Le départ des médecins résidents saoudiens inquiète le réseau de la santé

MONTRÉAL — Des intervenants du réseau de la santé à travers le Canada tentaient de mesurer, mercredi, l’impact potentiel du départ de quelque 800 médecins résidents et étudiants boursiers en provenance d’Arabie saoudite le mois prochain.

Le rappel prévu de ces étudiants survient après que l’Arabie saoudite eut suspendu ses relations diplomatiques avec le Canada, dimanche, en réaction à un message publié sur Twitter par Affaires mondiales Canada. Le ministère avait critiqué les Saoudiens pour l’arrestation de femmes qui militent pour les droits sociaux.

La querelle diplomatique s’est intensifiée avec une série de mesures prises par le gouvernement saoudien, dont celle de rapatrier en Arabie saoudite les étudiants, y compris ceux des programmes de médecine et les résidents.

Les étudiants en médecine saoudiens représenteraient la grande majorité des stagiaires étrangers dans les programmes de médecine au Canada, selon le Bureau culturel saoudien d’Ottawa.

À Montréal, 225 des 1250 médecins résidents du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et de l’Hôpital général juif sont originaires d’Arabie saoudite.

La porte-parole du CUSM, Gilda Salomone, affirme que la direction de l’hôpital surveille les événements.

«La situation est encore changeante, elle continue d’évoluer, a commenté Mme Salomone. Nous évaluons la situation et son impact sur nos programmes.»

L’Université McGill comptait 327 étudiants en provenance d’Arabie Saoudite inscrits pour l’année scolaire 2017-2018.

Selon le Dr Salvatore Spadafora, vice-doyen de la formation médicale post-universitaire à la faculté de médecine de l’Université de Toronto, le Bureau culturel saoudien qui relève du ministère de l’Éducation saoudien aurait convaincu le royaume d’accorder une «période de grâce» aux stagiaires jusqu’au 1er septembre avant qu’ils ne soient forcés de rentrer chez eux.

À Toronto, on recense 216 médecins résidents saoudiens sur un total de 3600 résidents et boursiers.

«Ce sont 216 personnes, ce qui n’est pas un nombre insignifiant, mais nous avons un très grand réseau», relativise M. Spadafora en entrevue. «Nous sommes en discussion avec nos partenaires dans les hôpitaux, établissement par établissement et programme par programme, pour évaluer l’impact que cela pourrait avoir si ces gens ne sont plus là à partir du 1er septembre.»

Un porte-parole de Médecins résidents du Canada, qui représente environ 9000 résidents à travers le pays, a publié une mise en garde sur le site web de l’organisation soutenant que la suspension des bourses pour les étudiants saoudiens et leur départ forcé pourraient avoir des conséquences très négatives.

Todd Coopee assure que l’institution garde un œil attentif sur le problème et l’impact que ces actions pourraient avoir sur les étudiants, les médecins résidents et la capacité du système de santé à offrir des soins de qualité dans un délai respectable.

D’après le Dr Spadafora, plusieurs étudiants sont inquiets et incertains de leur avenir. Il souhaite que le délai d’un mois donne le temps aux deux pays de régler leur différend.

«Ce n’est pas une affaire qui concerne les universités ou le modeste bureau d’un vice-doyen. C’est au plus haut niveau des gouvernements des deux pays que ça se passe», conclut-il.