Le Canadien Michael Kovrig a subi son procès à Pékin, lundi

PÉKIN, Chine — Le deuxième des «deux Michael» canadiens a subi son procès à Pékin, lundi, après une détention de plus de deux ans en représailles apparentes pour l’arrestation à Vancouver d’une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei.

Le procès de l’ancien diplomate Michael Kovrig pour espionnage a été tenu trois jours après celui d’un autre Canadien, l’homme d’affaires Michael Spavor, qui fait face à des accusations similaires. Ce premier procès avait eu lieu vendredi à Dandong, dans le nord-est du pays. Les diplomates canadiens se sont vu refuser l’accès aux deux procès, Pékin invoquant la sécurité nationale pour demander le huis clos complet.

Des diplomates étrangers et des journalistes se sont néanmoins présentés devant le palais de justice à Pékin pour tenter d’obtenir des informations et manifester leur soutien, une décision qui a été applaudie lundi matin par le premier ministre Justin Trudeau, qui condamnait à nouveau ces arrestations.

«On a eu une déclaration conjointe avec énormément de nos partenaires à travers le monde qui condamnent la détention arbitraire et nous allons continuer de travailler sur cet enjeu», a-t-il indiqué lundi lors de son passage à Trois-Rivières pour une annonce. 

«Nous allons continuer d’être fermes; nous avons vu à quel point des pays de partout dans le monde se sont joints à la préoccupation des Canadiens pour la santé des deux Michael et aussi pour les principes de règle de droit et les valeurs qui nous sont chères en tant que démocratie d’un processus judiciaire qui sont indépendants et rigoureux. On va continuer d’être très, très clairs que cette détention arbitraire est inacceptable et d’exiger leur retour.»

Des appuis sur place 

Devant la Cour intermédiaire n° 2 de Pékin, Jim Nickel, chef de mission adjoint de l’ambassade du Canada, a expliqué qu’on lui avait dit que le procès avait commencé, mais qu’il n’avait pas été autorisé à entrer, ce qu’il qualifie de violation des obligations des traités internationaux et bilatéraux de la Chine.

«Michael Kovrig est détenu depuis plus de deux ans maintenant. Il a été arbitrairement détenu et maintenant, nous voyons que le processus judiciaire lui-même n’est pas transparent », a déclaré M. Nickel aux journalistes.

M. Nickel a ajouté que 26 pays avaient envoyé des représentants pour manifester leur soutien, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie et de nombreux pays européens. «Nous sommes très troublés par cette situation, mais nous remercions ceux qui sont sortis des ambassades ici à Pékin et le soutien international que nous avons reçu pour Michael, pour le Canada et l’appel que beaucoup d’entre nous lancent pour leur libération immédiate.»

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, les a également tous remerciés pour leur solidarité et leur soutien de tous les instants, alors que «le monde entier a les yeux tournés vers ces procédures», a-t-il soutenu dans un communiqué.

Le sénateur américain Jim Risch, influent républicain au sein de la puissante commission des relations étrangères du Sénat, a ajouté lundi sa propre condamnation sur le compte Twitter de la commission.

«Il est répréhensible que (la Chine) organise des procès en secret contre les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor, a-t-il écrit. La Chine devrait cesser de prendre des otages et défendre plutôt les droits humains fondamentaux et la primauté du droit. Les deux hommes devraient être libérés immédiatement.»

À quand le verdict ? 

Le gouvernement chinois n’a fourni presque aucune information sur les accusations portées contre les deux Canadiens, mais un journal dirigé par le parti communiste au pouvoir affirme qu’ils ont collaboré à voler des secrets d’État et à les envoyer à l’étranger.

Aucun verdict n’a été annoncé dans le cas de M. Spavor et il n’est pas clair si des audiences supplémentaires doivent avoir lieu.

Cependant, de tels cas sont presque toujours prédéterminés en Chine, et la perception est que Pékin utilise MM. Kovrig et Spavor comme leviers pour obtenir la libération de la dirigeante de Huawei Meng Wanzhou, qui a été arrêtée à la demande des États-Unis à l’aéroport de Vancouver en décembre 2018.

Les deux Canadiens ont été arrêtés en Chine quelques jours plus tard et sont détenus depuis, tandis que Mme Meng a été libérée sous caution et est toujours assignée à résidence dans son manoir de Vancouver. MM. Kovrig et Spavor ont finalement été inculpés en juin 2020 en vertu des lois chinoises sur la sécurité nationale.

Mme Meng, quant à elle, est recherchée par les États-Unis pour fraude liée aux relations de Huawei avec l’Iran, qui fait l’objet de sanctions financières américaines.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a nié tout acte répréhensible dans le traitement des affaires de MM. Kovrig et Spavor. Mais la nature secrète des procès ne permet pas de le démontrer.

Le cas de Mme Meng a profondément irrité le gouvernement chinois, qui considère sa détention comme une tentative délibérée de calomnier les entreprises chinoises et d’entraver le poids économique et politique croissant de la nation.

Pékin a exigé sa libération immédiate et inconditionnelle et a également imposé des restrictions sur diverses exportations canadiennes, y compris les graines de canola, et condamné à mort quatre autres Canadiens reconnus coupables de trafic de drogue.

Le Canada et les États-Unis se sont engagés à collaborer avec la Chine pour obtenir la libération des deux Michael, mais les rencontres entre les principaux diplomates américains et chinois la semaine dernière semblaient offrir peu d’espoir.

Les États-Unis et le Canada se sont joints au Royaume-Uni et à l’Union européenne, lundi, pour imposer des sanctions contre les responsables chinois afin de dénoncer les violations des droits de la personne contre la minorité musulmane dans le pays. Mais M. Trudeau a déclaré qu’il n’y avait aucun lien entre ces sanctions et les efforts conjoints pour libérer les deux Canadiens.

Avec l’Associated Press

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