Le cancer du cerveau chez l’enfant commencerait avant même la naissance

MONTRÉAL — Les tumeurs cérébrales chez les enfants pourraient commencer à se développer avant même qu’une femme sache qu’elle est enceinte, révèle une étude à laquelle a contribué une chercheuse montréalaise.

Les tumeurs cérébrales constituent la principale cause de mort non accidentelle chez les enfants au Canada.

Dans une étude publiée par la prestigieuse revue scientifique «Nature», des chercheurs de l’Université McGill, de l’Institut ontarien de recherche sur le cancer (IORC) et de l’Hôpital pour enfants de Toronto (SickKids) affirment avoir identifié les cellules que l’on croit être à l’origine de certaines tumeurs cérébrales chez l’enfant.

Ils ajoutent avoir découvert que ces cellules se forment d’abord au stade embryonnaire du développement chez les mammifères, soit beaucoup plus tôt que ce à quoi ils s’attendaient.

«Ça change beaucoup la donne, souligne la docteure Nada Jabado, de l’Hôpital de Montréal pour enfants du Centre universitaire de santé McGill, coauteure principale de l’étude. On pensait que certaines tumeurs étaient vraiment très précoces, mais on n’imaginait pas à quel point elles pouvaient être précoces.»

La majorité des tumeurs très agressives se forment probablement pendant le développement embryonnaire et fœtal, ajoute-t-elle.

«Est-ce que ce sont des facteurs environnementaux? Est-ce que c’est simplement de la mauvaise chance? C’est probablement une combinaison des deux», affirme la docteure Jabado.

Les conclusions de cette étude pourraient ouvrir la voie à la découverte de meilleurs traitements pour s’attaquer à ces tumeurs cérébrales létales, notamment en exploitant certaines de leurs vulnérabilités très spécifiques.

«Si on peut trouver des traitements qui ne sont pas toxiques pour le reste du cerveau de l’enfant et qui sont très toxiques pour la tumeur elle-même, on aura déjà gagné énormément», explique la docteure Jabado.

Les chercheurs ont aussi voulu remonter jusqu’aux origines de ces tumeurs afin de déterminer s’il serait possible de mettre en place de moyens de prévention pour les éviter.

«Le fait de connaître avec un peu plus de précision le moment où elles arrivent (…) va nous donner un avantage pour mieux comprendre ce qui fait que ça arrive et peut-être comment les prévenir.»

À partir de modèles murins, le groupe de chercheurs a étudié les divers types de cellules cérébrales normales ainsi que la manière dont elles se forment dans le cervelet — où l’on observe le plus souvent les tumeurs cérébrales chez l’enfant, à diverses étapes de leur développement. Les chercheurs ont cartographié les lignées de plus de 30 types de cellules et identifié les cellules normales qui se transformeraient plus tard en cellules cancéreuses, aussi appelées cellules d’origine.

Ils ont observé les cellules d’origine à un stade beaucoup plus précoce du développement fœtal que ce à quoi ils s’attendaient.

Le coauteur principal de l’étude et chef du programme d’oncologie adaptative à l’IORC, le professeur Lincoln Stein, a expliqué dans un communiqué que « les tumeurs cérébrales proviennent dans certains cas de populations de cellules ou d’événements remontant à six semaines de vie intra-utérine. (…) Ces résultats laissent entendre que les tumeurs cérébrales pourraient se développer bien avant d’être visibles sur le plan clinique, voire même avant qu’une femme puisse savoir qu’elle est enceinte.»

Grâce à ces nouvelles connaissances, les chercheurs peuvent maintenant étudier les différences entre le développement de cellules saines normales et celui de cellules qui vont éventuellement donner naissance à des cellules cancéreuses.

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