Le diagnostic de Trump ébranle le dernier mois de la campagne présidentielle

On peut s’attendre à ce que les projecteurs soient braqués exactement là où Joe Biden cherche à attirer l’attention depuis des mois : la réponse de Donald Trump à une pandémie qui a tué plus de 200 000 personnes aux États-Unis.

Une année électorale déjà définie par une succession de crises nationales s’est enfoncée encore plus profondément dans le chaos vendredi, lorsque le président Donald Trump a annoncé qu’il était infecté par un virus dont il a systématiquement cherché à minimiser la menace.

Un test a confirmé que son rival démocrate Joe Biden, qui a passé 90 minutes sur scène avec M. Trump mardi soir, n’avait pas été infecté.

Personne ne sait maintenant ce qui va arriver avec la campagne.

À tout le moins, on peut s’attendre à ce que les projecteurs soient braqués exactement là où M. Biden cherche à attirer l’attention depuis des mois : la réponse de M. Trump à une pandémie qui a tué plus de 200 000 personnes aux États-Unis. Et à court terme, le président sera en isolement à la Maison-Blanche, le privant de ces grands rassemblements électoraux qui ont ponctué sa campagne jusqu’à maintenant.

Cette annonce stupéfiante ajoute une nouvelle dose d’incertitude à une campagne déjà frappée par la pandémie, une profonde anxiété économique et une forte instabilité sociale. À seulement un mois du scrutin, les États-Unis se retrouvent aujourd’hui sur un terrain inconnu qui pourrait potentiellement ébranler les marchés et les débats politiques de la planète.

« Ça nous rappelle que la présidence américaine n’est pas l’affaire d’une seule personne, quand on voit la portée et la profondeur de cette nouvelle », a estimé la consultante démocrate Karen Finney, qui comptait parmi les principales conseillères de la campagne d’Hillary Clinton en 2016.

On doit tout d’abord se préoccuper de la santé de M. Trump, a-t-elle dit, avant d’ajouter que cela démontre que M. Trump, malgré son talent pour dicter les manchettes et teinter les événements, ne peut rien face à la pandémie.

M. Trump a annoncé sur Twitter vendredi qu’il était en isolement et en convalescence. Le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, a précisé que le président souffrait de symptômes légers et qu’il se reposait.

Une annonce qui tombe mal

M. Trump a déjà annulé une partie de sa tournée au Wisconsin en fin de semaine, un des trois États des Grands Lacs qu’il a remportés par moins d’un point de pourcentage en 2016.

À seulement 32 jours du vote, certains Américains ont déjà commencé à voter par anticipation et des dizaines de millions d’autres recevront des bulletins de vote par correspondance ou pourront voter par anticipation au cours des prochains jours.

Les stratèges des deux partis estiment que cette annonce tombe bien mal pour le président.

« M. Trump a perdu ses principaux avantages, dont celui d’être le président sortant. Les rassemblements, son principal moyen de mobiliser ses partisans, ne seront plus possibles. Les survols avec Air Force One sont finis », a souligné le stratège républicain Rick Tyler, qui dénonce souvent M. Trump.

Il a ajouté que l’infection de M. Trump «mine fondamentalement sa stratégie de campagne, qui était de faire fi de la pandémie et de lancer des affirmations sans fondements voulant que le pire soit derrière nous et que l’économie soit repartie».

Le médecin de Joe Biden, le docteur Kevin O’Connor, a annoncé vendredi que le candidat démocrate et sa femme Jill n’étaient pas infectés par le coronavirus.

« Je suis heureux de vous annoncer que Jill et moi avons été déclarés négatifs pour la COVID, a dit M. Biden sur Twitter. Merci à tous pour vos messages d’inquiétude. J’espère que cela sert de rappel: portez un masque, gardez une distance sociale et lavez-vous les mains. »

L’équipe de campagne de M. Trump a indiqué que tous les événements auxquels devaient participer le président et les membres de sa famille étaient suspendus. Le vice-président Mike Pence continuera de faire campagne puisqu’il n’a pas été infecté.

Un grand contraste avec Joe Biden

On ne sait pas encore comment cette situation modifiera la stratégie de campagne de M. Trump. Il ressentira toutefois une certaine pression de s’adapter après avoir répété que le virus «disparaîtrait». Il a fréquemment ridiculisé la prudence de M. Biden face à la pandémie. Au printemps et cet été, alors que M. Biden limitait grandement ses déplacements, M. Trump lui a reproché de se «cacher dans son sous-sol». Lors du débat de mardi soir, M. Trump a de nouveau ridiculisé la décision de M. Biden de porter un masque.

« Je porte un masque quand je pense que c’est nécessaire, a lancé M. Trump. Je ne porte pas de masque comme lui. Il a un masque chaque fois qu’on le voit. Il pourrait parler à 200 pieds de là et arriver avec le plus gros masque que j’ai jamais vu. »

M. Biden a répondu en riant: « ça fait une grosse différence » pour freiner la propagation de la COVID-19. « Personne de sérieux » ne prétend le contraire, a-t-il ajouté.

MM. Trump et Biden ne se sont pas serré la main avant ou après le débat. Ils ont débattu pendant 90 minutes, sans masque, à environ trois mètres l’un de l’autre. Deux autres débats sont prévus les 15 et 22 octobre, mais la commission qui les organise n’a pas encore dit s’ils auraient lieu comme prévu compte tenu des derniers développements.

Les deux hommes présentent un risque élevé de complications de la COVID-19. M. Trump a 74 ans et est considéré comme obèse. M. Biden a 77 ans.

Si M. Trump se rétablit rapidement, il pourrait prétendre que cela prouve qu’il a raison depuis le début et que la menace de la COVID-19 a été exagérée. Cela irait quand même à l’encontre des faits scientifiques et de ce que le président a affirmé en privé. Lors d’une entrevue enregistrée par le journaliste Bob Woodward en février, le président a reconnu les conséquences «mortelles» du virus, en contradiction avec son mépris public de la maladie.

« À partir de maintenant et jusqu’au jour de l’élection, l’attention retourne là où elle doit être: sur la COVID, la réponse du président et son impact — et sur les soins de santé, a estimé le stratège démocrate Antjuan Seawright, qui appuie M. Biden. Ça prouve que notre candidat a raison depuis le début. »

Même si l’heure est grave, la consultante démocrate Karen Finney rappelle que d’autres dossiers chauds — comme la nomination d’Amy Coney Barrett à la Cour suprême et les manifestations contre le racisme — continueront à retenir l’attention d’ici au jour du vote.

« La pandémie est à l’avant-plan pour tout le monde, a-t-elle dit. Mais assurément, pour les Américains non blancs, il en va de même pour ces questions pour lesquelles les gens descendent pacifiquement dans les rues. »

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