Le coronavirus déjoue certaines intentions du gouvernement fédéral

OTTAWA — À l’aube de la nouvelle année, les engagements du gouvernement dans le discours du Trône, dévoilés quelques semaines plus tôt, faisaient la une des journaux et galvanisaient les législateurs fédéraux.

Puis, la plus importante crise sanitaire de l’histoire moderne est arrivée.

Les mesures du gouvernement Trudeau sur le contrôle des armes à feu, les lois encadrant l’aide à mourir et les efforts pour renouer les liens avec les communautés autochtones ont été relégués aux oubliettes, du moins jusqu’à présent, afin de lutter sans relâche contre la pandémie de COVID-19.

Même le budget fédéral, un incontournable du calendrier parlementaire hivernal, a été remis pour une période indéterminée au moment où le virus monopolise le temps et les ressources du gouvernement.

Le mandat minoritaire obtenu par le Parti libéral du Canada lors des élections de l’automne dernier est un point de départ, et non une finalité, a déclaré le gouvernement libéral réélu lors de son discours du Trône en décembre, lu par la gouverneure générale Julie Payette.

«Le gouvernement écoute les nouvelles idées de tous les députés, intervenants, fonctionnaires et Canadiens. Des idées comme les soins dentaires universels sont intéressantes, et j’encourage nos politiciens à les étudier», a déclaré Mme Payette.

Cependant, il semble que toute idée novatrice qui aimerait faire son chemin devra maintenant faire la queue.

Les libéraux ont fait campagne sur leur volonté d’interdire les fusils d’assaut de style militaire, comme le populaire AR-15, en répétant que des armes conçues pour commettre des tueries de masse n’ont pas leur place au Canada. Ils ont ajouté que les propriétaires de ces armes, qui ont été achetées légalement au pays mais qui deviendraient interdites, se feraient offrir un prix qui reflète sa valeur réelle sur le marché grâce à un programme de rachat.

Le gouvernement prévoit également céder aux provinces et aux villes les pouvoirs nécessaires pour gérer l’entreposage et l’utilisation des armes à feu en vertu de leur propre législation, puisque les besoins et les préoccupations varient d’un endroit à l’autre au pays. 

‘PolySeSouvient’, un groupe qui milite pour le contrôle des armes à feu, a exhorté le ministre de la Sécurité publique Bill Blair en novembre à adopter rapidement de nouvelles mesures. Le groupe considère maintenant que cette opportunité est tombée à l’eau. 

«Nous sommes déçus que le ministre Blair n’ait pas agi rapidement alors qu’il en avait l’opportunité», a déclaré Heidi Rathjen, la coordonatrice de ‘PolySeSouvient’, qui regroupe des étudiants et des diplômés de la Polytechnique de Montréal, où 14 jeunes femmes ont été abattues en 1989.

C’est une chose de permettre la vente en ligne d’armes à feu et de munitions destinées aux chasseurs pendant la pandémie de COVID-19, a-t-elle ajouté. «Mais c’en est une autre de permettre encore la vente de fusils d’assaut de style militaire dans un contexte aussi incertain», a mentionné Mme Rathjen.

D’ailleurs, en citant de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, elle a admis que le groupe est préoccupé par la perspective qu’une «mentalité survivaliste typiquement américaine» commence à gagner du terrain au Canada.

«Les fusils d’assaut et les individus qui sont instables psychologiquement font un très mauvais ménage en pleine pandémie, a-t-elle évoqué. Vous ne voulez pas offrir des armes qui sont destinées aux tueries de masse dans un contexte d’anxiété généralisée, alors qu’il y a des craintes d’effondrement économique et de potentielle pénurie de nourriture.»

Même si le gouvernement est concentré sur la lutte contre la pandémie, il demeure déterminé à tenir ses promesses de renforcer le contrôle des armes à feu au Canada, a assuré Mary-Liz Power, une porte-parole du ministre Blair.

«Les lois régissant le contrôle des armes à feu demeurent une priorité dans le présent mandat,  a-t-elle confié. Nous annoncerons les détails du plan de notre gouvernement pour réduire la violence par arme à feu au bon moment, c’est-à-dire lorsque chaque étape sera prête à être appliquée.»

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