Le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue veut améliorer ses services en anglais

AMOS, Qc — Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue consulte actuellement la population pour tenter d’améliorer la desserte de ses services en anglais, un enjeu important, notamment, pour les communautés cries de la région.

Si la démarche avait été entreprise il y a un certain temps, la Commission Viens, sur les relations entre les autochtones et certains services publics, avait mis en lumière, en 2019, certains problèmes dans la dispensation de services en anglais dans les hôpitaux de la région.

Selon les chiffres du recensement 2016 fournis par le CISSS, l’Abitibi-Témiscamingue comptait 4455 personnes d’expression anglaise sur son territoire, dont un peu moins de 2000 qui ne parlent que l’anglais. La région ne compte donc que 3,4% d’anglophones, contre près de 12% en moyenne ailleurs au Québec.

L’enjeu se trouve surtout du côté des populations cries, pour qui l’Abitibi-Témiscamingue est un carrefour important en matière de santé et de services sociaux. «C’est un défi pour nous, puisque nous sommes dans une région très francophone, indique Sarah Charbonneau, agente de planification à la Direction régionale de la Santé publique. Plusieurs de nos patients cris ne sont pas des résidants de l’Abitibi-Témiscamingue, mais il nous faut les soigner quand même.»

Sécurité culturelle

La barrière de la langue est double, selon le Dr. Darlene Kitty, la seule médecin d’origine crie au Québec, qui est basée à Chisasibi. «Plusieurs de nos membres parlent anglais et cri, dit-elle. Mais certains aînés ne parlent que le cri, ce qui peut créer des problèmes de communication avec les professionnels. Ces personnes sont souvent accompagnées d’un interprète, mais ça pose problème si les professionnels ne maîtrisent pas l’anglais.»

Le problème devient plus aigu quand il est question de services sociaux, notamment en santé mentale. «Plusieurs professionnels dans la région maîtrisent l’anglais, mais il faut penser à tous les niveaux de l’organisation, de l’accueil aux services spécialisés, indique Sarah Charbonneau. Nous cherchons, par notre consultation, à identifier les secteurs où il y a place à l’amélioration.»

Le Dr Kitty estime important que les Cris qui se font soigner à Val-d’Or et à Amos puissent être servis en anglais. «L’interaction avec le personnel est importante, souligne-t-elle, parce que non seulement la personne doit comprendre ce qui se passe, mais elle doit aussi pouvoir poser des questions.»

Darlene Kitty estime aussi que les professionnels de l’Abitibi-Témiscamingue devraient être plus sensibilisés aux réalités culturelles des Cris dans la dispensation des services. «Si j’avais des recommandations à faire au CISSS-AT, ce serait pour les professionnels d’en apprendre un peu plus long sur les Cris. Il y a non seulement l’aspect des traditions, mais plusieurs membres ont vécu les pensionnats, ce qui a eu un impact sur leur santé. Dans ce contexte, il est important que la relation professionnel/patient se fasse d’égal à égal.»

Des démarches parallèles

Si les Cris sont importants dans la démarche actuelle, le CISSS-AT veut tout de même faire des relations avec les patients autochtones un enjeu distinct. «Nous avons trois critères importants, soient l’accessibilité, la qualité et la continuité des soins, précise Sarah Charbonneau. Notre démarche suit un processus établi, et nous travaillons en parallèle avec nos partenaires autochtones pour tenter de régler les enjeux culturels dans nos pratiques.»

La consultation en ligne se terminera le 28 août prochain. Par la suite, les chercheurs du CISSS-AT feront certaines entrevues plus poussées selon les réponses reçues.

De son côté, le Dr Kitty entend bien passer le mot dans les communautés cries, pour que leurs membres puissent répondre eux aussi aux questionnaires. «Le Conseil de santé de la Nation Crie est prêt à collaborer pour l’amélioration des services, estime-t-elle. Plusieurs de nos patients transitent par Val-d’Or et Amos, nous voulons qu’ils comprennent ce qui se passe, pour que nous aussi on puisse les aider à faire le suivi.»

Texte de l’Initiative de journalisme local

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