Le coronavirus a accéléré le recours à la télémédecine au Canada

TORONTO — L’irruption soudaine de la COVID-19 a fait passer la télémédecine d’un concept un peu futuriste à une réalité souvent très efficace, et de nombreux médecins espèrent que ce changement, opéré dans l’extrême urgence, survivra à la pandémie.

Plusieurs patients ont aussi apprécié la réduction des risques de transmission de maladies infectieuses dans les salles d’attente ou à l’hôpital, la facilité d’accès à un médecin en régions éloignées et la possibilité d’obtenir plus rapidement une consultation souvent urgente. La téléconsultation peut aussi être d’une utilité certaine pour des questions plus simples comme un renouvellement d’ordonnance ou une inquiétude liée à des effets secondaires.

Les défenseurs des droits des patients soulignent toutefois les problèmes d’accessibilité qui guettent les aînés, les personnes handicapées et d’autres communautés marginalisées. La docteure Samantha Hill, présidente de l’Association médicale de l’Ontario, admet qu’il faudra «travailler sur le système» pour ne pas créer une médecine à deux vitesses. Mais elle ne croit pas que l’on reviendra en arrière, maintenant que la transition est bien engagée.

La docteure Hill rappelle que les médecins ontariens faisaient pression depuis des années pour un accès plus large à la télémédecine, mais cette pratique se heurtait souvent à la résistance de l’appareil gouvernemental. Le système de santé était par ailleurs mal équipé pour permettre aux patients d’accéder à des soins en ligne ou par téléphone, a-t-elle rappelé. Et le programme d’assurance maladie de l’Ontario ne permettait même pas aux médecins d’être rémunérés pour la plupart des consultations virtuelles.

Tout cela a subitement changé en mars, lorsque tous les soins de santé, sauf les soins essentiels, ont été suspendus. Les médecins et les patients se sont alors mis à la téléconsultation. La docteure Hill souligne que le gouvernement ontarien a été obligé alors de se démener pour mettre en oeuvre des codes de facturation temporaires afin de garantir que les médecins puissent être rémunérés pour le temps consacré aux consultations virtuelles.

Toujours des visites en personne

Selon les données du ministère de la Santé de l’Ontario, 52 % de toutes les consultations médicales avaient lieu par téléphone ou vidéo lorsque les nouveaux codes ont été introduits. Trois mois plus tard, en juin, 65 % des consultations médicales avaient lieu de nouveau en personne. La porte-parole du ministère, Alexandra Hilkene, a déclaré que le gouvernement ontarien «continuerait d’élargir l’accès aux options de soins numériques et virtuels pour améliorer l’expérience et la commodité des patients». Les détails seront révélés à l’automne, a-t-elle dit.

La docteure Hill, une chirurgienne cardiaque, rappelle que les médecins utilisent leur jugement pour décider de la meilleure façon de traiter leurs patients. Les médecins sont conscients que les visites en personne sont essentielles pour diagnostiquer certaines conditions ou évaluer le bien-être de certains patients. Les patients à risque, a-t-elle dit, comprennent les personnes aux prises avec la violence domestique ou celles souffrant de divers handicaps intellectuels ou liés à la communication.

L’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario rappelle aussi que les médecins doivent être conscients des populations marginalisées et de celles qui n’ont pas accès à la technologie.

Le docteur Daniel Raza, omnipraticien de Toronto et président du conseil de Médecins canadiens pour le régime public, déplore quant à lui que certains professionnels facturent à des patients des soins à distance alors que ces services sont désormais couverts par l’assurance maladie.

Susan Hagar, infirmière d’Ottawa et militante pour les droits des patients, rappelle aussi que lors d’une consultation au téléphone, les médecins se privent du langage corporel ou d’autres signaux physiques. Sans compter les obstacles pour ceux qui ont du mal à utiliser des outils virtuels ou pour les médecins qui essaient de faire face aux frais liés à l’offre de telles options en toute sécurité.

«La télémédecine devra s’améliorer afin d’offrir la qualité dont les gens ont besoin pour que cela soit une bonne option», estime Mme Hagar.

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