Le Comité des victimes de prêtres est sceptique face à la démarche de l’Archevêché

MONTRÉAL — Le Comité des victimes de prêtres n’est pas prêt à accorder l’absolution à l’Archevêché de Montréal pour sa démarche d’enquête annoncée lundi.

«C’est une tentative pour eux de se refaire une virginité en disant qu’ils vont au fond des choses», a déclaré le directeur des communications du Comité, Carlo Tarini, en entrevue avec La Presse Canadienne.

Celui-ci reste extrêmement sceptique non seulement face à la démarche elle-même, mais aussi face à celui qui doit la mener, le juge à la retraite André Denis.

L’Archevêché a accordé un double mandat au juge Denis, soit d’enquêter sur «tout possible indice d’abus sexuel sur des mineurs ou des personnes vulnérables» qui aurait été perpétré par du personnel en poste ou retraité des diocèses de Montréal, de Joliette, Saint-Jean-Longueuil, Saint-Jérôme et Valleyfield. Il devra ensuite préparer un audit statistique des abus sexuels de toute personne vivante ou décédée ayant oeuvré au sein des cinq diocèses entre 1940 et 2020.

M. Tarini s’est d’abord dit étonné que le juge Denis ait été nommé «en catimini» et soit à l’oeuvre depuis décembre dernier sans que la chose ait été rendue publique avant le 15 février.

Mais surtout, il s’interroge sur le choix du magistrat, le juge Denis étant celui qui avait rejeté une demande de recours collectif des orphelins de Duplessis visant sept communautés religieuses en 1995. Le juge avait alors estimé qu’il ne pouvait donner suite à la demande pour deux raisons, soit: que les demandeurs n’avaient pas une cause similaire et; que les délais de prescription – qui s’appliquent en droit civil, contrairement au droit criminel – étaient dépassés.

«Si au moins, ils avaient consulté avant pour trouver quelqu’un qui n’a pas déjà jugé une affaire semblable en faveur de l’Église, ce serait déjà beaucoup mieux», a laissé tomber M. Tarini.

Selon lui, la décision de l’Église d’enquêter sur elle-même est suspecte à sa face même.

«Il y a des choses malodorantes dans le comportement de ces gens-là depuis des années et on ose espérer que ça va changer un jour et qu’il va y avoir véritablement une enquête. C’est une véritable enquête publique comme en Australie, comme en Irlande qui sont d’autres épicentres d’agressions sexuelles multiples par des membres de l’Église catholique, qui serait nécessaire.»

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