Le coût estimé des nouveaux navires de guerre est en hausse, signale le DPB

OTTAWA — Le directeur parlementaire du budget (DPB) affirme que les retards et l’inflation ajouteront des milliards de dollars aux coûts d’une nouvelle flotte de navires de guerre pour la Marine royale canadienne — l’approvisionnement militaire qui était déjà le plus coûteux de l’histoire du Canada.

Dans un rapport publié jeudi, le bureau d’Yves Giroux a estimé le coût de la conception et de la construction des 15 navires à 84,5 milliards $, soit une augmentation de 9 % par rapport à l’estimation publiée par le même DPB en février 2021.

Cette dernière estimation suit une tendance qui a vu le coût des navires de guerre augmenter de façon exponentielle au cours des dernières années, ouvrant la voie à de nouvelles discussions sur l’opportunité de ce projet tel qu’il est envisagé.

«Il est clair que le Canada paie beaucoup pour chacun de ces navires, et il y aurait d’autres scénarios qui coûteraient moins cher, a déclaré M. Giroux aux journalistes jeudi matin. Mais c’est une décision que le gouvernement doit prendre et que les parlementaires doivent débattre.»

Il a ajouté plus tard: «Notre mandat est de fournir une estimation des coûts, et chaque fois que nous le faisons, les coûts augmentent». 

En réponse à une demande du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires des Communes, le DPB a analysé le coût du programme des «navires de combat de surface canadiens», sur tout le cycle de vie des navires: développement, acquisition, maintien en service puis démantèlement de la flotte.

Cette nouvelle flotte de navires de combat doit remplacer non seulement les 12 frégates de classe Halifax qui servent actuellement de principale force de la Marine, mais également trois destroyers de classe Iroquois déjà mis hors service. 

Le gouvernement avait d’abord estimé le coût de cette acquisition à 26 milliards $, lorsqu’il a choisi les chantiers maritimes Irving de Halifax pour construire la flotte il y a plus de dix ans. Ce chiffre a été porté à 60 milliards $ en 2017, mais les responsables ont depuis reconnu qu’ils réévaluaient ce montant.

M. Giroux a attribué une grande partie de la plus récente augmentation des coûts à un retard d’un an dans la livraison prévue du premier navire, qui serait maintenant en 2031-2032, et à un retard de quatre ans dans la livraison du dernier. Ce dernier bâtiment ne serait pas livré avant 2048-2049.

Les pressions inflationnistes ont également été citées comme un facteur d’augmentation des coûts de la nouvelle flotte jusqu’à son retrait vers 2080: selon le DPB, cette flotte aura coûté plus de 300 milliards $ sur tout le cycle de vie des navires.

Une ponction budgétaire «importante»

Les navires de guerre sont basés sur le modèle de conception britannique appelé «type 26». Ce type de navire est également construit par la Grande-Bretagne et l’Australie, mais les responsables canadiens ont apporté de nombreux changements pour répondre aux exigences militaires et industrielles uniques du Canada.

Ces changements ont été compliqués par les tentatives de regrouper dans un seul type de navire toutes les capacités des destroyers désormais à la retraite et des frégates existantes de la Marine. Les destroyers assuraient la défense aérienne tandis que les frégates se spécialisaient dans la traque aux sous-marins.

M. Giroux a déclaré que la hausse des coûts du programme de navires de guerre représentera une «ponction importante» sur le budget de l’armée canadienne, à un moment où elle fait face à un certain nombre de pressions budgétaires, notamment l’achat prévu de nouveaux avions de chasse et d’autres équipements.

«Donc, s’il s’avère que cela continue d’augmenter et que le projet d’avion de chasse est également nettement plus cher que ce qui est disponible dans l’enveloppe de financement, il est clair que des décisions devront être prises», a-t-il déclaré.

Le rapport précédent du DPB, en février 2021, comprenait un certain nombre de scénarios pour fournir une image plus claire des options qui s’offrent au gouvernement s’il décidait de changer de cap – et combien coûterait chacune de ces options.

On évoquait par exemple l’abandon des plans visant à baser toute la flotte sur le «type 26», et la construction d’une flotte de navires plus petits et moins chers, ou encore d’avoir un mélange de navires de «type 26» et de bâtiments plus petits.

Bien que le gouvernement fédéral ait défendu à plusieurs reprises son projet de construire une flotte entière de «type 26», l’escalade des coûts a néanmoins soulevé des discussions sur cette approche. Certains ont évoqué la construction d’une flotte de navires moins chers, le recours à la sous-traitance dans des pays étrangers ou l’achat de moins de navires.

Dans une entrevue le mois dernier, le commandant de la Marine, le vice-amiral Angus Topshee, a défendu la nécessité d’acheter 15 navires, soulignant que sa force était déjà étirée à sa limite suite au retrait des trois destroyers.

Alors que le gouvernement soutient qu’il réévalue le coût du programme de navires de guerre, un haut responsable des approvisionnements soutenait cette semaine lors d’une conférence qu’il n’était pas logique d’essayer de déterminer précisément les coûts alors que le premier navire ne sera pas livré avant au moins neuf ans.

«Une fois qu’on aura commencé, qu’on aura retenu un concept et qu’on sera en route vers le premier exemplaire, on vous donnera le prix des trois premiers», a déclaré le sous-ministre adjoint de Services publics et Approvisionnement Canada, Simon Page. 

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