Le Canada veut siéger au Conseil de sécurité de l’ONU pendant la pandémie

OTTAWA — La pandémie à la COVID-19 a forcé la fin des poignées de main et des rencontres en secret dans les corridors entre les puissances mondiales, mais la campagne du Canada afin d’obtenir un siège non permanent au sein du Conseil de sécurité des Nations unies continue de battre son plein.

Le ministre des Affaires étrangères François-Philippe Champagne et la ministre du Développement international Karina Gould ont confirmé lors d’entrevues distinctes avec La Presse canadienne cette semaine qu’ils continuaient leur campagne.

Ils croient que la voix du Canada au sein du conseil le plus puissant au monde est plus nécessaire que jamais en raison des décisions majeures à prendre dans la gestion de la pandémie et de ce qui en découlera.

La Norvège et l’Irlande ont aussi manifesté leur intérêt pour le siège non permanent auquel est associé un mandat de deux ans qui commencera l’an prochain.

Ces deux pays sont perçus comme ayant l’avantage sur le Canada en raison de leurs investissements plus importants pour le développement dans les pays pauvres et de leur implication dans des missions de maintien de la paix de l’ONU — deux enjeux importants aux yeux des pays membres de l’ONU.

M. Champagne et Mme Gould soutiennent que la stature du Canada a changé en raison de sa réaction à la pandémie à la COVID-19, ce qui inclut jusqu’ici un programme de 50 millions $ en aide internationale. Cependant, certains anciens diplomates croient que le Canada devra augmenter cet investissement s’il souhaite gagner des votes.

«Le Conseil de sécurité de l’ONU est l’organisation qui détermine comment le monde réagit face aux enjeux de sécurité globale et d’instabilité», a rappelée Mme Gould, ajoutant qu’il n’a jamais été plus important de compter sur des «voix rationnelles» au sein du conseil composé de cinq membres permanents et 10 membres non permanents en rotation.

«Ça démontre à quel point il est important que le Canada siège au Conseil de sécurité de l’ONU. La campagne se poursuit, mais de manières différentes.»

Selon l’ancien diplomate Colin Robertson, la crédibilité du Canada sur la scène internationale est à la hausse depuis quelques mois en vertu de son rôle dans la quête de réponses après que l’Iran eut abattu un avion commercial ukrainien en janvier, ainsi que dans les récents accords d’échange nord-américains.

«Les nouvelles responsabilités des pays de puissance moyenne, particulièrement les membres du G7 et du G20, nous distinguent de la Norvège et de l’Irlande», a ajouté Robertson, vice-président de l’Institut canadien des affaires mondiales.

De son côté, le Conseil mondial pour les réfugiés, qui est mené par des Canadiens, croit que le Canada devrait prioriser le fait que le Conseil de sécurité ne contribue pas aux efforts de lutte contre la pandémie.

«Le silence du Conseil de sécurité est un symptôme troublant du système profondément dysfonctionnel du groupe de 15 membres au cours des dernières années», a affirmé le Conseil mondial des réfugiés dans une déclaration.

«Alors que le Canada fait campagne pour obtenir un siège à l’occasion de l’élection de cette année, il devrait promettre dans sa plateforme de redonner vie au Conseil de sécurité et faire face à ses responsabilités.»

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