Le chef du SCRS soutient que la Chine nuit aux intérêts du Canada

OTTAWA — Le chef du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) prévient que la Chine nuit aux intérêts du Canada par ses efforts pour voler de précieuses technologies et museler ses détracteurs.

Dans un discours parrainé par le Centre pour l’innovation en matière de gouvernance mondiale, le directeur du SCRS, David Vigneault, a déclaré mardi que tous les secteurs de la société canadienne doivent s’unir pour repousser ces menaces chinoises.

«Soyons clairs: la menace ne vient pas du peuple chinois, mais plutôt du gouvernement chinois, qui poursuit une stratégie pour obtenir un avantage géopolitique sur tous les fronts —économique, technologique, politique et militaire», a soutenu le grand patron du service canadien d’espionnage.

M. Vigneault n’hésite pas à dire que Pékin «utilise tous les événements, tous les éléments du pouvoir de l’État pour mener des activités qui constituent une menace directe pour notre sécurité nationale et notre souveraineté» — et «nous devons tous renforcer nos défenses»,

Selon lui, des pays mal intentionnés essaieront de «profiter» du Canada lorsqu’il tentera de se remettre sur pied une fois la pandémie de COVID-19 apaisée. Parmi les secteurs de l’économie canadienne les plus vulnérables au cyberespionnage parrainé par l’État figurent les produits biopharmaceutiques et la santé, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et l’aérospatiale, croit M. Vigneault.

Moins bien protégés

Ces technologies sont largement développées au sein du milieu universitaire dans de petites entreprises en démarrage, qui sont des cibles attrayantes, car elles ont des protections de sécurité modestes et sont plus susceptibles de poursuivre des collaborations qui peuvent — et sont malheureusement — exploitées par d’autres pays, a-t-il déclaré.

«Les enquêtes révèlent que cette menace a malheureusement causé un préjudice important aux entreprises canadiennes», a déclaré M. Vigneault. «Collectivement, cela met en péril l’économie du savoir au Canada. Lorsque notre technologie et notre savoir-faire les plus novateurs sont perdus, c’est l’avenir de notre pays qui est volé.»

Des fonctionnaires fédéraux disent ouvertement déjà que la Chine a la capacité de mener des activités d’ingérence étrangère au Canada, en exerçant des pressions et de l’influence de manière clandestine et trompeuse dans le but d’atteindre ses objectifs stratégiques. Ils estiment que la Chine et certains autres pays menacent et intimident régulièrement des individus dans le monde par le biais d’entités étatiques ou non étatiques.

Exemple notable, selon M. Vigneault: l’opération mondiale secrète du gouvernement chinois, connue sous le nom d’opération «Fox Hunt», qui prétend viser la corruption, «mais qui aurait également été utilisée pour cibler et calmer les dissidents du régime».

Or, «les personnes menacées manquent souvent de ressources pour se défendre et ne savent pas qu’elles peuvent signaler ces activités aux autorités canadiennes, dont le SCRS», déplore son chef.

L’ambassade de la Chine à Ottawa n’avait pas réagi à ces remarques au moment d’écrire ces lignes.

D’autres menaces à surveiller

Bien que le SCRS soit particulièrement préoccupé par la Chine et la Russie, les menaces peuvent venir de partout dans le monde, a prévenu. M. Vigneault

L’environnement fluide et en évolution rapide engendré par la COVID-19 a créé une situation propice pour ceux qui cherchent à nuire ou à promouvoir leurs propres intérêts, a-t-il expliqué.

Cela a mené à l’utilisation continue des plateformes en ligne par les extrémistes pour en recruter d’autres et pour diffuser des messages haineux, des récits contre les autorités et des théories du complot sur la pandémie pour rationaliser et justifier la violence.

«Nous constatons également une augmentation de l’exploitation de cyber-outils pour voler des informations délicates, mener des attaques de rançongiciel et provoquer des perturbations», a ajouté le directeur du SCRS.

Le gouvernement fédéral a récemment révisé de nombreux aspects de la législation sur la sécurité nationale. Mais selon M. Vigneault, il faut en faire plus pour mettre à jour la Loi sur le SCRS et a appelé à une saine discussion publique sur la question.

«Qu’il s’agisse d’extrémisme violent, d’espionnage ou d’ingérence étrangère, aucun ministère ou organisme gouvernemental ne peut à lui seul faire face à ces menaces», a-t-il soutenu.

«Si nous voulons être efficaces pour contrer les menaces modernes, nous devons établir des partenariats stratégiques au sein et à l’extérieur du gouvernement.»

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