Le dilemme des républicains en Géorgie: reconnaître ou non la victoire de Biden?

GAINESVILLE, Ga. — Le second tour des deux élections sénatoriales en Géorgie place les républicains face à un dilemme.

Ils pourraient admettre que Donald Trump a perdu l’élection et souligner l’importance de conserver le contrôle du Sénat pour surveiller le président désigné Joe Biden. Ou ils pourraient marcher aux côtés du président Trump en soutenant ses allégations infondées selon lesquelles les démocrates lui auraient volé l’élection.

Jusqu’à maintenant, les sénateurs Kelly Loeffler et David Perdue, tout comme plusieurs grands joueurs du Parti républicain dont le vice-président Mike Pence, semblent vouloir jouer sur les deux tableaux. Certains partisans fidèles de Donald Trump jugent que ce n’est pas suffisant.

Cet exercice d’équilibriste menace l’unité du parti alors que Mme Loeffler et M. Perdue tentent d’avoir le dessus sur les candidats démocrates Raphael Warnock et Jon Ossoff, respectivement, lors des élections du 5 janvier, qui détermineront quel parti contrôlera le Sénat au début d’une administration Biden.

La réalité inquiétante pour les républicains est qu’il ne faudrait pas beaucoup d’éclat pour faire pencher la balance en faveur des démocrates dans ce nouvel État pivot, où M. Biden a devancé M. Trump par seulement 12 000 votes sur environ 5 millions de voix à l’élection présidentielle.

Soutenir Trump à tout prix?

«S’ils veulent inciter les partisans de Trump à voter au second tour du Sénat, les candidats doivent soutenir ce que fait la campagne Trump en ce qui concerne la contestation des élections», a déclaré Debbie Dooley, une organisatrice nationale du Tea Party en Géorgie et l’une des premières partisanes de la campagne de Donald Trump en 2016.

Lorsque le secrétaire d’État républicain de la Géorgie et le gouverneur républicain ont certifié le total des votes de l’État en faveur de Joe Biden, a souligné Mme Dooley, le sentiment des plus fervents partisans du président s’est cristallisé. Ils «se demandent pourquoi ils devraient soutenir des candidats qui ne soutiennent pas pleinement Trump», a-t-elle indiqué. 

Certes, M. Perdue et Mme Loeffler ont fait des efforts considérables pour se ranger derrière M. Trump tout au long de leur mandat au Sénat — près de six ans pour le premier mandat de M. Perdue, moins d’un an pour la Mme Loeffler, qui a été nommée à son poste. 

Depuis le jour du scrutin, les sénateurs ont demandé la démission du secrétaire d’État Brad Raffensperger. Ils ont fait écho aux allégations nébuleuses sur les irrégularités dans le processus de vote et de tabulation de la Géorgie et n’ont pas encore reconnu publiquement Joe Biden en tant que président élu.

Reconnaissance de défaite tacite

Pourtant, c’est une autre histoire sur le terrain. Les sénateurs et leurs principaux partisans martèlent un argument qui admet, sans en dire autant, que M. Biden a été dûment élu et entrera en fonction le 20 janvier.

M. Perdue parle du Sénat républicain comme la «dernière ligne de défense» alors qu’il fait campagne dans un autobus arborant un message clair: «Gagnez la Géorgie. Sauvez l’Amérique.»

Le sénateur partageait récemment la scène avec Mike Pence à Canton, et il a été plus direct, affirmant que si lui et Mme Loeffler perdaient, les démocrates «auraient la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre des représentants». «Ils feront ce qu’ils veulent», a-t-il soutenu.

En effet, les démocrates maintiennent leur majorité à la Chambre et les républicains doivent remporter au moins un des sièges de la Géorgie pour une majorité au Sénat. Un balayage démocrate donnerait un Sénat à 50 contre 50, mais la vice-présidente désignée Kamala Harris briserait l’égalité.

Mme Loeffler évite d’aborder explicitement la défaite de M. Trump, mais son message n’est pas subtil. «Nous sommes le pare-feu du socialisme en Amérique», a-t-elle tonné lors de l’un des rassemblements avec le vice-président Pence.

Ni M. Ossoff ni M. Warnock ne sont socialistes, mais l’hyperbole de Mme Loeffler reconnaît qu’il y aura un veto démocrate dans le bureau ovale. Ainsi, Kelly Loeffler a déclaré: «Nous allons tenir la ligne ici même en Géorgie».

Pence mesure ses propos

Les membres du cabinet de Donald Trump doivent aussi se prêter à un exercice d’équilibriste «Je suis ici parce que je suis aux côtés du président Donald Trump», a affirmé M. Pence à Gainesville.

Le vice-président, presque certainement un futur candidat à la présidentielle lui-même, a soigneusement pesé ses propos, déclarant qu’une majorité républicaine au Sénat «pourrait être» le dernier outil des républicains pour protéger «tout ce que nous avons accompli». M. Pence n’a rien dit pour contrer les passions des foules qui ont scandé: «Arrêtez le vol!»

Sonny Perdue, secrétaire de l’agriculture de Donald Trump et cousin du sénateur, a protégé ses arrières, peut-être maladroitement. L’ancien gouverneur de Géorgie a mentionné M. Biden, contrairement à Mike Pence, et a mis en garde contre le fait de lui donner «un chèque en blanc sur les valeurs américaines». Pourtant, dans le même discours, le secrétaire a insisté sur le fait que «nous n’allons pas abandonner le président Trump».

Les circonstances sont suffisamment précaires pour que de nombreux républicains de «l’establishment», dont les proches de Mme Loeffler et M. Perdue, refusent d’en parler ouvertement. Les sénateurs n’ont pas répondu aux questions lors de leurs événements de campagne communs, et aucune des deux campagnes n’a répondu à une requête de l’Associated Press pour savoir si elles reconnaissent M. Biden comme le nouveau président.

Trump met de l’huile sur le feu

De son côté, Donald Trump ne fait rien pour faciliter la tâche des républicains.

Le président a réprimandé M. Raffensperger, le responsable des élections en Géorgie, et le gouverneur Brian Kemp, lui-même ancien secrétaire d’État, sur les réseaux sociaux. M. Raffensperger s’est tourné vers les pages d’opinion du «Washington Post» pour défendre son travail et ses valeurs conservatrices. Lorsque M. Kemp a annoncé la certification des 16 démocrates de la Géorgie qui voteront pour Joe Biden, il s’est efforcé de préciser qu’il s’agissait tout simplement d’un acte requis par la loi.

M. Trump ne semble pas vouloir abandonner même après avoir été débouté devant les tribunaux et après que l’Administation des services généraux eut finalement reconnu Joe Biden comme président désigné — l’étape juridique requise pour que le gouvernement fédéral commence le transfert de pouvoirs.

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