Le CUSM ajoute le pain bannique sur ses menus pour ses patients autochtones

MONTRÉAL — Le Centre universitaire de santé McGill offre du pain bannique à ses patients autochtones.

Julie Woodfine, une infirmière de liaison en psychiatrie, raconte que l’idée a jailli après qu’un patient cri âgé de 69 ans, George Matches, eut refusé la nourriture que lui offrait le CUSM parce que celle-ci lui rappelait le pensionnat où il avait été élevé.

«J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans le Nord. Je suis un peu familière avec l’alimentation des Premières Nations. [La bannique] est leur pain traditionnel. C’est aussi un aliment de réconfort.»

La psychiatre Marie-Josée Brouillette dit qu’elle n’avait pas réalisé que même les aliments pouvaient être aussi évocateurs pour certaines personnes.

«On se sentait mal. Je ne savais que la nourriture pouvait être aussi chargée, lance-t-elle. Je ne savais pas qu’en tentant d’alimenter un patient, cela pouvait créer une expérience leur rappelant leur traumatisme.»

Mme Woodfine dit qu’elle a consulté des interprètes autochtones avant d’approcher la direction pour lui proposer d’inclure des mets traditionnels dans le menu. Elle a ensuite contacté Maryse Fournier,  la responsable des services alimentaires, pour trouver la recette parfaite de la bannique.

«Nous avons fait appel à nos fournisseurs qui ont été très gentils. Ils ont partagé certaines de leurs recettes. Nous avons aussi contacté le centre hospitalier de la région de Thunder Bay, en Ontario, qui avait déjà ajouté la bannique à leur menu. Nous sommes le seul hôpital québécois à le faire», déclare Mme Fournier.

Les services alimentaires ont étudié 10 recettes, analysant les ingrédients, les restrictions diététiques et l’équipement nécessaire pour faire ce pain. Ils ont aussi vérifié si cet aliment pouvait être intégré dans la grande production d’une cuisine d’hôpital. 

«Nous avons organisé des panels de goût. Nous sommes chanceux d’avoir pu compter sur le concours d’interprète des Premières Nations. Certains psychiatres se sont également joints à nous. Nous avons goûté toutes les recettes et nous les avons tous aimées», narre Mme Fournier.

Plusieurs communautés autochtones ont leur propre version de la bannique. Par exemple, les Inuits l’appellent «palauga» tandis qu’elle se nomme luskinkn chez les Mi’kmaq.

Pour l’instant, la bannique est au menu deux fois par semaine. Les patients autochtones en ont la propriété.

Nakuset, la fondatrice de Résilience Montréal, un abri de jour pour les sans-abri autochtones de Montréal, dit que cette initiative est un pas dans la bonne direction.

Selon elle, plusieurs Autochtones craignent d’être victimes de discrimination et d’isolation lorsqu’ils doivent être soignés à Montréal.

«Les gens qui doivent se déplacer de loin pour être hospitalisés à Montréal peuvent devenir très anxieux et inquiets. Alors, imaginons si on peut leur offrir de la bannique. C’est vraiment réconfortant, car c’est un produit de leur culture. Cela pourrait contribuer à faire de leur hospitalisation une expérience positive.» 

M. Matches est mort en janvier. Ses quatre filles, Elizabeth, Dinah, June et Nancy Matches, ont déclaré à La Presse Canadienne qu’elles étaient honorées par la décision du CUSM d’avoir lancé cette expérience à cause de leur père.

«Nous, les filles de George Matches, aimerions remercier le CUSM pour permettre aux Autochtones hospitalisés d’avoir quelque chose leur rappelant leur foyer.» 

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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