Le décès du président tanzanien suscite des réactions mitigées

NAKURU, Kenya — L’annonce du décès du président tanzanien John Magufuli suscite des réactions mitigées; plusieurs sont peinés, mais au moins un détracteur lui a reproché d’avoir fait reculer la démocratie dans son pays.

M. Magufuli comptait parmi les principaux sceptiques africains de la COVID-19. La vice-présidente Samia Suluhu Hassan a annoncé sur les ondes de la télévision nationale, mercredi soir, son décès des suites d’une défaillance cardiaque.

La vice-présidente Hassan devrait être assermentée sous peu et compléter le mandat de cinq ans de M. Magufuli, qui venait d’être réélu à la fin de l’an dernier. Elle deviendra la première présidente de la Tanzanie.

Si d’autres dirigeants africains ont salué le départ de M. Magufuri, le chef de l’opposition tanzanienne tenait un tout autre discours.

«Il y a une justice poétique, a dit jeudi à la télévision locale Tundu Lissu, qui prétend que le président a dans les faits été emporté par le coronavirus. Le président Magufuli a fait un pied de nez à la planète dans la lutte contre la COVID-19. Il s’est moqué de la communauté d’Afrique de l’Est, de tous nos voisins. Il a défié la science. Il a refusé de prendre les précautions de base qu’on recommande à tous les habitants de la planète.

«Il ne portait pas de masque. Il dénigrait même ceux qui en portaient. Il ne croyait pas aux vaccins. Il ne croyait pas la science. Il faisait confiance aux guérisseurs et aux herbes d’une valeur médicale douteuse. Et qu’est-ce qui est arrivé? Il a été emporté par la COVID-19. Et maintenant ils nous disent qu’il avait un problème cardiaque. C’était le coronavirus.»

M. Lissu, qui est en exil en Belgique, a rappelé que M. Magufuli avait dit, en septembre 2017, que tous ceux qui s’opposaient à ses réformes économiques méritaient la mort. Peu de temps après, M. Lissu a été atteint de 16 balles et a fui vers la Belgique.

Il est rentré en Tanzanie pour défier M. Magufuli lors des élections d’octobre 2020. Il a perdu, mais le scrutin a été entaché par la violence et des allégations de fraude. Les forces gouvernementales ont empêché des milliers d’observateurs de l’opposition de faire leur travail. Craignant pour sa sécurité, M. Lissu est retourné en Belgique après le vote.

M. Lissu a dit ne pas être surpris du décès du président Magufuli, puisqu’il recevait depuis le 7 mars des «informations crédibles» qu’il était gravement malade.

«Ce qui m’étonne est que son régime continue à mentir concernant la cause et le moment du décès», a-t-il dit.

Selon les mêmes sources qui l’auraient informé de la maladie de M. Magufuli, ce dernier serait dans les faits décédé le 10 mars.

M. Magufuli n’avait pas été vu en public depuis le 27 février. Il avait à ce moment assermenté un nouveau secrétaire en chef après le décès de son prédécesseur, possiblement lui aussi de la COVID-19.

Des représentants du gouvernement ont nié pendant plusieurs jours qu’il soit malade, répétant qu’il était occupé et que rien ne l’obligeait à se présenter en public.

«C’est le moment d’écrire un nouveau chapitre en Tanzanie, a dit M. Lissu. Pendant les cinq années où il a été président, Magufuli a chamboulé notre pays. Tellement de gens ont été tués depuis cinq ans. Plusieurs autres ont été blessés, torturés ou persécutés. Je m’en suis à peine tiré vivant.

«Il est mort et c’est une occasion, une occasion rare, pour notre pays de se retrouver pour une réconciliation nationale.»

D’autres leaders africains ont salué le leadership de M. Magufuli.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a annoncé sept jours de deuil national pendant lesquels le drapeau du pays flottera en berne.

«Avec le départ du président Magufuli, je perds un ami, un collègue et un visionnaire avec qui j’ai collaboré étroitement, surtout en développant des liens plus étroits entre le Kenya et la Tanzanie», a dit jeudi M. Kenyatta à la télévision.

Le président Cyril Ramaphosa a témoigné de sa tristesse. «L’Afrique du Sud est unie dans le deuil avec le gouvernement et le peuple de la Tanzanie en ce moment difficile», a-t-il écrit.

Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a offert ses condoléances sur Twitter.

– Par Tom Odula, The Associated Press

Laisser un commentaire