Le député conservateur Derek Sloan s’en prend à la docteure Theresa Tam

OTTAWA — Le chef conservateur Andrew Scheer a refusé de se prononcer sur les propos controversés d’un membre de son caucus, qui cherche par ailleurs à le remplacer à la tête du parti.

Derek Sloan, un député recrue d’une région rurale de l’Ontario et l’un des quatre candidats dans la course à la direction du parti, estime qu’il faudrait relever de ses fonctions l’administratrice en chef de la santé publique, la docteure Theresa Tam.

Dans un courriel acheminé à ses partisans, il s’est demandé si Mme Tam travaillait pour la Chine ou pour le Canada dans sa gestion de la réponse du Canada à la COVID-19.

«Docteure Tam doit partir, a-t-il écrit. Le Canada doit demeurer souverain dans ses décisions. Les Nations unies, l’Organisation mondiale de la santé et la propagande chinoise communiste ne doivent plus jamais avoir un mot à dire dans la santé publique du Canada.»

Les propos de M. Sloan sont liés au travail de Mme Tam avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a été critiquée pour avoir établi ses directives face au coronavirus à partir de présumées fausses informations venant de la Chine au sujet de l’émergence et de la propagation du virus là-bas.

Les commentaires de M. Sloan au sujet de Mme Tam, qui est née à Hong Kong, lui ont valu des accusations de racisme, entre autres.

«Pour être franc, le portrait qu’a fait Derek Sloan de (l’administratrice en chef de la santé publique) docteure Theresa Tam était du profilage racial», a écrit le député libéral Sukh Dhaliwal.

«Le fait que nous ayons un député qui s’engage dans ce genre de politique — surtout au milieu d’une pandémie — est dégoûtant.»

M. Scheer a eu des échanges tendus, jeudi, avec des journalistes qui le pressaient de questions sur les commentaires du député Sloan, mais le chef sortant a refusé d’en discuter.

«En règle générale, je n’émets pas de commentaires sur les candidats à la direction, sur des annonces ou sur des prises de position par des candidats à la direction», a-t-il déclaré, un message qu’il a répété maintes fois.

«Je vais laisser chaque candidat au leadership s’exprimer et expliquer ses opinions. Ultimement, il reviendra aux membres de choisir le prochain leader du parti.»

Le chef conservateur sortant a refusé d’accorder lui-même sa confiance à Theresa Tam, affirmant que le gouvernement devait rendre des comptes sur les décisions qu’il a prises sur la base des conseils de l’administratrice en chef de la santé publique.

«Pourquoi étaient-ils si dépendants d’informations qui venaient de l’OMS au lieu d’écouter des voix canadiennes qui conseillaient à ce gouvernement de prendre cette menace beaucoup plus sérieusement bien plus tôt?», a-t-il demandé.

La docteure Tam a dit travailler plus de 20 heures par jour dans le but de protéger la santé des Canadiens.

«Tout mon intérêt est de travailler avec tous mes collègues afin de contrôler cette vague d’épidémie. Je ne me laisse pas arrêter par du vacarme quelconque.»

Lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre Justin Trudeau a répondu ainsi à une question sur le racisme anti-asiatique et les propos de M. Sloan en particulier:

«L’intolérance et le racisme n’ont pas leur place au Canada, certainement pas place dans nos discours publics. Notre pays est fort pas malgré ses différences, mais à cause de ses différences. Et les gens de toutes sortes d’histoires et d’ethnies et d’origines travaillent les uns à côté des autres pour lutter contre la COVID-19, pour aider leurs proches et leurs concitoyens. Nous nous devons pendant ces moments de se rassembler et de ne pas accepter des propos intolérants.»