Le CHU Ste-Justine procède à sa 1000e greffe de moelle osseuse

MONTRÉAL — Si tout se déroule comme prévu, Jessica sera libérée d’ici quelques heures des douleurs et des pneumonies qui lui empoisonnent l’existence depuis plusieurs années.

L’adolescente de 12 ans recevra jeudi la 1000e greffe de moelle osseuse de l’histoire du CHU Sainte-Justine, dans l’espoir de guérir l’anémie falciforme qui menace sa santé.

«Elle peut avoir des douleurs, des crises de douleur. Ce sont vraiment des douleurs fortes qui peuvent surgir n’importe quand, sur n’importe quelle partie du corps», a expliqué la maman de Jessica, Mme Nkanku Bitala.

L’anémie falciforme est caractérisée par des globules rouges (ceux qui transportent l’oxygène dans le sang) anormaux. La seule manière de guérir le patient une fois pour toutes est de détruire sa moelle osseuse, puis de lui transfuser les cellules souches d’un donneur compatible.

Dans le cas de Jessica, ce donneur est son petit frère de huit ans.

«Les cellules (de son frère) vont se promener dans son sang, elles vont aller se promener dans sa moelle, et elles vont voir que sa moelle est vide, donc les cellules souches vont s’installer là parce qu’il y a de la place et elles sont bien, a résumé l’infirmière Johanne Richer, la coordonnatrice du programme de thérapie cellulaire de l’hôpital pédiatrique montréalais. Elles vont commencer à produire des cellules du sang normales et environ deux ou trois semaines après, on va commencer à voir apparaître dans le sang de Jessica des globules blancs, des plaquettes (et) des globules rouges.»

Ce sera alors le moment décisif: ou bien les globules rouges seront ceux de son donneur, ce qui voudra dire que la transplantation a réussi, ou bien ils seront ceux de Jessica, ce qui démontrera qu’il y a eu un problème.

Mais puisque le donneur de Jessica lui est apparenté, les chances de succès sont plutôt bonnes, assure Mme Richer.

«Il y a un risque théorique de non prise, de rejet du greffon qu’on lui transfuse, a-t-elle dit. En apparenté, le risque est un petit peu moindre, mais ce n’est pas zéro, même si c’est quelque chose qu’on voit beaucoup moins souvent.»

Une maladie sournoise

L’anémie falciforme est une maladie très «sournoise», prévient Mme Richer: certains enfants ne sont pas malades du tout, d’autres ont des problèmes de santé à répétition, et de crise en crise, les dommages causés à l’organisme s’accumulent et peuvent finir par être permanents.

La nouvelle moelle osseuse de Jessica l’armera aussi d’un nouveau système immunitaire, qui sera dans les faits celui de son petit frère. Ce système percevra tout d’abord le nouvel organisme dans lequel il existe comme un ennemi à attaquer et à détruire. La jeune fille devra donc prendre, pendant plusieurs mois, des médicaments pour calmer ces attaques, le temps que tout rentre dans l’ordre.

«Si tout se passe bien, dans environ un an et demi, elle n’aura plus besoin de prendre des médicaments par la bouche, a expliqué Mme Richer. L’avantage de la greffe (…) c’est qu’on transfère un nouveau système immunitaire dans le corps du receveur, et à la longue, tranquillement, on est capables d’éliminer les immunosuppresseurs. Le système immunitaire de son petit frère va s’adapter à son corps, ce qui va faire qu’un jour il va reconnaître le corps de Jessica comme étant le sien et elle n’aura plus besoin de prendre de médicaments pour le calmer.»

C’est donc un long cheminement qui attend Jessica. En attendant, sa maman fonde de grands espoirs que l’intervention de jeudi lui permettra éventuellement de mener une vie normale.

«Ça va changer beaucoup de choses, a-t-elle dit. Elle n’aura plus de pneumonies à répétition. L’anémie falciforme peut détruire les organes. L’enfant peut être normal, mais le fait qu’elle ait cette maladie, en vieillissant, à l’âge adulte on peut découvrir que ça détruit les reins, que ça détruit le coeur, donc c’est une maladie qui détruit les organes peu à peu. Donc je me dis que si elle est guérie de ça, elle pourra vivre longtemps et ne pas se soucier d’avoir d’autres problèmes de santé après.»

Le CHU Sainte-Justine a procédé à sa première greffe de moelle osseuse en 1993.

Les plus populaires