Le Congrès demande des comptes à Facebook et Twitter

WASHINGTON — Les patrons de Facebook et Twitter se présenteront devant le Congrès des États-Unis mardi pour défendre leur gestion de la désinformation lors de l’élection présidentielle de 2020.

Ils répondront aux questions de parlementaires qui demeurent profondément divisés quant à l’intégrité du scrutin et ses résultats.

Des sénateurs républicains de premier plan refusent de réfuter les allégations non fondées de fraude électorale lancées par le président Donald Trump, pendant que la désinformation contestant la victoire de Joe Biden prolifère en ligne.

Le sénateur Lindsey Graham, un proche de M. Trump qui dirige le comité judiciaire sénatorial devant lequel témoigneront les PDG, a publiquement incité le président à ne pas abandonner et à se battre.

Mark Zuckerberg de Facebook et Jack Dorsey de Twitter avaient promis aux législateurs, le mois dernier, qu’ils défendraient farouchement leurs plateformes pour empêcher qu’elles ne soient manipulées par des gouvernements étrangers ou utilisées pour inciter à la violence en marge du vote — et ils ont mis en place des mesures qui ont suscité la colère de M. Trump et de ses partisans.

Twitter et Facebook ont ajouté des étiquettes de désinformation à certains contenus de M. Trump, surtout quand il évoquait une éventuelle fraude du vote par correspondance. Lundi, Twitter a ainsi étiqueté le gazouillis «J’ai gagné l’Élection!» du président, indiquant que des «sources officielles concluent à une issue différente de cette élection».

Facebook est aussi intervenu deux jours après le vote pour interdire un groupe important baptisé «Stop the Steal» que des partisans de M. Trump utilisaient pour organiser des manifestations contre le dépouillement. Le groupe de 350 000 membres faisait écho aux allégations non fondées de fraude électorale du président.

Des groupes similaires ont toutefois continué à proliférer, dont un qui comptait près de 12 000 membres la semaine dernière. Facebook semblait les avoir rendus plus difficiles, mais pas impossibles, à trouver lundi.

Facebook n’a pas immédiatement répondu à une demande d’information concernant ce qu’il fait pour combattre de tels groupes.

Méfiants de voir ces compagnies utiliser leur pouvoir pour filtrer le discours et les idées, M. Trump et les républicains accusent les géants des réseaux sociaux d’un biais contre les conservateurs. Les démocrates les attaquent aussi, mais pour des raisons différentes.

Conséquemment, les deux partis sont intéressés à abolir certaines des protections qui mettent les entreprises technologiques à l’abri des répercussions pour ce que les internautes diffusent sur leurs plateformes. M. Biden appuie fortement cette initiative.

Mais mardi, il sera probablement surtout question de ce que les compagnies ont fait au moment des élections.

La majorité républicaine du comité judiciaire sénatorial a monté le ton face à MM. Zuckerberg et Dorsey, le mois dernier, pour les contraindre à témoigner mardi. Les membres républicains du comité commercial sénatorial ont attaqué les deux hommes et le grand patron de Google, Sundar Pichai, pour avoir — selon eux — fait taire les idées conservatrices tout en laissant le champ libre à des acteurs politiques comme l’Iran et la Chine.

Malgré les craintes qui ont précédé le vote du 3 novembre, et même si les réseaux sociaux s’étaient préparés au pire, l’élection a été la plus sécuritaire de l’histoire des États-Unis, ont indiqué des responsables des deux partis — contredisant les allégations non fondées de fraude de M. Trump.

Facebook assure avoir tiré des leçons de 2016 et ne plus être une courroie de transmission pour la désinformation, l’interférence électorale ou la suppression du droit de vote. Facebook a annoncé cet automne avoir démantelé un petit réseau de comptes et de pages associé à l’Internet Research Agency de Russie, l’«usine de trolls» qui a utilisé les réseaux sociaux pour semer la discorde politique aux États-Unis depuis le scrutin de 2016. Twitter a suspendu cinq comptes associés.

Mais des observateurs extérieurs, et des employés de Facebook, croient que les efforts de la compagnie pour resserrer la sécurité sont insuffisants, en dépit des milliards dépensés.

«Facebook agit seulement quand il pense que sa réputation ou ses revenus sont menacés», a dit Imran Ahmed, le patron du Center for Countering Digital Hate. L’organisation avait demandé à Facebook de fermer le groupe «Stop the Steal». 

Rien ne permet de conclure que les géants des réseaux sociaux s’opposent au discours conservateur, ou qu’ils favorisent un camp politique plutôt qu’un autre. Mais leurs politiques sont attaquées aussi bien par les démocrates que les républicains.

Les démocrates ont concentré leurs attaques principalement sur le discours haineux, la désinformation et d’autres contenus qui peuvent inciter à la violence, empêcher les gens de voter ou propager des faussetés au sujet du coronavirus. Ils leur reprochent de ne pas faire assez pour combattre la montée du nationalisme blanc aux États-Unis.

«Si vous pensiez que la désinformation était problématique pendant notre élection, attendez de voir comment elle est en train de déchiqueter le tissu même de notre démocratie dans les jours qui suivent», a lancé sur Twitter un porte-parole de M. Biden, Bill Russo.

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