Le débat offre à Trump une dernière chance de définir Biden

WASHINGTON — En tant que candidat présidentiel en 2016, Donald Trump s’est emparé du contrôle de la course et n’a jamais relâché son emprise. Il a magistralement défini et dénigré ses adversaires avec des sobriquets incisifs et un style qui lui permettait de dire n’importe quoi lors des débats, empêtrant ses rivaux dans les controverses dont il était l’auteur. 

Ça s’est révélé plus difficile à faire pour M. Trump en 2020. Même s’il demeure la force la plus visible et la plus viscérale dans la course à la Maison-Blanche, il peine depuis le début à définir les paramètres de sa campagne contre le démocrate Joe Biden.

Les attaques du président contre M. Biden ont été inconstantes et éparpillées, suscitant la frustration de certains républicains qui estiment qu’il a gaspillé plusieurs occasions de définir son rival. Ses tentatives de laisser derrière lui des sujets plus pénibles, comme la pandémie de coronavirus, pour s’intéresser à des dossiers qui seraient plus favorables à sa réélection, comme la loi et l’ordre et l’économie, n’ont pas su convaincre plusieurs électeurs que la crise de santé publique n’est pas importante ou qu’il l’a bien gérée.

Même la présentation par M. Trump samedi de la juge Amy Coney Barrett pour remplace Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême, et qui devait mobiliser les électeurs conservateurs, a été éclipsée dès le lendemain par un article du New York Times concernant ses finances personnelles.

Le débat de mardi soir offrira au président une de ses dernières chances de refaçonner la course et d’influencer la perception qu’ont les électeurs de son rival. Mais à seulement cinq semaines du scrutin, et alors que le vote par anticipation est déjà commencé dans certains États, et à un moment où les électeurs indécis se font rares, plusieurs républicains croient que M. Trump manque tout simplement de temps.

«Donald Trump affronte essentiellement trois adversaires pendant cette campagne: le coronavirus, Joe Biden et le calendrier», a dit le sondeur républicain Neil Newhouse.

Rares sont les leaders des deux partis qui pensent que M. Trump est fini, surtout quand on se souvient que le vent a complètement tourné en sa faveur très tard en 2016, face à Hillary Clinton.

On s’attend à voir M. Trump profiter du débat pour attaquer la fiche de M. BIden, sa personnalité et ses aptitudes mentales. Mais le message qu’il tente de faire passer n’est pas entièrement cohérent.

M. Trump présente parfois M. Biden comme un candidat de l’extrême gauche; d’autres fois, comme un modéré qui serait contrôlé par l’aile progressiste de son parti. M. Trump a fréquemment prétendu que son adversaire de 77 ans est tout simplement trop vieux pour l’emploi; mais dans un document transmis aux républicains par la campagne Trump lundi, on prévient qu’il ne faut pas prendre M. Biden à la légère lors d’un débat.

Certains partisans du président croient qu’il a suffisamment de temps et de talent politique pour rattraper M. Biden dans le dernier droit.

«Le président Trump a amplement de munitions qu’il utilise très efficacement pendant la campagne, a dit le stratège républicain Ed Brookover. Ça fera effet quand les gens découvriront qui est Joe Biden.»

Mais en privé, plusieurs républicains sont étonnés que M. Trump, qui avait si magistralement identifié et attaqué les faiblesses de ses rivaux en 2016, n’ait pas encore réussi à faire de même avec M. Biden. D’autres ont prévenu la campagne Trump, plus tôt cet été, qu’elle risquait de gaspiller l’avantage dont jouit normalement le président sortant: les mois estivaux et l’argent dont il dispose pour tester son message face à son rival avant la campagne automnale.

Dans les faits, les présidents sortants qui ont remporté un deuxième mandat ont profité du printemps et de l’été, quand leurs adversaires complètent les campagnes primaires et se préparent à l’élection générale, pour les définir aux yeux des électeurs avant qu’ils aient eu la chance de le faire eux-mêmes.

Le président George W. Bush avait profité de cette période pour cimenter l’impression que le démocrate John Kerry était un indécis. Le président Barack Obama avait lancé une campagne publicitaire présentant Mitt Romney comme un riche homme d’affaires qui ne comprenait rien aux gens ordinaires.

«L’électeur moyen a besoin d’entendre le même message huit fois avant de même s’en souvenir, voire de le croire, et la majorité des électeurs ne passent pas la majorité de leurs journées vautrés dans les nouvelles politiques, a dit Ben LaBolt, un ancien membre de la campagne et de la Maison-Blanche de Barack Obama. M. Trump a lancé plusieurs dards vers le tableau, mais aucun n’a touché la cible.»

Ce n’est pas que M. Trump n’a pas essayé.

Autant sur Twitter que lors de ses événements de campagne, le président multiplie depuis des mois les attaques contre M. Biden, s’en prenant à sa longue carrière à Washington et remettant en question les affaires de son fils Hunter en Ukraine. Avec le temps qui file, ses attaques deviennent plus fallacieuses: il a laissé entendre que M. Biden pourrait prendre de la drogue pour mieux performer pendant le débat. Aucune preuve ne vient étayer les affirmations de M. Trump, qui semble vouloir expliquer à l’avance une performance robuste de son rival. 

Mais jusqu’à présent, aucune des attaques de M. Trump n’a eu l’impact de celles lancées en 2016, notamment quand il avait commencé à traiter Mme Clinton de politicienne «malhonnête» et manipulatrice — des attaques qui ont pris un nouveau sens quand WikiLeaks a publié des documents détaillant les rouages internes de la campagne Clinton et que l’ancien directeur du FBI, James Comey, a ravivé les questions concernant un serveur privé qu’elle avait utilisé quand elle était secrétaire d’État.

«Il a réussi à faire porter la course de 2016 sur Hillary Clinton plutôt que sur lui-même, a dit M. Newhouse. Cette fois, ça n’a pas été aussi facile.»

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