, avant l’environnement, les finances publiques ou l’immigration. Au Québec, c’est l’environnement qui arrive en tête, avant les impôts, l’économie, les finances publiques et l’immigration.

Lorsqu’on leur a demandé si le gouvernement Trudeau avait bien fait dans certains secteurs spécifiques, 22 pour cent des répondants ont estimé que les libéraux avaient fait du bon travail en matière d’économie et d’emploi, mais 34 pour cent avaient des doutes.

M. Bourque croit que les libéraux devront mettre l’accent notamment sur l’économie dans la préparation de leurs messages de campagne pour les prochaines élections fédérales, mais en tenant compte des disparités régionales, car le niveau d’inquiétude face à l’emploi et l’économie varie d’un océan à l’autre.

Le sondeur croit que les libéraux devront peaufiner leurs messages pour expliquer clairement aux électeurs que leur plan de croissance économique — basé sur des investissements massifs dans les infrastructures, au prix d’un déficit accru — porte réellement ses fruits et améliore l’économie canadienne.

L’immigration

Le sondage suggère par ailleurs un durcissement de l’opinion publique sur la question de l’immigration au Canada. Au total, environ 45 pour cent des répondants ont estimé que le Canada accueillait trop d’immigrants, mais aussi trop de réfugiés; 37 pour cent croient que le Canada accueillait «suffisamment» d’immigrants et 11 pour cent «pas assez».

Les résultats par provinces montrent que c’est en Colombie-Britannique que les répondants sont les moins enclins a estimer que le Canada accueille trop d’immigrants, avec 34 pour cent. Suivent les provinces de l’Atlantique à 36 pour cent, l’Ontario à 44, l’Alberta à 45, le Québec à 49 pour cent, et le Manitoba et la Saskatchewan à 51.

Selon Christian Bourque, ces résultats sont semblables à ceux d’un sondage similaire mené en novembre, mais dénotent qu’un changement s’est opéré ces dernières années concernant les seuils d’immigration.

Le sondage Léger montre qu’un nombre plus élevé de sympathisants conservateurs (64 pour cent) et du nouveau Parti populaire du Canada de Maxime Bernier (61 pour cent) estiment que le Canada accueillait trop d’immigrants, tandis que les électeurs libéraux étaient plus satisfaits des niveaux actuels de nouveaux arrivants (58 pour cent). Il semble par ailleurs y avoir peu ou pas de différences entre les immigrants économiques et les réfugiés.

«Je crois que l’immigration est en train de devenir un enjeu national qui devra être abordé par tous les partis à l’automne», estime M. Bourque.

Le sondage en ligne a été mené sur internet du 15 au 19 février auprès de 1529 électeurs de 18 ans et plus, sélectionnés au hasard dans la banque en ligne de la firme. Les résultats ont été pondérés en fonction de l’âge, du sexe, de la langue maternelle, de la région et du niveau d’instruction de manière à refléter la composition de la population canadienne.

Aucune marge d’erreur ne peut être associée à un échantillonnage internet. Léger indique toutefois qu’à des fins de comparaison, un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de plus ou moins 2,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20.