Le coronavirus fait mal aux tournages au Québec

MONTRÉAL — La crise du coronavirus fait très mal à l’industrie des tournages cinématographiques et télévisuels du Québec, mais elle pourrait aussi être porteuse de jours meilleurs quand les mesures de confinement seront finalement allégées, croit le patron du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec.

«Au moment où on se parle, on estime les pertes en termes de tournages étrangers aux alentours de 160 millions pour l’année en cours, a dit Pierre Moreau. Alors c’est énorme, et c’est strictement pour les tournages.»

Une nouvelle version du film «Home Alone» par Disney, le film «Moonfall» de Centropolis et la série télévisée «Blood and Treasure» de CBS Media ne sont que quelques-uns des projets qui sont touchés dans l’immédiat.

«Il n’est pas dit que ce ne sera pas reporté, ces projets-là ne sont pas nécessairement annulés pour le moment, a ajouté M. Moreau, mais quelle que soit la date de report, c’est clair que ce ne sera pas dans le prochain trimestre, soit avril-mai-juin.»

D’autres projets sont toujours sur la table. On pense notamment aux séries «Barkskins» de Fox 21, «Single All the Way» de Netflix et «I Do, Redo» de Insight Productions.

La situation est un peu moins grave du côté des effets visuels où, même si on roule actuellement au ralenti, on a pu s’organiser rapidement en télétravail pour continuer à travailler sur les projets en cours.

Le ressac pourrait toutefois venir un peu plus tard.

«Un trou de production comme on est en train d’en vivre un, et selon la durée, c’est clair que s’il n’y a pas de tournages, il n’y aura pas beaucoup d’effets visuels à faire à moyen terme, donc les nouveaux contrats qui viendraient faire en sorte que la ligne de production se poursuit ne seront pas là», a précisé M. Moreau.

Pas de reprise à court terme

Aucune reprise significative des activités ne semble probable avant quelques mois, a ajouté M. Moreau, qui table sur une relance autour du 15 juillet.

«Quand on regarde du côté des États-Unis, et je ne voudrais pas faire de mauvaise prédiction, mais ça n’a pas l’air parti pour reprendre en mai ou juin», a-t-il dit.

Le confinement pourrait toutefois éventuellement entraîner un regain de production, puisque de nombreuses séries auront été dévorées pendant ces semaines enfermées entre quatre murs.

M. Moreau s’attend à une «énorme demande de contenu».

«(Les gens) n’auront pas tout vu en trois mois, mais quand même il va y avoir une demande de production de contenu probablement accrue, déjà qu’elle était substantielle, mais on pense que la demande va être accrue à partir de ce moment-là», a-t-il prédit.

La relance, quand elle surviendra, devra être «ordonnée et diligente», prévient-il, «de manière à ce qu’on regarde bien les volumes et qu’on soit assez stratégiques pour ne pas créer un engorgement à partir du moment où tout le monde veut repartir en même temps, incluant ceux qui ont reporté».

Des trois grandes villes canadiennes qui s’accaparent la part du lion des tournages, soit Montréal, Toronto, et Vancouver, la première qui pourra redémarrer «va probablement avoir une longueur d’avance sur l’année au complet».

«Il y aura toute une série des mesures, qu’on est en train de regarder avec les syndicats, avec les fournisseurs et avec les grands plateaux pour s’assurer que quand ça repart, et bien que ça repart dans la confiance, a dit M. Moreau.

«Que les gens qui viennent tourner ici se disent, ‘Montréal, ils ont vraiment pris des mesures, c’est une ville qui a été responsabilisée très rapidement dans la crise et qui déjà met des mesures’, (…) qu’on s’assure que tout le personnel affecté à ces plateaux-là est en bonne santé et qu’il le reste.»

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