Le coronavirus paralyse les procédures du Sénat pour confirmer la nouvelle juge

WASHINGTON — Le Sénat américain est paralysé par la COVID-19, mais les républicains refusent de retarder le processus visant à confirmer la nomination de la candidate choisie par le président Donald Trump pour combler le siège vacant à la Cour suprême. Ils sont même prêts à prendre des dispositions spéciales pour que les sénateurs infectés ou en isolement préventif puissent voter, et les démocrates semblent n’avoir aucun moyen de les arrêter.

Le sénateur républicain Ron Johnson, du Wisconsin, a ainsi déclaré lundi qu’il était prêt à se rendre au Capitole «en costume lunaire» pour voter s’il était toujours positif au coronavirus le jour du vote.

L’empressement du président et des républicains à confirmer la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett au plus haut tribunal du pays avant les élections du 3 novembre est inédit dans l’histoire des États-Unis, si près d’une élection présidentielle. La cérémonie organisée par M. Trump dans la roseraie de la Maison-Blanche pour la nomination de Mme Barrett pourrait avoir été à l’origine de l’éclosion qui touche maintenant le président, plusieurs membres de sa garde rapprochée et certains de ses alliés au Sénat. Trois sénateurs républicains, dont M. Johnson, ont été déclarés positifs au virus et plusieurs autres sont en isolement préventif chez eux, privant les républicains d’une majorité fonctionnelle au Sénat.

Le sénateur Lindsey Graham, président du comité judiciaire, a affirmé lundi, après avoir parlé au téléphone avec M. Trump, que le président était «très enthousiasmé par la confirmation de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême».

Cette troisième nomination de M. Trump à la Cour suprême vise autant à faire pencher le plus haut tribunal du pays du côté conservateur pour la génération à venir qu’à donner aux républicains ce qu’ils considèrent comme leur meilleur atout pour être réélus. Le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a annoncé que la chambre haute suspendait ses travaux jusqu’au 19 octobre compte tenu de la vague d’infection dans ses rangs, mais les audiences en vue de la confirmation de la nouvelle juge se poursuivront comme prévu.

Le leader démocrate du Sénat, Chuck Schumer, a estimé lundi que les leaders républicains avaient «vraiment perdu le contact avec la réalité» s’ils envisagent réellement de faire revenir au Sénat des élus touchés par la COVID-19 pour accélérer la confirmation de la juge à la Cour suprême.

Les audiences sur la nomination de Mme Barrett devraient commencer dans une semaine. Il n’y a toujours pas de protocole de test de routine obligatoire sur place pour les législateurs et le personnel du Congrès, et certains membres du personnel préoccupés par les risques pour leur santé ont manifesté ouvertement leur inquiétude. Le comité judiciaire prévoit quatre jours d’audiences avant le vote final du Sénat le 29 octobre.

Des votes en personne

Au cours de la fin de semaine, un sénateur a suggéré que ses collègues malades puissent voter à partir de leur lit de convalescence si nécessaire. Le sénateur républicain Tom Cotton, de l’Arkansas, a affirmé sur Fox News Channel qu’il y avait déjà eu plusieurs exemples de votes cruciaux pour lesquels des sénateurs malades avaient été emmenés au Sénat.

«Lorsqu’il y a une volonté, il y a un moyen», a renchéri le sénateur Johnson à la radio KHOW-630.

Les sénateurs du comité judiciaire ont la possibilité de se rencontrer virtuellement, ce qui sera nécessaire puisque deux des républicains du comité, Mike Lee de l’Utah et Thom Tillis de la Caroline du Nord, font partie des sénateurs infectés par la COVID-19. De nombreux comités de la Chambre des représentants et du Sénat ont fonctionné de manière hybride depuis le début de la pandémie.

Le vote, cependant, sera une autre histoire. Le comité judiciaire exige techniquement la présence physique de ses membres pour la première étape du vote de confirmation de la juge Barrett, avant le vote du Sénat en entier. Mais le comité, contrôlé par les républicains, pourrait modifier ses règles pour accommoder les sénateurs en quarantaine.

Le vote de l’ensemble du Sénat constitue un autre obstacle. Les républicains disposent d’une faible majorité de 53 contre 47, ce qui signifie qu’avec trois sénateurs républicains maintenant infectés par la COVID-19 et d’autres en isolement à domicile, ils pourraient devoir compter sur le vice-président Mike Pence pour briser l’égalité des voix.

Des conseillers républicains ont suggéré que tous les sénateurs malades se réunissent pour voter à l’étage, dans les tribunes surplombant le Sénat.

Des groupes externes se mobilisent aux côtés des démocrates pour protester contre le processus inhabituel qui est sur le point de se dérouler.

Les démocrates et leurs alliés rappellent comment les républicains ont refusé en février 2016 de considérer le candidat à la Cour suprême envisagé par le président Barack Obama, affirmant que la nomination était trop rapprochée de l’élection présidentielle cette année-là.

«Ils ont gardé un siège vacant pendant neuf mois. Ils peuvent certainement attendre» cette fois-ci, a estimé Eli Zupnick, porte-parole de Fix Our Senate, une organisation qui préconise des modifications aux règles de la chambre haute, dont la fin des manoeuvres d’obstruction systématique.

M. Zupnick a rappelé que plus du tiers des sièges du Sénat seront soumis au vote des électeurs le 3 novembre.

La Chambre des représentants, où les démocrates sont majoritaires, a rapidement mis en place dès le début des procédures de vote par procuration afin que les élus ne soient pas obligés de se rendre à Washington pour travailler. Le Sénat a résisté à l’adoption de telles procédures, sauf dans les comités.

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