Le chimiste Normand Voyer explique la science moléculaire derrière le coup de foudre

MONTRÉAL — Lorsque Valérie a rencontré pour la première fois son futur copain, le déclic s’est fait de façon presque immédiate.

«Ça faisait vraiment longtemps que j’avais laissé quelqu’un me cruiser, explique-t-elle en riant. Mais avec lui, j’aimais ça, je trouvais ça le ‘fun’», raconte l’étudiante en études littéraires et culturelles.

Événement anodin ou réaction chimique? Pour Normand Voyer, chimiste et professeur titulaire de chimie à l’Université Laval, la science a un impact jusque dans nos relations intimes.

«Il y a une importance capitale de comprendre pourquoi on réagit comme ça. Ça peut nous mener à des découvertes scientifiques qui vont nous permettre de résoudre de grands problèmes de société», explique-t-il en entrevue.

Bien qu’il soit très personnel, le coup de foudre est bel et bien soutenu par la science : le corps réagit à des stimuli et le cerveau produit des substances chimiques, ce qui provoque une perte de contrôle totale du corps.

«Le coup de foudre, c’est exactement comme un coup de marteau sur le pouce, sauf que c’est plus le ‘fun’, affirme M. Voyer. (…) Quand tu te donnes un coup de marteau, ça fait mal et donc le cerveau va sécréter des endorphines, qui sont des antidouleurs naturels».

Le coup de foudre est, sensiblement, un procédé similaire : en entrant en contact avec une personne attirante, le cerveau sécrète quatre hormones principales qui entraînent une variété d’effets physiologiques.

Coup de foudre en quatre temps

«D’habitude, ça me prend du temps pour connecter avec quelqu’un, et souvent j’ai besoin d’un certain contexte de party pour faire ça. Mais là, je me sentais vraiment bien. On avait plein de références communes, et on a parlé pendant des heures», raconte Valérie.

Lorsque le regard se pose sur la personne convoitée, le cerveau produit d’abord de la phényléthylamine, aussi appelée PEA.

«C’est une substance produite dans le cerveau seulement quand on a un coup de foudre. C’est une drogue, comme une amphétamine naturelle. Elle entraîne une sensation de confort et de bien-être inégalés, et on oublie tout ce qui se passe autour de nous», décrit le chimiste, rappelant la fameuse expression «les amoureux sont seuls au monde».

C’est ensuite au tour de la dopamine, «la molécule de l’attention», d’être libérée dans l’organisme, stimulant ainsi l’humeur et l’enthousiasme.

«C’est un neurotransmetteur, donc tu deviens paquet de nerfs, précise M. Voyer. (…) Tu ris tout le temps, sans trop savoir pourquoi».

La molécule suivante est notoire : l’adrénaline. Connue comme étant la «molécule de l’urgence», elle fait augmenter la température corporelle et le rythme cardiaque.

«Tu sens ton cœur qui bat la chamade. (…) Ça fait aussi augmenter la pression sanguine, et donc la pression artérielle, ce qui fait qu’on devient rouge comme une tomate», indique-t-il.

Ce sentiment, Valérie l’a connu : en discutant de sa rencontre avec ses proches, elle se souvient avoir eu les mains moites et le cœur affolé.

«Je n’ai jamais ressenti ça avant, que ce soit aussi simple et fluide. Ç’a été un coup de foudre psychologique, mais aussi physique ; je le trouvais vraiment beau», insiste la jeune femme.

Deux jours après s’être rencontrés, Valérie doit quitter la ville où elle visitait son amie. Juste avant le départ, son nouveau compagnon lui offre alors de rester un peu plus longtemps.

«Il m’a dit : « ça me ferait plaisir que tu restes ». Normalement, je n’aurais jamais fait ça, rester dans une ville que je ne connais pas avec un gars que je connais à peine. Mais là, j’ai juste dit OK!», raconte-t-elle.

Cette spontanéité pourrait provenir de la norépinéphrine, un euphorisant qui nous fait faire «les pires niaiseries», selon le professeur, comme partir sur un coup de tête ou marcher toute la nuit avec sa nouvelle conquête.

L’amour n’est pas éternel

Un coup de foudre peut arriver à n’importe qui, peu importe l’âge ou les circonstances. On ne peut simplement pas l’empêcher, indique Normand Voyer.

«Aussi beau et extraordinaire que ça puisse être, malheureusement, le coup de foudre a deux gros problèmes», ajoute-t-il. D’abord, ce phénomène n’est pas nécessairement réciproque, ce qui peut s’avérer décevant. Mais surtout, il ne perdure pas.

«À partir de 18 mois, le cerveau s’habitue, et on a de moins en moins d’effets. Après 4 ans, toutes les études montrent qu’il n’y a plus du tout de molécules du coup de foudre quand tu vois la personne».

Heureusement, la chimie vient à la rescousse des romantiques. Après le coup de foudre, une nouvelle molécule prend la relève et transforme l’amour passionné en amour durable : c’est l’ocytocine, «l’hormone de l’attachement».

«Aujourd’hui, ça fait environ deux ans qu’on est ensemble, et je pense que ça va rester. (…) On a maintenant une maison et un chien ensemble, et tout est ridiculement facile», souligne Valérie.

À petite dose, l’ocytocine est d’ailleurs un puissant relaxant musculaire, qui peut procurer un sentiment de confort et de bien-être en présence de l’être cher.

«C’est l’hormone qui crée un lien d’attachement profond entre deux personnes, notamment entre un parent et son bébé», précise M. Voyer. 

Toutes les histoires de coup de foudre ne sont pas aussi parfaites, mais elles existent : l’enquête «Singles in America» menée en 2017 auprès de 5500 célibataires révélait qu’une personne sur 3 avait déjà eu un coup de foudre au cours de sa vie.

«L’amour, c’est un sujet universel. Tu ne peux pas empêcher un coup de foudre : c’est moléculaire. On a des coups de foudre à répétition dans notre vie, dans n’importe quelles circonstances. C’est chimique», résume le professeur de chimie.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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