Le débat sur le projet de loi de Mauril Bélanger reprend en sa présence

OTTAWA – Les conservateurs ont finalement mis un peu d’eau dans leur vin, vendredi, après avoir refusé la veille d’appuyer une motion qui aurait pu éviter au député Mauril Bélanger, gravement malade, de se présenter en Chambre.

Les élus de la formation ont accepté de passer au débat en troisième lecture du projet de loi visant à modifier les paroles du «Ô Canada» pour éliminer toute distinction de genre. Certains d’entre eux n’ont malgré tout pu s’empêcher d’évacuer la partisanerie de leurs discours.

À un certain moment, pendant les allocutions, le whip du gouvernement, Andrew Leslie, a circulé dans les rangées de sièges, semblant inviter ses troupes à conserver leur calme. À l’issue du débat, il s’est d’ailleurs lui-même gardé de critiquer l’opposition officielle.

Pour sa part, le député néo-démocrate David Christopherson ne s’est pas privé de servir une volée de bois vert aux conservateurs, se disant «extrêmement déçu» de leur manque de «respect, de civilité et d’humanité» dans cette histoire.

Le Parti conservateur a refusé jeudi de consentir à une motion visant à substituer le nom de Mauril Bélanger pour celui d’Andrew Leslie comme parrain du projet de loi d’initiative parlementaire C-210.

Les libéraux agissaient «par mesure de précaution», n’ayant pas l’assurance que le député atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie dégénérative incurable, serait en état de venir au parlement pour la reprise du débat.

Le député Christopherson a jugé indécent le blocage conservateur. Il rageait encore, vendredi, avant d’entrer en Chambre. «Donnez à l’homme sa dignité, qu’il puisse constater que ses efforts ont permis de changer un pan important d’une institution canadienne», a-t-il fulminé.

L’émotion était visible dans les banquettes libérales lorsque M. Bélanger a fait son entrée aux Communes, plusieurs députés tentant, avec plus ou moins de succès, de retenir leurs larmes. Le député est apparu amaigri, et il était difficile de percevoir des réactions sur son visage.

Celui qui représente la circonscription d’Ottawa-Vanier depuis plus de 20 ans a été a été ovationné à de nombreuses reprises par l’ensemble des députés qui étaient présents en Chambre, à l’exception des conservateurs.

Ses collègues l’ont longuement applaudi lorsque le président de la Chambre a confirmé, après 30 minutes de débat, que le vote en troisième lecture sur C-210 aurait lieu mercredi prochain. Le député Bélanger n’aura pas à être présent à ce vote.

L’élu libéral a appris cet automne qu’il était atteint de la SLA, aussi appelée maladie de Lou Gehrig. Il a depuis perdu l’usage de la parole et une partie de sa motricité.

Son projet de loi d’initiative parlementaire vise à remplacer les mots «thy sons» par «of us» dans la version anglaise de l’hymne national du Canada pour éliminer toute distinction de genre. Il n’aurait aucun impact sur les paroles de la version française.

La mesure législative se heurte à une opposition des conservateurs, mais elle jouit du soutien des néo-démocrates.

Aucun député conservateur croisé dans le foyer des Communes vendredi après-midi n’a voulu justifier la décision prise la veille de bloquer la motion libérale, préférant insister sur le fait que Mauril Bélanger n’était pas visé personnellement par le geste qu’ils ont posé.

«Ça n’a rien à voir avec Mauril du tout. En ce qui me concerne, cela a vraiment à voir avec le projet de loi et la nécessité d’en débattre», a plaidé la députée Candice Bergen.