Des trafiquants de fentanyl blanchiraient de l’argent dans les banques du pays

OTTAWA — Des trafiquants de drogue exploitent les services canadiens de transfert d’argent pour acheter du fentanyl à l’étranger avant de blanchir leurs profits par le biais des banques et caisses populaires du pays, prévient l’unité du renseignement financier du Canada.

Le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières (CANAFE) a publié mercredi une «alerte opérationnelle» détaillée pour aider les entreprises financières à repérer et dénoncer les transactions qui pourraient être associées au trafic du fentanyl, un opioïde qui fait des ravages au Canada.

L’alerte, qui énumère des signes spécifiques d’activités associées au fentanyl, a été mise au point grâce à l’analyse de données colligées par le CANAFE, en collaboration avec des institutions financières canadiennes et la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Cette alerte s’inscrit dans le cadre plus large du projet «Guardian» lancé par le CANAFE, la Banque CIBC et les corps policiers pour lutter contre le fléau du fentanyl. La CIBC organise jeudi à Toronto une rencontre des différents participants au projet «Guardian». 

Des renseignements financiers permettent de croire que les trafiquants se procurent du fentanyl, ses produits dérivés et ses composantes chimiques de sources étrangères, principalement en Chine, selon l’alerte du CANAFE. Les trafiquants règlent habituellement ces achats par le biais de virements télégraphiques ou de mandats bancaires traités par des services de transfert d’argent, mais ils utilisent aussi parfois des cryptomonnaies comme le bitcoin.

Le fentanyl arrive habituellement au Canada par la poste, avant d’être redistribué dans un réseau qui entoure le point de chute, explique l’alerte. «Les trafiquants ont généralement recours aux banques, aux caisses populaires et aux coopératives de crédit canadiennes pour blanchir les produits du trafic du fentanyl au Canada.»

Parmi les indicateurs liés à l’achat de fentanyl par l’entremise des entreprises de services monétaires, le CANAFE signale:

— des virements télégraphiques ou des mandats de montants inférieurs au seuil de déclaration obligatoire de 10 000 $ auprès de multiples entreprises de services monétaires au cours d’une courte période de temps, normalement au moyen d’espèces ou de cartes de crédit prépayées;

— l’envoi de ces virements télégraphiques et mandats par de nombreuses personnes au Canada, sans liens apparents, au profit de destinataires uniques en Chine, en Ukraine et en Inde;

— l’utilisation d’une case postale comme adresse postale;

— la réception de plusieurs dépôts directs provenant de plateformes mondiales de traitement de paiements ou d’échange de monnaies virtuelles, habituellement des sommes inférieures au seuil de déclaration de 10 000 $.

Le directeur intérimaire du CANAFE, Barry MacKillop, reconnaît que plusieurs de ces transactions sont effectuées dans de sombres recoins du cyberespace, et que c’est là qu’il faudra d’abord mettre de l’éclairage.