Le contrôle du Sénat semble échapper aux démocrates

Les électeurs ont semblé ne pas vouloir tout chambouler. Explications.

WASHINGTON — Les espoirs des démocrates de reprendre le contrôle du Sénat fondaient à vue d’oeil mercredi matin, au lendemain d’une soirée électorale décevante qui a vu les républicains défaire plusieurs de leurs rivaux pour préserver leur mince majorité.

Plusieurs courses n’étaient pas encore terminées, et au moins une d’entre elles fera l’objet d’un deuxième tour en janvier.

Les démocrates croyaient pourtant avoir mis en place une stratégie qui leur permettrait d’ébranler le contrôle républicain du Sénat. Des milliers d’Américains ordinaires avaient d’ailleurs mis la main dans leurs poches pour appuyer des candidats dont les chances de succès pouvaient paraître minces.

La décision de l’électorat contraindra maintenant le Parti démocrate à réviser sa stratégie, son message et son approche à l’ère de Donald Trump.

Les démocrates ont remporté des victoires au Colorado et en Arizona, mais ils ont été battus dans l’Alabama. Les républicains ont par ailleurs défendu avec succès les sièges qu’ils détenaient dans le Maine, en Caroline du Sud, dans l’Iowa, au Texas, au Kansas et au Montana, amenuisant rapidement le nombre de juridictions où les démocrates espéraient réaliser des gains.

«Vous avez gaspillé beaucoup d’argent, a ironisé le sénateur Lindsey Graham, un républicain de la Caroline du Sud et un proche de M. Trump, après avoir défait le démocrate Jamie Harrison, qui avait stupéfait les observateurs en récoltant plus de 100 millions $ US. C’est le pire retour sur l’investissement de l’histoire de la politique américaine.»

Les électeurs étaient principalement préoccupés par la pandémie de coronavirus et par l’économie, selon un sondage réalisé par l’Associated Press.

«Le moment est venu pour une approche différente», a lancé dans une vidéo sur Facebook John Hickenlooper, l’ancien gouverneur démocrate du Colorado qui a détrôné le républicain Cory Gardner.

Les électeurs ont pourtant semblé ne pas vouloir tout chambouler.

L’obtention d’une majorité au Sénat sera cruciale au prochain président. Les sénateurs confirment les candidats de l’administration, dont les membres du cabinet, et peuvent accélérer (ou paralyser) l’agenda de la Maison-Blanche. Les républicains y détiennent actuellement une majorité de 53 contre 47, ce qui veut dire qu’une poignée de sièges pourraient tout changer.

Les démocrates sont montés au front de la Nouvelle-Angleterre jusqu’au Sud profond des États-Unis, du Midwest jusqu’aux Rocheuses, tentant de prendre des bastions républicains — mais aux premières lueurs du jour mercredi, rien n’avait vraiment changé.

En plus du Colorado, ils ont engrangé un gain dans l’Arizona, où l’ancien astronaute Mark Kelly a chassé la sénatrice républicaine sortante Martha McSally. Mais en Alabama, l’ancien entraîneur de football Tommy Tuberville a battu le sénateur Doug Jones.

Certaines des courses les plus chaudement disputées ont tourné à l’avantage des républicains: en Caroline du Sud, le sénateur Graham a survécu à la pire guerre électorale de sa carrière pour battre M. Harrison; au Texas, le sénateur John Cornyn a défait l’ancien pilote militaire MJ Hegar; dans l’Iowa, la sénatrice Joni Ernst a devancé la démocrate Theresa Greenfield dans une course qui aurait pu pencher d’un côté comme de l’autre; au Montana, le sénateur Steve Daines a lessivé le gouverneur Steve Bullock; Susan Collins a gagné dans le Maine; et au Kansas, le représentant Roger Marshall a battu la sénatrice Barbara Bollier, une ancienne républicaine qui avait énergisé les démocrates dans un État qui n’a pas envoyé de démocrate au Sénat depuis 1932.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, le sénateur Mitch McConnell du Kentucky, a battu la candidate démocrate, l’ancienne pilote de chasse Amy McGrath.

«Nous ne savons pas quel parti contrôlera le Sénat, a dit M. McConnell depuis Louisville. Mais certaines choses sont assurées. Des défis énormes nous attendent, des défis qui se fichent de nos divisions politiques. Nous savons que notre prochain président devra unifier le pays, alors que nous continuons à amener des idées et des engagements différents à la table.»

Les démocrates avaient tenté de rallier les électeurs en promettant de protéger leur accès aux soins de santé et en mettant sur pied une stratégie pour combattre le coronavirus. Les républicains avaient mis de l’avant leur alliance avec M. Trump et leur nomination de trois juges conservateurs à la Cour suprême.

Laisser un commentaire