Le Conseil de sécurité aura besoin du Canada en «post-pandémie», estime Trudeau

OTTAWA — Justin Trudeau a défendu mardi la candidature du Canada pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies en liant la reconstruction du monde après la COVID-19 aux séquelles de la Seconde Guerre mondiale.

Le premier ministre établit un lien direct entre cette pandémie de COVID-19 et les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le Canada a joué un rôle dans la fondation de l’Organisation des Nations unies et d’autres organisations multilatérales comme l’OTAN, ainsi que dans les accords de Bretton Woods sur le système financier international.

Le Canada est en compétition avec la Norvège et l’Irlande pour un siège non permanent, de deux ans, au Conseil de sécurité, à compter de l’année prochaine. L’Assemblée générale des Nations unies doit voter en juin lors d’un scrutin secret.

M. Trudeau estime que comme c’était le cas dans les années 1940, le Canada a un rôle à jouer pour créer un monde meilleur et plus juste. Or, après la pandémie, le Canada pourrait notamment le faire en se taillant une place au sein de l’organe le plus puissant des Nations unies, a-t-il dit. 

Un appel virulent contre cette candidature

Il a établi ce parallèle avec l’Histoire pour réfuter les critiques d’un groupe de personnalités et d’intellectuels qui ont publié une lettre ouverte dans laquelle les signataires estiment que le Canada n’est pas digne d’un siège au Conseil de sécurité en raison de ses positions dans une variété de dossiers comme le changement climatique, la Palestine, Haïti et le Venezuela.

La lettre a été signée par quelque 125 personnalités et intellectuels, notamment Alain Deneault, Amir Khadir, Roméo Saganash, David Suzuki, Noam Chomsky, Ellen Gabriel ou Roger Waters. La lettre a aussi été signée par plusieurs organismes, dont Voix juives indépendantes, le Mouvement québécois pour la paix, Solidarité Québec-Haïti et le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN.

«Malgré sa réputation pacifique, le Canada n’agit pas comme un acteur international bienveillant», lit-on d’entrée de jeu dans la lettre. Les signataires qualifient le Canada d’exportateur d’armes de premier plan, lui reprochent de ne pas soutenir un traité visant à abolir les armes nucléaires, de se ranger du côté d’Israël et de soutenir les sociétés minières canadiennes «responsables d’innombrables atteintes à l’environnement et aux droits de la personne dans le monde».

«Faisant écho à la politique étrangère de Trump, le Canada a soutenu les forces réactionnaires des Amériques, écrit-on aussi. Le gouvernement Trudeau entreprend des efforts pour renverser le gouvernement du Venezuela, qui est reconnu par l’ONU, et soutient des gouvernements répressifs, corrompus et illégitimes en Haïti et au Honduras.»

Sur le Venezuela, M. Trudeau a répliqué que «le dictateur Maduro est illégitime» et que le Canada a joué un rôle de premier plan au sein du Groupe de Lima, qui a appelé à son éviction.

Une vanité ?

M. Trudeau a largement expliqué, mardi matin, pourquoi il croyait que le Canada était digne d’un siège non permanent de deux ans au conseil à partir de l’année prochaine — une candidature qui a été qualifiée dans certains cercles de perte de temps ou d’ambition vaniteuse de jouer un rôle sur la scène internationale.

«Dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, nous avons créé une gamme d’institutions multilatérales et multinationales comme le FMI, la Banque mondiale (…) qui ont aidé le monde au cours des décennies suivantes à développer une formidable prospérité et des opportunités pour les populations du monde entier», a soutenu le premier ministre.

Quelque 75 ans plus tard, la crise actuelle est selon lui comparable à la Seconde Guerre mondiale. «Je pense qu’il doit y avoir de véritables réflexions sur la façon que le monde va de l’avant, sur la façon dont nous mettons à jour et ajustons nos diverses institutions multilatérales pour mieux répondre au monde dont nous faisons partie, en ce moment, dans une ère post-COVID.»

Or, le Canada est bien placé parce qu’il gère bien son économie pendant la pandémie tout en restant fidèle à ses valeurs et principes, a-t-il dit. La voix du Canada était nécessaire dans les années 1940 et elle le sera à l’avenir «alors que nous créons un monde meilleur, plus prospère et plus juste pour tous».

Le Canada a perdu sa première campagne pour obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité en 1946, mais il a réussi les six fois suivantes — il a en fait siégé au sein de cet organe une fois par décennie jusqu’en 1999-2000. Mais il a perdu la campagne en 2010: il a en fait retiré sa candidature pour le deuxième tour, lorsque le Portugal, petit pays alors ravagé par la Grande Récession, obtenait plus de soutien que le Canada.

En juin prochain, le Canada affrontera la Norvège et l’Irlande pour l’un des deux sièges disponibles au conseil. Or ces deux pays sont considérés comme des opposants bien plus puissants que le Portugal il y a dix ans.