Le CPRVM lance un guide en ligne des symboles haineux

MONTRÉAL — Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) a dévoilé lundi son nouveau dictionnaire en ligne des symboles haineux.

Le «Petit Guide illustré de la haine au Québec» contient pour l’instant 81 entrées et regroupe autant des expressions que des symboles visuels ou des codes numériques.

La majorité appartient au lexique des suprémacistes blancs et des néonazis, comme le personnage de Pepe la grenouille ou le salut hitlérien. D’autres sont des références à saveur misogyne, comme la «pilule rouge», originellement tirée du film «La Matrice», qui a dans les dernières années été appropriée par les mouvements antiféministes. 

Le but est de «pouvoir donner un outil aux intervenants de première ligne et aux citoyens» afin de leur permettre de reconnaître les symboles qui «véhiculent la haine de façon cachée», a indiqué la directrice de l’éducation et du développement des compétences du CPRVM, Roxane Martel-Perron, lors du lancement virtuel. 

L’initiative a été saluée par Mylène St-Onge, travailleuse de rue pour l’organisme TRIP Jeunesse Beauport aussi présente au lancement.

«En ayant des informations neutres et diversifiées, ça va nous donner la possibilité de les utiliser pour faire de l’éducation populaire», ainsi que de «permettre une identification rapide» des signes de radicalisation, a-t-elle dit. 

L’univers des groupes extrémistes étant en constante évolution, la base de données sera mise à jour au fur et à mesure que de nouveaux symboles émergeront. «L’idée, c’est que ça soit quelque chose de collaboratif», selon Mme Martel-Perron, qui a ajouté que tous les usagers du site peuvent proposer de nouvelles définitions.

Effets pervers

La situation est cependant complexe, car diffuser des signes extrémistes peut avoir des effets pervers.

«Quand nous mettons quelque chose sur notre site internet, nous lui donnons vie», a expliqué Mark Pitcavage, un chercheur de l’Anti-Defamation League’s Center on Extremism qui était présent au lancement. L’organisme basé aux États-Unis tient depuis 20 ans un registre de l’iconographie liée au suprémacisme blanc et a été consulté lors du développement du «Petit Guide».

C’est pour éviter de donner de la visibilité aux symboles «qui ne dureront pas dans le temps» ou «qui ne sont pas très utilisés au Québec» que le CPRMV a décidé de trier ceux qui sont présents sur son site, a expliqué Mme Martel-Perron. Elle n’a pas exclu l’idée de créer un second dictionnaire, plus détaillé, qui serait réservé aux intervenants spécialisés.

Selon Statistique Canada, en 2019, la police a déclaré 1946 crimes haineux au Canada, dont 402 au Québec. La plupart étaient liés à l’origine ethnique (46 %), à la religion (32 %) ou à l’orientation sexuelle (14 %). 

Le CPRMV est un organisme québécois à but non lucratif dont la mission est de combattre les idéologies haineuses en sensibilisant le public et en accompagnant les personnes en voie de radicalisation et leurs proches. Il a été fondé en 2015 par la Ville de Montréal, en collaboration avec le gouvernement du Québec.

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Ce texte a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.